vendredi 2 décembre 2022
AccueilDossierRoland de Rechniewski « Les gens sont respectueux des règles »

Roland de Rechniewski « Les gens sont respectueux des règles »

Publié le

Avec près de 400 vélos électriques déployés en libre-service par le gouvernement et la Compagnie des Autobus de Monaco (CAM), c’est la mobilité douce qui est mise en avant par l’Etat monégasque. Mais cela occasionne aussi parfois des infractions et des accidents supplémentaires. La réaction de Roland de Rechniewski, directeur d’exploitation de la CAM.

Quarante-trois stations, 387 vélos, dont 350 en service, Monabike, le service de vélos électriques mis en place par le gouvernement est géré par la Compagnie des autobus de Monaco (CAM) : cela vient aussi complexifier la sécurité sur les routes de la principauté ?
Il était légitime que l’on s’inquiète sur la sécurité, car le vélo n’était pas nativement intégré à Monaco. Nous avons donc réalisé un premier essai avec des vélos électriques en 2010. Finalement, au fil des années, les gens se sont attachés à ce mode de déplacement. Et, alors que la topographie de la principauté nous semblait insurmontable, elle s’est révélée ne pas l’être. En principauté, les usagers de la route sont respectueux. Les comportements sont donc apaisés. Après, bien sûr, plus on fait de déplacements, et plus l’accidentologie augmente. Fin 2021, nous avons fait 396 500 déplacements en vélos électriques, et nous n’avons pas enregistré d’accidents très graves. Il y a seulement eu quelques chutes.

Mais il y a eu tout de même quelques accidents assez sérieux en octobre 2019 ?

Il y a eu un engouement à partir de juillet 2019, parce que c’était la première année où ce service de vélos électriques a été lancé. Cela a donné lieu à des utilisations un peu excessives, qui ont conduit à des accidents qui auraient pu être dramatiques. Mais aujourd’hui, nous avons une utilisation beaucoup plus apaisée de ces vélos électriques. Les gens sont respectueux des règles. De notre côté, on constate que les vélos ne sont pas endommagés, ce qui signifie qu’il y a peu de chutes.
Il demeure parfois un sentiment d’insécurité pour les usagers de Monabike ?
En termes de perception, le plus difficile à Monaco, ça reste le passage dans les tunnels. Du coup, nous avons été très satisfaits de voir la création d’un couloir de vélos dans le tunnel ouest-est, sous le Rocher. Ce sont des expériences qu’il faut continuer à développer, ne serait-ce que pour rassurer les cyclistes, et pour avoir davantage d’usagers. Cela crée un cercle vertueux.

Comment ?

Plus il y a d’usagers de ces vélos électriques, plus ils rentrent dans le paysage local, et plus les automobilistes font attention à eux. Un respect se crée. C’est très positif.

Les chauffeurs de la CAM ont-ils évoqué avec vous leurs craintes liées à la multiplication des engins de déplacement personnel dans les rues de Monaco ?

Les chauffeurs de la CAM m’ont fait remonter quelques remarques concernant la multiplication des engins de déplacement personnel. Cela ne concernait pas trop les vélos. Cela concernait davantage des personnes en trottinettes qui changeaient de file, sans se rendre compte qu’un autobus nécessite davantage de temps pour pouvoir freiner sans faire tomber les passagers. Il faut savoir que moins il y a de monde dans le bus, et plus le risque de chute est grand, parce que les passagers ne se retiennent pas les uns et les autres.

« Le port du casque a été rendu obligatoire dans certaines villes dans le monde. À chaque fois, cela a condamné le service de location de vélos »

Comment améliorer encore la sécurité pour les vélos sur les routes de la principauté ?

À chaque fois qu’il sera possible de séparer les modes de déplacement, de manière à avoir un couloir pour vélos et un couloir pour les transports en commun, aux dépens de l’automobile, il faut le faire. Car l’arbitrage consiste à se demander quelle place on va donner à chaque moyen de transport.

Pour louer un vélo électrique, il faut avoir plus de 14 ans : quelles autres obligations faut-il remplir, en termes de sécurité ?

Pour louer un vélo électrique, il est conseillé de porter un casque. Mais la seule obligation qui existe, c’est pour protéger les jeunes qui seraient un peu impétueux en vélo : entre 14 et 18 ans, on demande donc de porter un casque, un peu comme sur les pistes de ski. En revanche, pour un usager de Monabike de plus de 18 ans qui prend un vélo pour aller travailler, il est compliqué de se déplacer avec un casque.

Faut-il rendre le port du casque obligatoire pour tous les usagers de vélos électriques à Monaco ?

Le port du casque a été rendu obligatoire dans certaines villes dans le monde. À chaque fois, cela a définitivement condamné le service de location de vélos, parce que cela rendait l’utilisation trop contraignante.

Est-il cohérent d’avoir rendu, depuis janvier 2022, le port du casque obligatoire pour les trottinettes électriques, quel que soit l’âge de l’utilisateur, et pas pour les vélos ?

En termes de stabilité, entre un vélo et une trottinette, c’est le jour et la nuit. Être sur un monoroue sur lequel il faut se pencher en avant pour accélérer, ou être sur une trottinette électrique équipée de roues qui font entre 10 et 15 centimètres de diamètre, peut se solder par une chute au moindre trou ou bosse que l’on rencontre. C’est très instable. En cas de freinage d’urgence, entre un vélo et une trottinette, ce n’est vraiment pas pareil. En revanche, l’avantage des engins de déplacement personnel, c’est qu’on peut les transporter facilement avec soi, notamment quand on prend le train.

À Paris, les trottinettes électriques sont bridées à 10 km/h : à Monaco, faut-il brider les vélos électriques ?

À Monaco, nos vélos électriques ne dépassent pas les 25 kilomètres/heure. En pratique, cela signifie que l’assistance électrique se coupe dès que l’usager atteint 25 km/h. On est donc à faible vitesse. Ces vélos n’atteignent pas les 45 ou 50 km/h. Bien sûr, si l’usager lâche les freins en pleine descente, il dépassera 25 km/h. C’est à la personne de contrôler sa vitesse. À cette vitesse ces vélos permettent, en moyenne, de parcourir la moitié de la principauté en moins de cinq minutes.

« Avec près de 400 vélos, installer 400 rétroviseurs c’est impossible, car cela pose un insoluble problème de maintenance. Or, des vélos avec des rétroviseurs CASSÉS, ça n’est pas efficace, et ça fait mauvais effet »

Que pensez-vous de la demande de la majorité Priorité Monaco (Primo !) du Conseil national, qui a réclamé en séance publique, en octobre 2019, l’installation de rétroviseurs sur vos vélos électriques en libre-service ?

Ce sujet m’a été transmis. Sur les anciens vélos, il y avait des rétroviseurs. Mais on s’est rendu compte que c’était difficile à entretenir. Avec un parc d’une centaine de vélos, c’était déjà très compliqué, parce que beaucoup de rétroviseurs étaient cassés. Aujourd’hui, avec près de 400 vélos, installer 400 rétroviseurs c’est impossible, car cela pose un insoluble problème de maintenance. Or, des vélos avec des rétroviseurs cassés, ça n’est pas efficace, et ça fait mauvais effet. Résultat, il y a peut-être deux pays au monde qui ont opté pour des vélos équipés de rétroviseurs. Mais c’est intenable. Simplement en tournant la tête, on ressent très bien la présence de quelque chose qui se trouve derrière vous. Mais pour ceux qui le souhaitent, nous avons identifié des petits rétroviseurs bon marché qui s’attachent avec un simple élastique sur le guidon du vélo. Différentes solutions existent, permettant d’avoir une vision arrière.

La sécurité, c’est aussi le risque d’incendie de certaines batteries : c’est un sujet auquel vous avez été confronté sur vos vélos électriques ?

On a vu des téléphones portables qui prennent feu, et des batteries de vélos aussi. Aujourd’hui, nous avons quasiment 400 batteries en service sur nos vélos électriques. Depuis le lancement de MonaBike, en juillet 2019, nous n’avons jamais eu le moindre problème.

Pour lire la suite de notre dossier « Sécurité routière : la délicate intégration des engins de déplacement personnel », cliquez ici.

Publié le

Monaco Hebdo