samedi 3 décembre 2022
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Monaco expérimente le bus gratuit

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À compter du lundi 3 octobre 2022, et jusqu’au dimanche 27 novembre 2022, l’ensemble du réseau bus de la Compagnie des autobus de Monaco sera gratuit pour tous les usagers. L’occasion pour le gouvernement princier de sensibiliser le grand public sur ce mode de transport et sur son utilité.

Elle a longtemps fait l’objet de désaccords entre le gouvernement et le Conseil national. Mais après moult débats au sein de l’assemblée, la gratuité des bus va enfin être expérimentée à Monaco. Pendant deux mois, du lundi 3 octobre 2022 au dimanche 27 novembre 2022, il sera possible d’embarquer dans les bus de la Compagnie des autobus de Monaco (CAM) sans avoir à débourser le moindre centime. « L’idée, c’est de contribuer à une prise de conscience de ce que représente ce moyen de transport intra-muros, du service qu’il rend, en enlevant temporairement la contrainte du paiement », a expliqué Céline Caron-Dagioni lors d’une conférence de presse organisée lundi 26 septembre 2022.

Compagnie des Autobus Monaco
© Photo Sébastien Massiani

Une promotion, plus qu’une expérimentation

La conseillère-ministre de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme a d’ailleurs longuement insisté sur le caractère « temporaire » de la gratuité précisant qu’il n’était pas question de la pérenniser au-delà de cette période de test. N’en déplaise aux élus, qui militaient pourtant ardemment en faveur de cette mesure. « Enlever la gratuité, c’est se donner les moyens de l’expérimentation. La question ne porte pas simplement sur le prix du bus, mais sur la fiabilité de ce dernier. Le fait de payer n’est pas un obstacle, justifie Céline Caron-Dagioni. On ne communique pas que sur le fait que ce soit gratuit, mais plutôt sur celui de reprendre goût et le contact avec le transport en commun, dans un contexte où certaines personnes ont des peurs ».

« Le fait de payer n’est pas un obstacle. On ne communique pas que sur le fait que ce soit gratuit, mais plutôt sur celui de reprendre goût et le contact avec le transport en commun, dans un contexte où certaines personnes ont des peurs »

Céline Caron-Dagioni. Conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme

Car l’objectif de cette campagne est bien de promouvoir un moyen de transport en perte de vitesse depuis la crise sanitaire liée la pandémie de Covid-19. La fréquentation des bus de la CAM a en effet nettement chuté depuis 2019, passant de 7 millions de passagers avant la crise à 5 millions. « Même si nous sommes sortis de la pandémie, nous constatons qu’il y a de la réticence et nous ne retrouvons pas du coup les chiffres de fréquentation », confirme Sévérine Canis-Froidefond, directrice de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité. Et le report modal se ferait principalement vers la voiture. Résultat, la circulation n’a jamais été aussi dense en principauté avec pas moins de 110 000 véhicules entrants et sortants par jour. Sans compter sur les 41 projets immobiliers en cours, et les quelque 200 évènements qui rythment la vie de la principauté, dont certains comptent triple ou quadruple. « Objectivement, nous sommes arrivés à une situation intenable. Au moment du Grand Prix, nous en sommes même arrivés à compter les camions pour voir si ça passait. Ce qu’il faudrait, c’est retrouver les chiffres des années 1990, soit 80 000 trajets par jour », estime la conseillère-ministre.

« Nous ne voulons pas diaboliser les automobilistes, mais plutôt susciter l’évolution des comportements. C’est en permettant à plus d’usagers individuels de se reporter vers un usage collectif, que nous pourrons réduire la fréquence et la densité de la mobilité intra-urbaine »

Céline Caron-Dagioni. Conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme

Objectif : 10 000 véhicules en moins

Encourager la mobilité douce est donc devenu une priorité pour le gouvernement, également engagé dans une ambitieuse politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre dont un tiers provient de la circulation automobile. « Nous ne voulons pas diaboliser les automobilistes, mais plutôt susciter l’évolution des comportements, affirme Céline Caron-Dagioni. C’est en permettant à plus d’usagers individuels de se reporter vers un usage collectif, que nous pourrons réduire la fréquence et la densité de la mobilité intra-urbaine. Plus nous baissons la densité urbaine, mieux le bus roule, et plus il devient fiable. C’est donc un cercle vertueux ». Avec ce projet, l’exécutif vise 10 000 véhicules de moins en circulation à Monaco. Soit 5 % de réduction du trafic total des véhicules et 20 % du trafic intramuros. « Un nombre de véhicules représentatif pour qu’on ressente l’effet de ce test », indique Céline Caron-Dagioni. Et pour parvenir à atteindre cet objectif, l’exécutif n’a pas lésiné sur les moyens en investissant 80 000 euros dans une campagne de communication imaginée par l’agence monégasque, Dimension, auxquels il faut ajouter 615 000 euros de perte de recettes pour la CAM. Trois affiches vont ainsi être installées sur l’ensemble du territoire pour inciter jeunes, actifs et seniors à adopter ce mode de transport. « Nous voulions concerner toute la population. Les jeunes sont aujourd’hui préoccupés par la dimension écologique de leur quotidien, pour les actifs nous visons la fibre responsable et le côté pratique. Les seniors ont déjà accès au bus gratuitement, mais nous voulions les intégrer à la campagne de communication », précise Céline Caron-Diagoni. Reste désormais à savoir si cette stratégie sera payante. En France, où la gratuité des transports en commun est expérimentée dans une trentaine de villes, le bilan reste mitigé avec un impact sur le trafic automobile généralement marginal. Mais la conseillère-ministre de l’équipement et de l’urbanisme n’en a que faire : « Nous connaissons ces retours d’expérience. Mais je doute que ces communes aient la spécificité qui est la nôtre, à savoir une ville-État qui doit fonctionner comme un État, et pas seulement comme une ville. Nous ne sommes donc pas dans les mêmes problématiques », estime Céline Caron-Diagoni. Rendez-vous est pris dans deux mois pour un retour d’expérience.

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