samedi 18 avril 2026
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Franck Lobono : « On peut imaginer voter une loi à Monaco, mais le nombre d’influenceurs est ailleurs »

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Le président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses du Conseil national, Franck Lobono, estime que bien que nécessaire à l’échelle internationale, une loi sur les influenceurs ne pourrait être transposée à Monaco, en raison de leur faible nombre en principauté. Interview.

En pleine croissance, le milieu des influenceurs est aussi victime de dérives. Cela vous inquiète-t-il ?

Je crois que les influenceurs ne sont que la suite logique du récent média que sont les réseaux sociaux, et sur lesquels le sentiment de liberté d’expression domine dans une certaine anarchie. Le média lui-même n’est pas incriminable, pas plus que la presse ou la télévision. Cependant, à la différence des autres, les réseaux sociaux sont très intrusifs, car ils vous suivent partout et vous épient. Ils savent ce que vous regardez, ce que vous aimez, et donc aussi qui vous êtes… Les influenceurs se servent de tous ces outils d’analyse numériques pour toucher un public ciblé, potentiellement très réceptif, pour ne pas dire influençable ! Dans le milieu des influenceurs, comme dans n’importe quelle profession, certains sont moins scrupuleux, et n’ont pas de limite. On ne peut que déplorer ces comportements et ils doivent être dénoncés. Peut-être, que la rapidité de propagation sur les réseaux pourrait se retourner contre ces derniers, avec l’aide d’une agence de contrôle, à l’instar du BVP [bureau de vérification de la publicité — NDLR], dans la publicité traditionnelle.

Quel état des lieux dressez-vous de la profession en principauté ?

Honnêtement, je ne pourrais pas vous répondre ! Comme tout le monde, je connais quelques influenceurs locaux, qui ont l’air plutôt sympathiques. Je pense notamment à GMK et à ses bolides. Ce serait intéressant d’avoir une discussion avec lui, et quelques autres influenceurs locaux, pour échanger sur les risques de dérive et l’encadrement de cette profession. Je profite de vos colonnes pour leur lancer une invitation à venir nous rencontrer au Conseil national.

L’étude ESPAD révèle que les jeunes de la principauté sont de très gros consommateurs d’écrans, et de réseaux sociaux en particulier : pourquoi cette addiction est-elle plus prégnante à Monaco qu’ailleurs ?

Les jeunes de la principauté sont des grands utilisateurs de mobile et ils ont souvent les tout derniers appareils. Ici plus qu’ailleurs, les jeunes ont des moyens conséquents et ils se retrouvent donc naturellement grands consommateurs d’écrans. Ils sont aussi peut-être plus soumis à la société de consommation qui les entoure, à la mode, aux marques, et au luxe. Malheureusement, notre société les pousse à surconsommer pour exister. C’est triste, mais c’est une réalité locale, et à titre personnel, je ne peux trouver ça que regrettable.

Comment enrayer cette tendance ?

Les réseaux sociaux sont la conséquence de notre société. Laisser un enfant sur son portable est aussi parfois bien commode pour un parent… Chacun a ses responsabilités et tous les maux de notre société ne peuvent se régler par les pouvoirs publics ! On peut encadrer, mais c’est le rôle des parents, aussi, de donner envie à leurs enfants de faire autre chose que de consommer de l’écran toute la journée.

Comment sensibiliser les plus jeunes aux risques des réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux font partie de la vie d’aujourd’hui, comme le mobile, et de façon générale les outils numériques. Je crois qu’un enfant ne peut pas faire autrement que de vivre avec. Comme pour les livres, les magazines ou la télévision, c’est aussi le rôle des parents que d’accompagner l’enfant sur sa découverte des réseaux sociaux. Les pouvoirs publics peuvent avoir un rôle, mais il ne pourra être que très théorique. Peut-être que des séances avec des professionnels pourraient être mises en place dans les petites classes pour présenter et sensibiliser les enfants, à l’âge où ils commenceraient à utiliser un téléphone.

Le Conseil national consulte-t-il des associations à ce sujet ?

Jusqu’à ce jour, je n’ai pas connaissance de telles démarches de la part d’associations. Mais là encore, avec ma collègue Mathilde Le Clerc [présidente de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports du Conseil national – NDLR], nous pourrions en consulter pour faire un état des lieux.

Faut-il renforcer et durcir les sanctions à l’encontre des influenceurs « irresponsables » ?

N’importe quel professionnel qui ne fait pas son métier dans les règles est sanctionné. Il est évident qu’un influenceur doit être responsabilisé.

Faut-il encadrer les influenceurs à Monaco, en interdisant, par exemple, les publicités faisant la promotion de la chirurgie et de la médecine esthétique, de services financiers, de paris sportifs, ou encore des abonnements à des conseils ?

Beaucoup de sujets sont encadrés dans la publicité traditionnelle. Sur les réseaux sociaux, ce devrait être la même chose. Si cela a été mis en place auparavant, c’est qu’il y avait des risques de dérive. Sur les réseaux sociaux, c’est encore pire, à cause de la proximité qui peut se créer entre l’influenceur et son auditoire. On ne peut pas laisser raconter n’importe quoi à n’importe qui.

En France, une loi encadrant le milieu des influenceurs a été définitivement adoptée début juin 2023 : le Conseil national est-il prêt à voter un texte de loi pour régir ce milieu ?

On peut aussi imaginer voter une loi à Monaco, mais très honnêtement, le nombre d’influenceurs est ailleurs ! Si demain, il y avait une loi à Monaco, elle n’aurait aucun effet sur les influenceurs basés en dehors de la principauté, soit la quasi-totalité. Je crains que ce serait aussi efficace que si on votait une loi contre la publicité des fromages à Monaco… Autant vous dire que les images ne seraient pas supprimées des publicités sur les chaînes françaises qui sont regardées à Monaco.

Si un tel texte venait à être déposé, quels éléments aimeriez-vous y voir apparaître ?

On doit saluer le travail des parlementaires français qui ont voté la loi. Le risque de dérive des influenceurs est à l’échelle des grandes nations, voire européenne pour ne pas dire mondiale. Quand une star américaine des réseaux fait la promotion de tel ou tel produit, elle inonde tous les réseaux en quelques minutes, bien au-delà de ses frontières. Nous ne lutterons pas contre leur influence à l’échelle monégasque ! Une loi monégasque aurait, peut-être, pour seul mérite de faire de l’affichage sur un vrai sujet sensible dans notre société… Bien évidemment, si cela pouvait empêcher quelques dérives d’influenceurs basés à Monaco, pourquoi pas. Mais cela mériterait d’abord un état des lieux pour connaître le risque réel depuis la principauté. Pour conclure, même si je sais que cela est un vœu pieux, je vous dirais que la meilleure arme contre les dérives de certains influenceurs serait que l’éducation, le sport et la culture reprennent le pas sur la consommation.

Pour revenir au début notre dossier « Monaco doit-il encadrer l’activité des influenceurs ? », cliquez ici.

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