dimanche 8 mars 2026
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Partenariat AS Monaco – République démocratique du Congo : l’enquête est ouverte

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S’il faisait polémique depuis son annonce, l’accord de sponsoring entre l’AS Monaco et la République démocratique du Congo fait désormais l’objet d’une enquête de la justice en Principauté. Explications. Par Mélicia Poitiers

Fin juin 2025, un partenariat entre l’AS Monaco et la République démocratique du Congo (RDC) intitulé « R.D. Congo, Cœur de l’Afrique » a été conclu. Signé par le ministre congolais des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, et le directeur général de l’AS Monaco, Thiago Scuro, cet accord avait pour objectif de redorer l’image de la RDC sur la scène internationale et de donner plus de visibilité au pays. Il prévoyait le paiement par la RDC à l’AS Monaco de 4,8 millions d’euros sur trois ans, soit environ 1,6 million par saison. L’idée était d’exploiter l’audience importante générée par les matches de Ligue 1 (L1) et les compétitions européennes pour améliorer la perception internationale du pays et attirer des investisseurs, s’inspirant de démarches similaires initiées par d’autres Etats africains avant lui, comme le Rwanda ou la Côte d’Ivoire.

Signé par le ministre congolais des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, et le directeur général de l’AS Monaco, Thiago Scuro, cet accord avait pour objectif de redorer l’image de la RDC sur la scène internationale. Il prévoyait le paiement par la RDC à l’AS Monaco de 4,8 millions d’euros sur trois ans, soit environ 1,6 million par saison

Que prévoyait l’accord ?

Concrètement, l’accord prévoyait que le slogan « R.D. Congo, Cœur de l’Afrique » soit estampillé sur la manche du maillot de l’équipe professionnelle de l’AS Monaco en L1 et lors des compétitions européennes, à commencer par la Ligue des champions 2025-2026, ainsi que sur la face avant des maillots des équipes de l’Académie (Elite Group, U19, U17). La RDC devait également bénéficier d’une loge privative au stade Louis II et de packs VIP pour accueillir des investisseurs potentiels. En outre, ce contrat prévoyait que le club monégasque puisse apporter son expertise pour « accompagner la professionnalisation du football en RDC ». Le partenariat devait aussi permettre de promouvoir la RDC comme destination touristique. Un comble, quand on sait que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français déconseille fortement les voyages touristiques et non essentiels en RDC en raison de l’insécurité persistante sur l’ensemble du territoire.

Le partenariat devait aussi permettre de promouvoir la RDC comme destination touristique. Un comble, quand on sait que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français déconseille fortement les voyages touristiques et non essentiels en RDC, en raison de l’insécurité persistante sur l’ensemble du territoire

Dès le départ, des critiques au Congo

Si cet accord a été très peu médiatisé côté monégasque, le montant du contrat a immédiatement suscité des polémiques au Congo, certains observateurs rappelant que le championnat de football congolais avait dû être suspendu en 2023 faute de moyens financiers. « Nous avons un sérieux problème d’organisation, d’argent, de formation, d’infrastructures, mais un ministre arrive à convaincre dans un conseil des ministres que la RDC doit débourser des millions d’argent du contribuable pour qu’on porte le nom RDC sur les maillots de l’AS Monaco… C’est une blague bien organisée », avait, à titre d’exemple, souligné René Mukalay, un journaliste sportif congolais. Notons que le même type d’accord a été signé par la RDC avec l’AC Milan et le FC Barcelone, ces derniers impliquant des montants nettement plus élevés : plus de 40 millions d’euros pour chacun, respectivement sur quatre ans et sur trois ans. Les autres partenariats n’ont pas fait l’objet de plaintes mais le partenariat avec le FC Barcelone a été critiqué par l’ONG Amnesty International, qui y voit une forme de sport‑washing. Au total, l’ensemble de ces accords représente plus de 90 millions d’euros d’engagements pour la RDC sur plusieurs années.

Après plusieurs mois d’analyse, le Parquet national financier a procédé à une dénonciation officielle auprès des autorités judiciaires monégasques, transmettant le dossier à la Principauté. Le procureur général, Stéphane Thibault, a confirmé à Monaco Hebdo la réception de cette transmission et l’ouverture d’une enquête

La plainte qui enflamme le dossier

La polémique prend désormais une tournure judiciaire. Le 4 septembre 2025, une plainte pour corruption, blanchiment de capitaux et détournement de fonds publics a été déposée auprès du Parquet national financier (PNF) par deux ressortissants congolais vivant en France, représentés par l’avocat Hervé Diakiese. Les plaignants ont requis l’anonymat, invoquant des « craintes de représailles ». Après plusieurs mois d’analyse, le PNF a procédé à une dénonciation officielle auprès des autorités judiciaires monégasques, transmettant le dossier à la Principauté. Le procureur général, Stéphane Thibault, a confirmé à Monaco Hebdo la réception de cette transmission et l’ouverture d’une enquête.

Le ministre congolais plaide l’« intégrité totale »

« Nous rejetons catégoriquement les accusations de détournement de fonds, de blanchiment ou de corruption. Ce partenariat a été validé par les instances gouvernementales compétentes et mis en œuvre dans le strict respect des règles financières, contractuelles et budgétaires en vigueur. Cette transmission à caractère administratif ne saurait être assimilée ni à une mise en examen, ni à une ouverture de procédure judiciaire, ni à une quelconque reconnaissance de faits répréhensibles », a assuré dans un communiqué publié le 19 février 2026, le ministère des Sports et Loisirs de la RDC.

Une réaction du gouvernement monégasque ?

De son côté, l’AS Monaco a assuré à L’Equipe que « toutes les précautions d’usage avaient été prises par le club avant la conclusion de cet accord ». Précautions que l’on imagine poussées dans le contexte actuel de surveillance internationale accrue de la Principauté, toujours sur liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) [à ce sujet, lire notre dossier spécial publié dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR]. Quant à l’État monégasque, actionnaire détenant environ 33 % du capital de l’AS Monaco, a-t-il été informé et consulté avant la signature de ce contrat ? Envisage-t-il de demander sa suspension dans l’attente des conclusions de l’enquête en vue des conséquences réputationnelles que peuvent avoir un tel dossier ? Monaco Hebdo a envoyé ces questions au palais princier et au gouvernement monégasque. Le premier a indiqué qu’il laissait le gouvernement répondre, ce que ce dernier n’avait pas fait, à l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 24 février 2026. L’enquête déterminera si des irrégularités financières ou des circuits douteux étaient liés à cet accord, présenté comme un outil de promotion et de “soft power” sportif.

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