Déficit abyssal, salaires en retard, bricolage institutionnel avorté : la crise financière de l’AS Monaco Basket a cessé d’être une affaire interne. En exposant publiquement les impayés et le chaos de la gouvernance, Mike James, star américaine de la Roca Team, a transformé une débâcle budgétaire en crise politique et sportive, révélant les failles d’un modèle arrivé à saturation. Par Clément Martinet
Entre grandeur sportive et misère comptable, la victoire face à Baskonia Vitoria (102-92), vendredi 13 février 2026 en Euroligue, avait tout d’un paradoxe. Sur le parquet, l’AS Monaco Basket continue d’exister au plus haut niveau européen. En coulisses, le club est au bord de l’asphyxie financière. Une contradiction devenue intenable, désormais exposée au grand jour par sa propre star, Mike James, dont les prises de parole sur les réseaux sociaux, dans la nuit qui a suivi la rencontre, actent une rupture presque irréversible. Depuis plusieurs semaines, la situation économique de la Roca Team s’est en effet brutalement dégradée. Selon plusieurs sources concordantes, le déficit du club atteindrait entre 10 et 15 millions d’euros. La trésorerie est exsangue. Certains joueurs ne seraient plus payés depuis deux mois, voire davantage. Une crise suffisamment grave pour faire planer la menace d’une grève des joueurs, notamment avant le déplacement à Chalon-sur-Saône, finalement évitée de justesse.
Selon plusieurs sources concordantes, le déficit du club atteindrait entre 10 et 15 millions d’euros. La trésorerie est exsangue. Certains joueurs ne seraient plus payés depuis deux mois, voire davantage
L’échec du plan d’urgence de la Ligue
Face à l’urgence, la Ligue Nationale de Basket (LNB) avait envisagé une avance exceptionnelle de 500 000 euros, afin de soulager temporairement les joueurs monégasques et préserver la continuité du championnat [à ce sujet, lire notre article Crise à l’ASM Basket : pourquoi la Roca Team vit à crédit, publié dans Monaco Hebdo n° 1410 — NDLR]. Une solution présentée comme transitoire, mais qui n’aura finalement jamais vu le jour. Selon nos confrères de L’Équipe, l’instance a dû faire machine arrière, faute de base juridique. Constituée en association loi 1901, la LNB ne peut statutairement consentir une telle avance financière. La somme restera donc dans les caisses de la Ligue. Une décision qui a mis fin à un dispositif déjà fragilisé politiquement. Dans les autres clubs de Betclic Elite, la réaction ne s’est pas fait attendre. Plusieurs dirigeants, dont ceux de Blois, du Portel ou de Nancy, ont dénoncé une rupture d’équité sportive. Le président du SLUC Nancy, Aurélien Fortier, a notamment mis en cause la responsabilité de la Direction nationale du conseil et du contrôle de gestion (DNCCG), qui avait autorisé l’engagement de Monaco, malgré une situation financière jugée insincère de longue date.
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Le 10 février 2026, une visioconférence de crise a réuni les joueurs, leur entraîneur Vassilis Spanoulis, la direction de la LNB, la DNCCG et le Syndicat national des basketteurs. Objectif : calmer un vestiaire excédé. Des garanties financières auraient été apportées, sans qu’aucun détail ne filtre. Sur le fond, la défiance demeure totale envers la direction du club. Désormais, la seule visibilité concrète est judiciaire. Une audience est programmée le 6 mars 2026 devant le tribunal de première instance de Monaco, afin de statuer sur un éventuel état de cessation de paiements. En toile de fond, le scénario d’une reprise du club par l’État monégasque via la Société des bains de mer (SBM) circule, sans calendrier précis. Le groupe SBM n’a d’ailleurs pas confirmé cette hypothèse à Monaco Hebdo.
Mike James : la rupture
C’est dans ce contexte explosif que Mike James a choisi de sortir du silence. Dans la nuit du 13 au 14 février 2026, le meilleur marqueur de l’Euroligue a multiplié les messages sur le réseau social X, exprimant sa lassitude et sa colère. Retards de salaire, promesses non tenues, communication opaque : le meneur américain décrit une situation qu’il juge irrespectueuse. Il affirme que le club lui devrait près d’un million d’euros, un montant supérieur à celui de certains de ses coéquipiers. « Jouer avec mon argent et se moquer de moi, c’est un jeu dangereux », écrit-il, tout en assurant ne pas mettre en cause le propriétaire Alexey Fedorychev. Sa cible est ailleurs : une gouvernance qu’il estime défaillante, incapable de dire la vérité aux joueurs. Plus grave encore, James affirme avoir voulu quitter Monaco à plusieurs reprises, notamment après sa suspension lors des derniers playoffs. Sans succès. « Ils me tiennent en otage », écrit-il. Une formule lourde de sens, qui dépasse la simple colère d’un joueur impayé et traduit une rupture de confiance profonde. Sportivement, Mike James continue pourtant d’assumer. Face à Baskonia, malgré une adresse irrégulière, il a encore porté son équipe. Mais le cœur n’y est plus. « Mes jours ici sont terminés », écrit-il sans détour. L’été prochain, il sera agent libre. À moins d’un retournement radical, son avenir ne s’écrira plus en Principauté.



