Alors qu’un lancement de la NBA Europe est envisagé pour l’automne 2027, avec 12 villes permanentes, les investisseurs potentiels ont jusqu’à fin mars 2026, dernier délai, pour se positionner. Une porte de sortie crédible pour la Roca Team, en quête de stabilité sur la scène européenne ? Par Clément Martinet
L’AS Monaco Basket, en pleines turbulences financières, a probablement précipité le départ de leur meneur star Mike James [à ce sujet, lire notre article Crise de cash et crise de nerf à la Roca Team : vers un départ de Mike James cet été, publié dans Monaco Hebdo n° 1411 — NDLR]. Selon plusieurs sources concordantes, le déficit du club atteindrait entre 10 et 15 millions d’euros. La trésorerie est exsangue. Certains joueurs, dont Mike James, ne seraient plus payés depuis deux mois, voire davantage. Si un sauvetage des comptes, à court terme, est envisagé à l’issue de l’audience du 6 mars 2026 devant le tribunal de première instance de Monaco, afin de statuer sur un éventuel état de cessation de paiements, et permettre à l’État monégasque d’essuyer l’ardoise, le club doit repenser son avenir à long terme. Et, dans ce contexte tendu, une piste commence à s’imposer dans les cercles dirigeants du basket européen : se positionner dès maintenant en vue de la future NBA Europe, un projet encore flou dans son calendrier, mais déjà central dans les stratégies d’investissement. Sur le papier, l’hypothèse est simple : anticiper l’émergence d’une ligue européenne adossée à cette mythique ligue américaine, pour pouvoir enfin envisager les choses en grand. Pour des clubs comme l’AS Monaco Basket, confrontés à un modèle EuroLeague coûteux et structurellement déficitaire, le projet peut faire sens.
« On investit tous avec la NBA Europe en tête »
Le premier signal est venu de Villeurbanne. Un fonds d’investissement serait prêt à injecter près de 30 millions d’euros au capital de l’ASVEL, une somme directement motivée par la perspective d’une intégration à la NBA Europe. Un montant inédit dans l’histoire du basket français. Dans un paysage contraint par les règles financières de la Direction Nationale du Conseil et du Contrôle de Gestion (DNCCG), et par l’incertitude entourant l’avenir de l’EuroLeague, cet apport changerait radicalement la donne. Il permettrait non seulement de stabiliser des comptes fragilisés, mais aussi de bâtir une organisation pensée sur le modèle des franchises NBA : staff élargi, infrastructures modernisées, gouvernance professionnalisée. À Monaco, la situation n’est pas identique, mais les fragilités existent. La montée en puissance sportive de ces dernières saisons s’est aussi accompagnée d’une inflation des coûts, dans un cadre européen où les revenus restent plafonnés. L’hypothèse NBA Europe devient alors stratégique. À Villeurbanne, la ligne est claire depuis plusieurs mois. Tony Parker, président et actionnaire majoritaire du club, ne s’en est jamais caché. L’idée serait de revendre ses parts actuelles d’EuroLeague pour s’en affranchir : « On investit tous avec la NBA Europe en tête », déclarait-il en juin 2025 à nos confrères de L’Équipe. Très impliqué dans les discussions entre la NBA, la FIBA et l’EuroLeague, l’ancien meneur des Spurs voit dans ce projet une opportunité historique de repositionner le basket européen dans l’économie mondiale du sport. En décembre 2025, l’entrée au capital du pilote Pierre Gasly, via un cercle d’investisseurs minoritaires, avait déjà souligné l’urgence financière de l’ASVEL. Tout comme Monaco, ce club sort de plusieurs exercices déficitaires, avec un déficit cumulé estimé à une douzaine de millions d’euros et une masse salariale désormais encadrée pour la saison 2025-2026. L’arrivée d’un fonds marquerait un changement d’échelle. Pour Monaco, l’équation est comparable : sécuriser l’avenir à court terme, tout en misant sur une revalorisation massive à moyen terme, si la NBA Europe voit le jour.
“Deadline” fin mars 2026
Reste une question centrale : quand ? Annoncée un temps pour la saison 2027-2028, la NBA Europe n’a toujours pas été formellement actée. Fin 2025, certaines communications avaient entretenu l’illusion d’un calendrier stabilisé. Depuis, la prudence est de mise. Lors d’une table ronde organisée en marge du All-Star Game, du 13 au 15 février 2026, à l’Intuit Dome d’Inglewood (Los Angeles), Mark Tatum, numéro 2 de la NBA, et George Aivazoglou, responsable Europe et Moyen-Orient, ont reconnu des « progrès significatifs », sans pour autant lever le voile sur un lancement imminent. Les « dizaines d’investisseurs » intéressés ont jusqu’à fin mars 2026 pour préciser leur niveau d’engagement. Autre évolution notable : la nomination de Chus Bueno à la tête de l’EuroLeague, après le départ de Paulius Motiejunas, réputé hostile au projet. « Il peut être un pont entre la FIBA, l’EuroLeague et nous », espère Mark Tatum. Le ticket d’entrée, lui, resterait dissuasif : la “franchise fee” pourrait dépasser les 500 millions de dollars. Un investissement que la NBA assume comme un pari de long terme. « Ce n’est pas l’opportunité d’une vie, c’est une opportunité éternelle », résume Aivazoglou. Une porte de sortie crédible pour la Roca Team, en quête de stabilité sur la scène européenne ? À condition que la taille de la salle Gaston Médecin, déjà inférieure au cahier des charge de l’EuroLeague — 4 500 places au lieu des 10 000 requises — ne soit pas un élément bloquant. Pour rappel, le projet NBA Europe prévoie un championnat à 16 équipes, dont 12 permanentes parmi lesquelles Paris, Lyon, Madrid, Londres et Milan.



