vendredi 17 avril 2026
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Des médicaments sans ordonnance livrés en quelques clics

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Grâce à une loi adoptée à l’unanimité le 28 juin au Conseil national, les pharmaciens monégasques sont désormais autorisés à vendre des médicaments sans ordonnance sur Internet. Pour réduire leurs coûts d’approvisionnement, les officines pourront aussi créer une structure de regroupement à l’achat.

Des Doliprane, de l’Efferalgan ou encore des vitamine C accessibles en quelques clics seulement… Depuis plusieurs années, l’industrie pharmaceutique s’est lancée dans la vente de médicaments en ligne. Une révolution qui touche toute l’Europe, y compris la France, qui a autorisé ce business depuis décembre 2012. A Monaco, il a fallu attendre quelques années supplémentaires… Le 28 juin dernier, en séance publique, les élus du Conseil national ont voté à l’unanimité un texte qui autorise les officines monégasques à vendre sur internet des médicaments non soumis à prescription médicale, c’est-à-dire sans ordonnance. Sur le marché, ce commerce représenterait environ 4 000 produits.

Concurrence

Pour le conseil de l’ordre des pharmaciens, il n’était pas question que la Principauté soit hors course par rapport aux autres pays européens sur ce sujet : « Il n’y a pas de raison qu’en France et en Europe, tous les pharmaciens puissent vendre en ligne des médicaments et qu’à Monaco on se l’interdise. Je me suis donc battue pour que l’on soit sur un pied d’égalité par rapport à nos voisins. Ceux qui souhaitent développer ce e-commerce à Monaco doivent pouvoir le faire », nous expliquait il y a quelque mois l’élue Caroline Rougaignon-Vernin, également présidente du conseil de l’ordre des pharmaciens. Dans la profession, certains s’agaçaient que Monaco soit autant à la traine dans ce domaine : « Les pharmacies de Monaco n’ont pas le droit de vendre des médicaments en ligne alors que les pharmacies de Beausoleil sont autorisées à le faire, nous déclarait l’un d’eux. C’est clairement une concurrence déloyale ! Monaco a déjà deux ans de retard par rapport à la France. Il est donc urgent que la Principauté s’aligne au plus vite. » C’est donc désormais chose faite. Et pour que ce nouveau mode de distribution se fasse dans les meilleures conditions économiques, et surtout sanitaires, plusieurs protections ont été prévues par le gouvernement et le Conseil national. « Le médicament n’est pas un produit comme les autres. Il y a des règles en matière de dispensation dont on ne peut s’affranchir », ont d’ailleurs rappelé les conseillers nationaux.

Encadrement

Voilà pourquoi ces cyberpharmacies devront obligatoirement être « le prolongement virtuel » d’une officine physique réelle. « Etant donné que le site internet est adossé à une officine légalement autorisée, il ne pourra proposer à la vente des faux médicaments ou des médicaments dont l’étiquetage aurait été falsifié », a assuré l’élu Christophe Robino, rapporteur du texte. Une garantie d’autant plus capitale lorsque l’on sait que selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) environ 50 % des médicaments vendus de cette manière sont falsifiés. La loi monégasque exige aussi que la personne destinataire des médicaments vive dans un Etat membre de l’Union européenne (UE). Quant aux officines monégasques, elles devront s’assurer « que ces médicaments respectent la législation de l’Etat destinataire », a précisé le conseiller aux affaires sociales et à la santé Stéphane Valeri. La cause en est simple : la liste des médicaments soumis à une ordonnance médicale varie d’un pays à l’autre. Pour éviter toute ambiguïté d’interprétation, les pharmaciens monégasques devront donc veiller à ce que le médicament vendu sur internet sans ordonnance le soit aussi « dans l’Etat de préparation de la commande, et dans celui où il est livré. »

Regroupement

Dans le domaine pharmaceutique, il n’y a pas que sur la vente en ligne de médicaments que la Principauté avait pris un peu de retard. Depuis 2009, la France autorise en effet les pharmaciens à constituer des structures de regroupement à l’achat (SRA). En clair, ces structures dotées d’une personnalité morale — société, groupement d’intérêt économique, ou association — permettent aux pharmaciens d’effectuer des commandes de médicaments de façon collective. Objectif : obtenir de meilleures conditions commerciales, donc des prix plus bas, auprès des laboratoires pharmaceutiques et des grossistes répartiteurs. Ce dispositif est désormais autorisé dans la loi monégasque votée le 28 juin dernier. « Cette innovation devrait permettre aux officines d’obtenir de meilleures conditions commerciales dans la mesure où les volumes commandés devraient être plus importants que ceux qui auraient pu être commandés individuellement par chaque officine », précise le texte. Pour Christophe Robino, ce texte permet donc de remplir un double objectif économique : « Grâce au commerce électronique, les pharmaciens monégasques pourront proposer leurs services à davantage de personnes, et ce, à des prix attractifs, du fait des conditions commerciales qu’ils seront parvenus à négocier par l’entremise des structures de regroupement à l’achat qu’ils auront constituées. »

Contraintes

Mais pour le moment, ce commerce en ligne ne semble pas créer un engouement démesuré dans la profession. Selon nos informations, seules deux pharmacies sur les seize officines présentes sur le territoire devraient se lancer dans ce business. Un pharmacien installé au boulevard du Jardin exotique explique que ce e-commerce est bien trop contraignant. Car cela exige beaucoup de manutention et d’organisation, pour des marges qui sont au final assez réduites. « Il faudrait des volumes importants de commande et des surfaces de réception importantes. Or, j’ai un petit local. Je n’ai clairement pas la superficie nécessaire pour cela. C’est donc beaucoup de travail pour pas grand chose », indique-t-il. Autre argument avancé : pour assurer la logistique de ce type de commerce en ligne, l’embauche de personnel supplémentaire peut s’avérer indispensable. Ce qui génère, bien sûr, de nouvelles dépenses. Autre impératif pour les pharmacies monégasques qui se lancent dans ce business : se démarquer des sites internet français déjà existants. Même si, au final, peu de pharmacies françaises ont franchi le pas : sur les 23 000 installées en France, seules 334 ont fait le pari du web.

TVA

Seule certitude : sur un territoire où sont concentrées au total 16 pharmacies — et parfois 3 à 4 officines sur une même rue, ou un même boulevard —, la vente en ligne de médicaments ne présente pas un grand intérêt pour les consommateurs monégasques ou les pendulaires qui peuvent se procurer très facilement des médicaments dans les officines physiques à Monaco. Ce commerce est davantage destiné aux personnes qui sont dans l’incapacité de se déplacer en pharmacie. Ou pour celles vivant dans des endroits isolés à plusieurs kilomètres d’une officine par exemple. La vente en ligne pourrait aussi séduire les jeunes générations qui ont de plus en plus le réflex de commander sur Internet. En revanche, pour les pharmaciens monégasques, cette autorisation leur permet de diversifier leur activité. Voire, si le business est rentable, de doper leur chiffre d’affaires : « Limitées dans leur essor économique par l’exiguïté du territoire et le nombre conscrit de clients potentiels, les pharmacies monégasques pourront augmenter leur chiffres d’affaires et par conséquent, créer des recettes indirectes pour l’Etat, par le biais de la TVA, et directes, par les impôts sur les sociétés », a souligné l’élue Horizon Monaco (HM) du Conseil national, Béatrice Fresko-Rolfo.

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