samedi 18 avril 2026
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Lutte contre le hooliganisme : « La France est un modèle »

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Le commissaire Antoine Boutonnet, chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme, dévoile les coulisses de la répression des violences dans les stades et évoque la préparation de l’Euro 2016.

Monaco Hebdo : Qu’est-ce qui caractérise le hooliganisme aujourd’hui ?
Antoine Boutonnet : Tout d’abord, l’action menée par notre division depuis fin 2009 a porté ses fruits. Notre action de partenariat avec l’ensemble des clubs a permis d’améliorer la situation dans et aux abords des stades de football. La situation est cependant fragile et c’est la raison pour laquelle nous sommes vigilants. Il existe toujours des creusets du hooliganisme, mais davantage à l’étranger qu’en France. Nous travaillons en étroite collaboration avec les autres pays en la matière. Par exemple, en marge du match de Ligue des champions Anderlecht-Paris SG, 80 « hooligans », dont la plupart étaient interdits de stade, ont été interpellés par les policiers belges grâce à une action conjointe. La violence dans le football amateur se caractérise par une importation de la violence quotidienne dans les stades. Elle peut être le fruit, par exemple d’une contestation consécutive à une décision arbitrale et les réactions peuvent être parfois violentes en tribunes. Dans le championnat professionnel, il s’agit plutôt de violences préméditées organisées entre groupes de « supporters » suite à des contentieux plus ou moins historiques ou des conceptions politiques divergentes. Nous disposons d’un arsenal législatif fort permettant de prévenir et de lutter contre ces phénomènes. La France est d’ailleurs un modèle en la matière.

M.H. : Combien de personnes sont interdites de stade en France ?
A.B. : 314 personnes font actuellement l’objet d’une interdiction de stade en France. 211 pour une mesure d’interdiction administrative et 103 pour une mesure d’interdiction judiciaire.

M.H. : Est-ce que tout match de football peut dégénérer ?
A.B. : Cela peut malheureusement se produire mais il faut souligner que sur environ près d’un million de matchs joués chaque année en France, la majorité d’entre eux se déroulent sans problème. Le public se comporte bien. On analyse les risques avant chaque rencontre, et nous sommes particulièrement vigilants sur les derbys, qui sont tendus par nature. On fait également extrêmement attention au jeu des alliances. Les supporters d’une équipe peuvent s’allier avec ceux du rival de l’équipe visiteuse. En France comme à l’étranger. Lorsque le risque est trop important, nous prenons des mesures administratives pour limiter voire interdire les déplacements de supporters. Cela a été le cas par exemple lors du match de Ligue 2, Nancy-Le Havre, pour éviter de retrouver des supporters de Metz parmi ceux du Havre.

M.H. : Comment peut-on expliquer les incidents qui ont émaillé Nice-Saint-Etienne, le 24 novembre dernier ?
A.B. : Je dois justement me rendre au stade de l’Allianz Riviera pour discuter des aspects liés à la sécurité des tribunes et notamment de l’espace « visiteurs ». En dehors du comportement inadmissible de certains « supporters », le cloisonnement des espaces ne me semblait pas suffisamment hermétique. D’autre part, il est important de revoir le taux d’encadrement de stadiers pour accompagner des supporters « visiteurs » lorsque les matches sont classés à risques.

M.H. : Les interdictions de déplacements de supporters, c’est la meilleure réponse à apporter ?
A.B. : C’est l’une des réponses à apporter. Sur certains déplacements, les incidents sont largement prévisibles. L’arrêté est pris lorsque la situation est telle qu’on ne peut pas faire autrement pour éviter des troubles importants à l’ordre public. Mais il existe d’autres mesures comme par exemple la fermeture de tribunes ou l’accompagnement encadré de supporters.

M.H. : Quels sont les clubs pour lesquels les groupes d’ultras posent le plus problème ?
A.B. : Je ne préfère pas cibler l’un ou l’autre car cela donnerait une mauvaise image aux clubs, et notamment ceux qui font des efforts pour s’en détacher.

M.H. : La dissolution de groupes ultras a-t-elle pacifié les tribunes ?
A.B. : Je rappelle que la dissolution n’est pas systématique. Nous avons aussi recours à la suspension. Cette sanction a été appliquée à un groupe montpelliérain en février 2011 (suspension de 4 mois pour actes répétés de dégradations de biens ou de violences sur des personnes). Certains pensent que dissoudre, c’est rompre le dialogue, mais il n’est pas concevable d’accepter de dialoguer avec des groupes violents, racistes, xénophobes et homophobes. Les mesures prises parviennent à apaiser les tribunes et toutes ont été confortées par les juridictions de recours administratifs. A titre d’exemple, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) nous a donné raison en déclarant irrecevable en 2011 une requête de l’association des Boulogne Boys qui contestait sa dissolution par le gouvernement en 2010. Cela prouve que ces mesures de dissolutions sont justes et fondées. A Paris, ça va beaucoup mieux, en particulier à domicile, au Parc des Princes. A l’extérieur, on a encore quelques pseudo-supporters qui se déplacent en marge des rencontres du PSG dans le cadre de la Ligue des champions, comme ce fut le cas à Anderlecht.

M.H. : A Marseille, l’entraîneur et les joueurs ont été visés par les supporters. On franchit une étape supplémentaire ?
A.B. : Lorsqu’à Lyon, on a retrouvé un tag « Puel démission » sur la résidence de Claude Puel, c’était du même acabit. Il y a toujours des gens qui écrivent n’importe quoi, et cela fait hélas partie du monde du supportérisme. On ne peut pas en déduire pour autant une radicalisation des supporters. Quand un club rencontre des difficultés en France, on constate que les supporters peuvent être extrêmement durs envers leur équipe, alors que dans d’autres pays, c’est tout le contraire, ils l’encouragent pour qu’elle gagne et se sorte d’une mauvaise passe.

M.H. : Le comportement de certains présidents de clubs, par leurs déclarations provocatrices, met-il en péril votre mission ?
A.B. : On leur dit clairement qu’il faut éviter ce genre de comportement, et il y en a de moins en moins. Tant les dirigeants que les joueurs doivent se montrer exemplaires, car ils doivent porter les valeurs du football. Il n’est en effet pas acceptable que certains joueurs puissent chambrer ouvertement leurs adversaires en entonnant certains chants par exemple. Ce type de comportement est d’ailleurs sanctionné par la Ligue du football professionnel. Je précise que nous agissons en partenariat avec les clubs et les instances du football et nous menons ensemble les actions de lutte contre les violences et les discriminations dans les stades.

M.H. : Que représente l’Euro 2016 pour votre division ?
A.B. : L’Euro 2016 est un événement important et nous avons déjà commencé à travailler sur le sujet en lien avec la délégation interministérielle à la gestion des grands événements sportifs. Cela représente beaucoup de travail d’étude avec nos collègues étrangers afin de partager les bonnes pratiques dans le cadre des retours d’expérience.

M.H. : Comment préparez-vous l’Euro 2016 ?
A.B. : Par l’étude des différentes organisations dans les pays ayant déjà accueilli cet événement. La DNLH a également travaillé sur les aspects liés à la gestion de flux et la prévention situationnelle des stades de l’euro.

M.H. : Un mot sur le stade Louis-II ?
A.B. : C’est un stade configuré pour recevoir des compétitions internationales. Dans le cadre de la remontée en Ligue 1 de l’AS Monaco, les stadiers ont suivi un cycle de formation et l’ensemble des responsables du club sont sensibilisés à la problématique de la sécurité.

M.H. : En France, le hooliganisme est-il propre au football ou est-il présent dans d’autres sports ?
A.B. : En France, cela reste concentré sur le football. Nous restons vigilants lors de déplacements de supporters en marge de rencontres dont les disciplines sportives enregistrent des phénomènes de violences, comme par exemple le hockey sur glace. Nous sommes également attentifs sur le suivi de clubs pluridisciplinaires étrangers et où l’une des disciplines draine des supporters potentiellement violents.

M.H. : Vous avez été menacé de mort en novembre 2013 par certains groupes d’ultras. Comment vous l’avez vécu ?
A.B. : Cela fait malheureusement partie de mon métier. Ma mission est de lutter contre toute sorte de discrimination et de violence dans les stades. Forcément, cela doit en gêner certains.

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