dimanche 26 juin 2022
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Blaise Matuidi : « Je pense que tout le monde devrait s’engager pour l’eau »

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Loin des projecteurs, le champion du monde de football Blaise Matuidi (1) s’est engagé dans le privé pour contribuer à un meilleur accès à l’eau potable, notamment dans cinq pays africains. Soucieux des répercussions de la crise de l’eau dans le monde, le milieu de terrain français a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Comment est né votre engagement pour l’accès à l’eau potable ?

Je pense que tout le monde devrait s’engager pour l’eau. Personnellement je suis soucieux de l’état de notre planète et sensible aux enjeux climatiques : l’eau est donc une évidence, car c’est la source de la vie. La situation est préoccupante, et je me suis posé la question de mon impact pour améliorer la situation. Au travers de mes expériences, j’ai pris conscience de l’inégalité de la répartition de cette ressource et donc de l’urgence de la préserver, et maintenant avec France Industries Assainissement (FIA), de l’urgence et de la traiter.

Pourquoi êtes-vous devenu actionnaire de l’entreprise France Industries Assainissement (FIA) ?

FIA m’a séduit par son approche sociétale et environnementale. La volonté de FIA de placer l’argent comme la conséquence d’une action positive pour la planète et l’humanité, plutôt qu’une priorité, fait partie des valeurs que j’apprécie chez les entrepreneurs. FIA s’attaque à un problème majeur, et a su faire preuve d’imagination pour mettre en place des solutions concrètes et adaptées au monde moderne.

Comment est née votre collaboration avec cette entreprise ?

Je souhaitais m’investir dans un projet en cohérence avec mes valeurs, et apporter ma pierre à l’édifice pour améliorer la condition humaine, notamment dans l’accès à l’eau. La passion et l’engagement pour l’eau de Malek Semar et Jacques Momeux [les fondateurs de FIA — NDLR] m’ont donné envie de m’investir avec eux dans cette aventure humaine, sociétale et environnementale. Cela s’est fait naturellement et très rapidement. Nous sommes au début de l’aventure, et le meilleur est à venir.

Blaise Matuidi eau potable
© Photo DR

« L’eau ne peut plus être considérée comme un enjeu climatique lointain, car la pollution de cette dernière est bien réelle »

Les Nations Unies parlent de « crise mondiale de l’eau » : pensez-vous également qu’il y a urgence à agir ?

En 2010, l’assemblée générale de l’ONU a déclaré que le droit à une eau potable, salubre, et propre était un droit fondamental. En 2022, selon les chiffres des Nations Unies, un enfant meurt toutes les 15 secondes de maladies liées à l’eau. De plus, 2,4 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et 4,2 milliards manquent de services d’assainissement. Enfin, 80 % des eaux usées sont rejetées dans la nature sans traitement. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

Quelles sont les conséquences ?

Les conséquences sont nombreuses ; géopolitiques avec la rareté de l’eau, sociétales avec les problèmes d’approvisionnement pour des populations de plus en plus nombreuses, sanitaires avec la propagation des maladies… La liste est longue. Sur la santé, il est clair que la pandémie actuelle et la crise sanitaire liée au Covid doivent nous ouvrir les yeux. La prise de conscience collective est importante. Il est donc indispensable de réagir et de développer une solidarité internationale.

Outre l’aspect financier, quelles sont les meilleures manières d’œuvrer pour un meilleur accès à l’eau dans le monde ?

L’aspect financier est important, car notre projet est ambitieux, et la cause de l’eau est noble. Au-delà du projet industriel, nous réfléchissons aussi à des actions pour sensibiliser et agir. La pédagogie et la communication sont essentielles, dès le plus jeune âge, pour sensibiliser et expliquer la situation car nos sociétés ne mesurent pas l’urgence. Pour vous donner un exemple, je reviens sur « No Water No Us », le projet initié par Malek Semar, que je soutiens. Cette initiative englobe une multitude d’actions concrètes et organisées autour d’un spectacle labellisé dans le cadre de la Saison Africa2020 (2), pour sensibiliser à l’eau via la culture. La culture est sans doute le meilleur levier pour sensibiliser.

Même à petite échelle ?

Il n’y a pas de petites actions. Chacun doit mesurer son usage de l’eau au quotidien. Les gouvernements et les grands groupes doivent aussi faire plus, en s’engageant et en investissant massivement dans la préservation de notre eau. L’innovation est importante pour trouver les bonnes solutions, adaptables et accessibles au plus grand nombre. Sur ce point, je suis fier d’être un des associés de FIA.

« La situation est préoccupante et je me suis posé la question de mon impact pour améliorer la situation. Au travers de mes expériences j’ai pris conscience de l’inégalité de la répartition de cette ressource et donc de l’urgence de la préserver »

Voulez-vous concentrer votre aide sur une région du globe en particulier ?

L’eau n’a pas de frontière, et sa répartition est inégale. Le dérèglement climatique engendre des précipitations importantes à certains endroits, et des sècheresses à d’autres. Tous les pays ne disposent pas des mêmes moyens financiers et techniques, notamment en Afrique où on souffre du manque d’infrastructures. Une certitude : l’enjeu est mondial. Avec FIA, nous travaillons dans le monde entier, et nous visons une présence mondiale. Nous avons déjà ouvert cinq bureaux en Afrique. On va donc commencer par le marché africain à l’international, tout en continuant à développer nos activités en France.

Vous êtes également engagé pour les enfants, avec votre association Les tremplins Blaise Matuidi ?

L’association Les Tremplins Blaise Matuidi œuvre pour les enfants défavorisés et en difficulté. Sa mission principale est de redonner le sourire aux enfants par le biais de diverses actions caritatives et solidaires. Nous menons un certain nombre d’actions pour aider les enfants en difficultés sociales, malades, ou handicapés.

Prévoyez-vous d’y intégrer prochainement des actions liées à l’eau ?

Il est évident que certains projets impliquent l’approvisionnement en eau ainsi que sa gestion. Avec mes associés, nous réfléchissons à des ponts entre l’association et les activités de l’entreprise. Comme je vous l’ai dit, je préfère vous montrer les résultats sur le terrain.

Blaise Matuidi eau potable
Jacques Momeux, Blaise Matuidi et Malek Semar. © Photo DR

« Chacun doit mesurer son usage de l’eau au quotidien ; les gouvernements et les grands groupes doivent également faire plus en s’engageant et en investissant massivement dans la préservation de notre eau »

Vous êtes aussi engagé avec la Croix-Rouge pour soutenir la médecine, notamment en Centrafrique : pourquoi ce choix ?

Avec cette action l’objectif est de sensibiliser l’opinion publique sur le rôle essentiel des soignants, et la nécessité de les protéger, en Afrique ou ailleurs.

À propos de votre engagement pour l’eau, vous êtes resté plutôt discret médiatiquement : était-ce volontaire ?

Mes initiatives sont personnelles et je reste “focus” [concentré — NDLR] sur l’impact positif sur le terrain. Ponctuellement, je mets mon image au service d’une cause, mais la priorité reste l’action. Mon objectif n’est pas de parler de moi ; si à travers mon image on arrive à sensibiliser à l’importance de l’eau, alors le pari est gagné. Avec FIA, le modèle est différent, dans le sens où je suis associé, et donc partie prenante de l’aventure. On essaye, et chacun donne le meilleur de soi-même pour contribuer à la réussite collective.

Parle-t-on suffisamment de la crise de l’eau ?

Pas assez, à mon sens. Il est vrai que les causes à défendre sont nombreuses et louables. À mon sens, la thématique de l’eau est urgente, car c’est la source de toute vie. Les impacts sont nombreux, car l’eau est systématiquement liée à toutes nos activités humaines. Des dispositifs existent, mais le niveau d’urgence devrait être plus mis en avant.

D’autres footballeurs et sportifs de haut niveau veulent vous accompagner dans votre démarche ?

Cela reste une initiative personnelle, et je suis fier de la mener aux côtés de FIA. Chacun, en fonction de son vécu, de son expérience et de sa volonté, s’implique dans des causes qui lui tiennent à cœur. Néanmoins, j’insiste sur la problématique de l’eau. Avec FIA, notre projet est durable et il impacte positivement le monde. Mais nous restons ouverts à toutes les bonnes volontés, et cela va au-delà du sport, pour soutenir l’eau. Ensemble, nous irons plus loin.

Sur le terrain, on vous surnomme « la pieuvre », car vous ne lâchez rien : c’est pareil pour l’eau ?

Ma détermination est sans faille dans ce projet, car nous parlons de vies humaines. L’eau ne peut plus être considérée comme un enjeu climatique lointain, car la pollution de cette dernière est bien réelle. Nous avons vu précédemment que 80 % des eaux usées sont rejetées dans la nature sans traitement. Notre challenge est de baisser ce chiffre pour préserver notre Terre et sauver des vies humaines. Pour cela, nous devons entraîner autour de nous un maximum d’initiatives personnelles, collectives, et institutionnelles. Nous espérons que de nombreuses initiatives émergeront rapidement autour de cette matière précieuse et vitale.

1) Né le 9 avril 1987 à Toulouse, Blaise Matuidi Major joue actuellement au poste de milieu de terrain à l’Inter Miami, en League Soccer (MLS), aux États-Unis.

2) Dédiée aux 54 États du continent africain, la Saison Africa2020 est un projet panafricain et pluridisciplinaire qui a pour objectif de présenter les points de vue de la société civile africaine concernant les grands défis du 21ème siècle. + d’informations sur www.saisonafrica2020.com/fr.

Pour lire la suite de notre dossier sur la « guerre de l’eau », cliquez ici.

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Monaco Hebdo