mercredi 22 avril 2026
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Fête nationale :
une page d’histoire

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A Monaco, la fête du prince est devenue au fil du temps la fête nationale. Pour l’édition 2013, Monaco Hebdo s’est plongé dans l’Histoire de la Principauté*, les origines de cette journée, et des symboles qui l’accompagnent.

Au commencement
A Monaco comme ailleurs, la fête nationale reste l’occasion de célébrer traditions nationales et spécificités du pays. Notamment à travers la remise de distinctions honorifiques, la prise d’armes dans la cour d’honneur du palais princier, la revue des troupes sur la place du palais. Sans oublier les traditions religieuses (avec le Te Deum), ou les festivités.
Instaurée, sous sa forme actuelle, par Charles III en 1857, cette « fête du prince » est généralement placée le jour du saint patron du prince. Cette coutume n’est pas propre à Monaco, puisqu’elle était d’usage chez les empereurs romains par exemple, comme dans d’autres monarchies. L’année 1857 est le réel lancement de la fête nationale contemporaine, avec un déroulé très proche de l’actuelle. Charles III l’avait d’ailleurs placée le 4 novembre, jour de la Saint-Charles. De même, si l’on assiste aujourd’hui à une remise de distinctions honorifiques, on le doit également à Charles III, qui a notamment créé en 1858 l’Ordre de Saint Charles, plus haute distinction remise par la famille princière.
Lors de son avènement, Albert II a maintenu la fête du prince, en hommage à son père, au 19 novembre. Ce qui correspond au jour de son intronisation, mais aussi et surtout au jour dédié au Bienheureux Rainier d’Arezzo, saint patron de son père, Rainier III. La fête n’est donc plus liée au prénom du prince régnant. Albert II n’est cependant pas le seul à avoir choisi une date qui ne correspond pas à son saint patron. Un précédent avait eu lieu quelques décennies auparavant, lorsque Louis II opte pour le 23 janvier, jour de la Saint-Antoine. Ce dernier étant le saint patron de sa petite fille, Antoinette, née 3 ans avant Rainier. Cela s’explique par le fait que la Saint Louis tombe le 25 août, en pleine période des vacances d’été.

La Salle du Trone

Du rouge et du blanc gênois
Le drapeau monégasque est relativement récent, par rapport aux autres nations. C’est Charles III qui en a doté son pays en 1881. Il est intéressant de noter que l’origine de ce drapeau se trouve dans les armoiries de la maison Grimaldi. Le rouge et le blanc sont les couleurs de Gênes, dont est issue la famille princière. Car au départ, la famille Grimaldi est l’un des plus importantes familles aristocratiques de Gênes. Nous sommes à l’époque à la fin du XIIIème siècle, quand gibelins, partisans de l’empereur, et guelfes, partisans du Pape, s’opposent farouchement, jusqu’à la prise de Gênes par les gibelins, contraignant les Grimaldi au départ. C’est donc à la fin du XIIIème siècle, entre 1297 et 1300, que les Grimaldi vont prendre la forteresse de Monaco.
Si les détails de l’opération ne sont pas historiquement connus, le mythe de Malizia a pris la suite. Cette histoire voudrait en effet que François Grimaldi, dit « Malizia », se soit introduit dans la forteresse, déguisé en moine (cf. photo). Ce qui explique d’ailleurs que les tenants des armoiries soient des moines franciscains brandissant une épée chacun, puisque leur présence est une référence directe à ce fait d’arme fondateur, aussi mythique soit-il. Il est cependant important de noter qu’Albert II n’est pas un descendant direct de Malizia, mais de Rainier Ier, (1267-1314) dont on ne peut assurer avec certitude le lien de parenté avec Malizia (cousin ? oncle ? neveu ?). Le premier seigneur de Monaco fût Charles Ier (mort en 1357), fils de Rainier Ier. Le premier à avoir pris le titre de Prince est Honoré II (1597-1662), en 1612. Honoré II, dont le portrait de sa femme, Hippolyte Trivulce, est présent dans les Annales Monégasques de 2013, parues en septembre dernier.

Une langue codifiée grâce à Louis Frolla
Longtemps, la langue monégasque n’a pas été codifiée, comme a pu l’être le français. D’autant qu’à travers les époques, les documents officiels ont toujours été rédigés en latin, français ou italien. Il a fallu attendre Louis Notari pour voir le monégasque en tant que langue codifiée. Le premier ouvrage en langue monégasque est d’ailleurs signé de sa main en 1927, A Legenda de Santa Devota, soit La légende de Sainte Dévote. La grammaire monégasque a, quant à elle, été rédigée par Louis Frolla, et publiée pour la première fois en 1960. Tandis qu’un dictionnaire voit le jour en 1963, toujours sous l’impulsion de Louis Frolla. La langue monégasque est ligurienne, et a évolué avec l’apport des langues et dialectes parlés autour d’elle. A noter que la langue monégasque a ainsi pu survivre à l’écrit grâce à la formation, en 1924, d’un « comité des traditions locales », qui est aujourd’hui appelé « comité national des traditions monégasques ».

Un hymne en monégasque depuis 1928

L’hymne monégasque tel qu’il est chanté aujourd’hui a connu diverses modifications depuis sa première version. Au départ, il s’agit en fait d’une marche de fidélité des Monégasques alors que Menton et Roquebrune-Cap-Martin ont été cédées. Les premières paroles, plus guerrières, évoquaient les compagnons de la garde civique. Ensuite, ce sont les frères des écoles chrétiennes qui ont proposé de nouvelles strophes. A noter que ces deux premières versions étaient entièrement rédigées en français. Mais c’est la version de Louis Notari, datant de 1928, qui a été adoptée en tant qu’hymne national. La musique, elle, n’a pas ou peu changé, et reste conforme à ce qu’avait réalisé Théophile Bellando. Léon Jehin, ancien chef de l’orchestre de l’opéra de Monte-Carlo a repris l’orchestration de la musique, ce qui donne la version actuelle.

Partition-manuscrite-Bellando

Inu munegascu

Oilà cü ne toca !
Oilà cü ne garda !
Fò che cadün sace ben aiço d’aiçì
Despœi tugiù sciü d’u nostru paise
Se ride au ventu u meme pavayun
Despœi tugiù a curù russa e gianca
E stà r’emblema d’a nostra libertà !
Grandi e piciui r’an tugiù respetà !
Amu avüu sempre r’a meme tradiçiun ;
Amu avüu sempre r’a meme religiun ;
Amu avüu per u nostru unù
I meme Principi tugiù
E düsciün nun purà ne fa sciangià
Tantu ch’au cielu u suriyu lüjerà ;
Diu n’agiüterà
E mai düsciün nun purà ne fa scangià Düsciün
Nun sëmu pa gaïre,
Ma defendemu tüti a nostra tradiçiun ;
Nun sëmu pa forti,
Ma se Diu vœ n’agiüterà !
Oilà cü ne toca !
Oilà cü ne garda !
Fo che cadün sace ben ailo d’ailì

 

Hymne en français

Ohé, vous qui voisinez !
Ohé, vous qui nous regardez !
Il importe que chacun retienne bien ceci :
Depuis toujours, le même pavillon
Flotte joyeusement au vent de notre Pays
Depuis toujours les couleurs rouge et blanc
Constituent le symbole de notre liberté
Grands et Petits l’ont toujours respecté
Nous avons perpétué les mêmes traditions
Nous célébrons la même religion
Nous avons l’honneur
D’avoir toujours eu les mêmes Princes
Et personne ne pourra nous faire changer
Tant que le soleil brillera dans le ciel
Dieu nous aidera
Et jamais personne ne pourra nous faire changer Personne
Nous ne sommes pas bien nombreux
Mais nous veillons tous à la défense de notre identité
Nous ne sommes pas très puissants
Mais, s’il le veut, Dieu nous aidera.
Ohé, vous qui voisinez !
Ohé, vous qui nous regardez !
Que chacun prenne bien conscience de cela.

* Article réalisé à partir de Histoire de Monaco, manuel pour l’enseignement secondaire, de Thomas Fouilleron, édition 2010.

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