jeudi 2 février 2023
AccueilActualitésSantéÉpidémie de bronchiolite — Hervé Haas : « Nous n’avons pas encore...

Épidémie de bronchiolite — Hervé Haas : « Nous n’avons pas encore atteint le pic »

Publié le

Pourquoi l’épidémie de bronchiolite est-elle si virulente cette année ? Comment se manifeste cette maladie ? Quand faut-il consulter ? Quels sont les traitements ? Le docteur Hervé Haas, chef du service pédiatrie du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), répond aux questions de Monaco Hebdo.

Pourquoi l’épidémie de bronchiolite est-elle si virulente cette année ?

Il est difficile pour l’instant d’avoir des certitudes. Le virus, lui-même, est peut-être beaucoup plus agressif, cette année. Et il y a aussi le fait que depuis deux ans, les gens ont respecté le confinement. Ils ont porté le masque et utilisé des solutions hydroalcooliques pour éviter d’être contaminés par le Covid-19, donc ils n’ont pas été exposés pendant ce même temps à tous les autres virus. Beaucoup d’enfants n’ont pas été en contact avec ce virus. Ils n’ont donc pas fait leur immunité, et aujourd’hui ils sont disponibles pour ce virus en nombre très important. Résultat, les enfants plus ou moins âgés contractent le virus de la bronchiolite. Ils peuvent faire une forme qui n’est pas forcément grave pour eux. En revanche, ils vont aussi contaminer leur petit frère et leur petite sœur né(e) en 2020, 2021 et 2022. Ces enfants n’ont pas eu de transmission des moyens de défense par leurs mamans. Car, pendant leur grossesse, n’ayant pas été exposées récemment au virus, elles n’ont pas transmis les anticorps à leur bébé pour les protéger. Ce n’est pas une immunité que l’on garde très longtemps, donc si vous n’êtes pas « stimulée », vous n’avez pas les anticorps et vous ne protégez pas votre bébé pendant les premiers mois. Or, la maladie est particulièrement à risque dans les premiers mois de vie.

C’est ce que l’on appelle la « dette immunitaire » ?

Oui. Ce concept n’est parfois pas bien compris. Il s’agit en fait d’une dette d’exposition. Cela ne signifie pas qu’ils sont immunodépression, car ils n’ont pas de déficit de leur immunité, mais ils ont eu un déficit d’exposition qui fait qu’aujourd’hui, tout le monde est exposé en même temps à un même virus. Et cela entraîne un nombre de cas de bronchiolite qui est extraordinaire. Par rapport aux années précédentes, nous sommes très largement au-dessus des courbes et nous n’avons pas encore atteint le pic. Il y a vraiment une augmentation très rapide, très intense du nombre de cas. Et évidemment, dans le lot, les moins de 1 an sont à risque de faire des formes respiratoires sévères. C’est ce qui fait que ça sature les urgences et les services d’hospitalisation.

Existe-t-il des moyens pour éviter la contagion ?

Les moyens dont nous disposons aujourd’hui sont les mêmes que pour le Covid-19, c’est-à-dire le port du masque et le lavage des mains. Il faut aussi éviter les endroits clos, où les enfants pourraient être contaminés par des gens qui auraient le virus. Parce qu’attraper la bronchiolite à 30, 40 ou 50 ans va donner un rhume ou une bronchite, mais elle ne va pas vous mettre en difficulté respiratoire. Les plus à risque sont les tout-petits, mais aussi les personnes âgées. Si les personnes contaminées portaient un masque et se lavaient les mains régulièrement, cela réduirait le risque de contaminer un bébé. Mais nous sortons de deux ans de port du masque, et les gens accueillent plus difficilement ce genre de mesures.

Hervé Haas docteur pédiatrie
« Si les personnes contaminées portaient un masque et se lavaient les mains régulièrement, cela réduirait le risque de contaminer un bébé. Mais nous sortons de deux ans de port du masque, et les gens accueillent plus difficilement ce genre de mesures. » Docteur Hervé Haas. Chef du service pédiatrie du centre hospitalier princesse Grace (CHPG). © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo

D’autres moyens de prévention ?

Il faudrait disposer d’un moyen de prévention médical. Les anticorps monoclonaux vont arriver, mais probablement pas avant l’hiver prochain [2023 – NDLR].

Existe-t-il un vaccin contre la bronchiolite ?

Un vaccin est actuellement en préparation, mais il ne sera pas destiné aux tout-petits, plutôt aux personnes âgées, et peut-être, mais cela demande encore des études, aux femmes enceintes. Comme nous le faisons déjà pour la prévention de la coqueluche, en vaccinant dans le dernier trimestre de grossesse, nous pourrons protéger non seulement la mère mais aussi le bébé dans les trois ou quatre premiers mois après sa naissance. Mais cela demande encore une confirmation en termes d’études.

« Tout le monde est exposé en même temps à un même virus. Et cela entraîne un nombre de cas de bronchiolite, qui est extraordinaire. Par rapport aux années précédentes, nous sommes très largement au-dessus des courbes, et nous n’avons pas encore atteint le pic »

Quels sont les symptômes de cette maladie ?

Les premiers symptômes sont tout à fait banals. L’enfant présente un rhume, il a le nez un peu pris, il peut avoir une légère fièvre, et rapidement une toux particulière, un peu quinteuse, va s’installer. L’enfant va tousser de manière rapprochée plusieurs fois d’affilée, toujours avec le nez bouché. Et dans les formes plus importantes, il va avoir du mal à respirer. Donc il va avoir un travail respiratoire qui va se révéler par une respiration plus rapide et plus difficile. Sur son thorax, on va constater des tas de mouvements qui n’existaient pas auparavant, et qui traduisent un travail respiratoire plus dense. Et cela se traduit chez les nourrissons par une difficulté à boire et à téter. Car prendre un biberon est une vraie épreuve d’effort pour un bébé.

« Quand l’enfant n’arrive pas à prendre plus de la moitié de son biberon deux ou trois fois d’affilée, cela signifie que quelque chose ne va pas sur le plan respiratoire. C’est un signe d’alerte, qui doit conduire à une consultation »

Quand faut-il consulter ?

Dans les formes les plus sévères, on va s’apercevoir que l’enfant n’arrive pas à prendre plus de la moitié de son biberon. Et quand cela se reproduit à deux ou trois biberons d’affilée, cela signifie que quelque chose ne va pas sur le plan respiratoire. Il peut s’agir de la bronchiolite comme d’autres choses, mais c’est un signe d’alerte qui doit conduire à une consultation. Quand l’enfant boit bien, il n’est pas nécessaire d’aller à l’hôpital ou chez le médecin. En revanche, il faut penser à bien lui laver le nez avant de prendre son biberon. Car s’il a le nez bouché, il ne tétera pas bien. On peut accepter qu’il boive moins à condition que ce soit plus de 50 % de sa ration habituelle. Mais, dans ce cas, il faut lui proposer un biberon plus souvent. C’est ce qu’on appelle « fractionner », c’est-à-dire moins en quantité, mais plus souvent. Cela lui permet de s’hydrater, de se nourrir et de passer le cap de la bronchiolite qui peut durer trois, quatre, cinq, ou six jours, en fonction des enfants.

Cette difficulté à boire un biberon est donc le signe d’alerte ?

Après un bon lavage de nez, si l’enfant prend moins de 50 % de sa ration, il faut être attentif. S’il recommence le biberon d’après, on doit encore être attentif. Et si au troisième, c’est pareil, cela signifie qu’il n’est pas en capacité de respirer correctement. Dans ce cas, il faut consulter.

Quels sont les risques ?

Dans les formes les plus sévères, le risque c’est que l’enfant s’épuise pour respirer. Car ses bronches sont complètement obstruées, donc il doit faire marcher le soufflet beaucoup plus vite, et plus souvent, pour pouvoir faire rentrer de l’air dans ses poumons. Au bout d’un moment, sa capacité physique va être dépassée. Et s’il s’épuise, il n’arrive plus à respirer. Il peut alors faire des apnées, il va moins boire, donc il va moins s’hydrater, moins se nourrir, et perdre du poids… Un cercle vicieux peut s’installer. Nous avons vu des tout-petits de moins de 1 mois faire des apnées. Il faut donc être très attentif chez les moins de 3 mois.

Les prématurés sont-ils plus à risque ?

Les prématurés ont souvent des poumons plus fragiles, ils ont aussi une immunité de moins bonne qualité, ils se défendent moins bien. Ils sont donc plus à risque, au même titre que les enfants atteints de maladies pulmonaires ou cardiaques. Tous ces enfants peuvent faire des complications plus sévères de la bronchiolite.

Comment prend-on en charge cette maladie ?

Le traitement de la bronchiolite consiste à désobstruer le nez régulièrement pour que l’enfant puisse respirer du mieux possible. Il faut aussi fractionner l’alimentation en proposant des quantités de biberons moindres mais plus souvent. Et si l’enfant n’est pas en capacité de boire correctement, à ce moment-là, à l’hôpital il nous reste la possibilité de lui amener de l’oxygène au niveau du nez par des lunettes nasales. Parfois, nous sommes obligés de mettre des quantités d’oxygène beaucoup plus importantes avec des masques à haute concentration, qui apportent des débits d’oxygène très élevés. Et dans les formes les plus importantes, nous pouvons même les prendre en charge en soins intensifs où nous allons mettre en place un appareillage sous le nez de l’enfant pour lui envoyer de l’air. Enfin, dans les formes extrêmes, nous pouvons être amenés à mettre un tube dans les poumons de l’enfant pour l’aider à respirer.

Les hospitalisations pour bronchiolite sont-elles fréquentes ?

Elles ne sont pas rares, malheureusement. Par rapport à l’ensemble des enfants qui vont attraper le virus, peu d’entre eux vont avoir besoin non seulement d’une hospitalisation mais aussi de soins techniques importants. Mais il y en a suffisamment pour aller aux urgences et occuper des lits d’hospitalisation. À Monaco, comme dans beaucoup d’hôpitaux actuellement, les services sont saturés d’enfants qui ont besoin d’être hospitalisés parce qu’ils ne sont plus en capacité de respirer normalement, et donc de s’alimenter normalement.

« Il faudra voir ce que l’on risque ensuite d’avoir, concernant la grippe et d’autres virus qui circulent. Au final, ça risque de mettre en grande difficulté toutes les équipes, car elles vont finir par s’épuiser »

Quelles séquelles peut laisser cette maladie ?

Les séquelles sont rares sur le plan pulmonaire. En revanche, il peut y avoir des séquelles d’ordre psychologique pour les parents, comme pour l’enfant. Car les parents ont vu leur bébé être en grande difficulté sur le plan respiratoire pendant plusieurs jours. Et cela est clairement traumatisant pour l’entourage. Pour le bébé, qui a eu des difficultés pour respirer, la bronchiolite peut aussi être traumatisante, mais ils sont à un âge où ils ont du mal à exprimer leur stress.

Comment se transmet le virus responsable de la bronchiolite ?

La transmission se fait par voie aérienne, donc par les gouttelettes qu’il y a dans le nez. Il peut aussi se transmettre par la toux, par les éternuements. Vous transmettez à grande distance des gouttelettes dans lesquelles il y a le virus. Ce virus est en plus capable de résister assez longtemps sur les vêtements et sur les mains. Donc, si un enfant met à sa bouche, dans les yeux ou dans le nez des objets contaminés, il peut aussi mettre du virus dans ses voies aériennes.

Vous avez accueilli au CHPG des enfants venant de Lenval en octobre 2022 : comment cela s’est-il passé ?

Ce sont des enfants de Nice qui ont préféré venir à Monaco, plutôt que d’aller à Lenval, car les délais d’attente étaient longs. Après, il est évident que si Lenval est en difficulté pour hospitaliser des enfants, nous en discuterons. Nous ne pouvons pas prévoir comment les choses évolueront dans les quinze jours. Il faut être très à l’écoute les uns des autres, pour savoir comment agir.

Vous êtes inquiet ?

Oui, nous sommes inquiets. Au-delà même de l’épidémie, qui finira nécessairement par diminuer, il faudra voir les conditions et ce que l’on risque ensuite d’avoir, concernant la grippe et d’autres virus qui circulent. Au final, ça risque de mettre en grande difficulté toutes les équipes, car elles vont finir par s’épuiser. C’est le vrai danger.

Publié le

Les plus lus

BD Devota : 13 000 euros reversés à la société Saint-Vincent-de-Paul Monaco

Ils avaient promis de reverser l’intégralité des bénéfices de leur bande dessinée Devota à des associations caritatives de la principauté. Roger Rossi et Guy Boscagli ont tenu parole et remis, à quelques jours des festivités de la Sainte Dévote, un chèque d’une valeur de 13 000 euros à la société Saint-Vincent-de-Paul Monaco

Alexandre Boin nouveau directeur du CREM

Monaco Hebdo