
Trois nouvelles saisies de résine de cannabis, réalisées au péage autoroutier de la Turbie la semaine dernière, rappellent que la zone est l’un des passages obligé des trafiquants de drogue.
Près de 88,5 kg de résine de cannabis. C’est ce qu’ont saisi, en l’espace de trois jours, les douaniers de Menton, dans trois véhicules différents, tous en provenance de l’Espagne et en direction de l’Italie. Dans le premier, intercepté le 12 novembre, un Anglais de 68 ans dissimulait 4,9 kg de cette drogue dite « douce », soit 12 paquets, dans la « galette » de sa voiture de location. Deux jours plus tard, les hommes de la brigade de surveillance de Menton ont découvert 4,3 kg de cannabis et 3 kg d’herbe dans une deuxième voiture. La drogue était cachée dans l’habitacle, au niveau de l’aile arrière. Mais la plus grosse prise est intervenue le 15 novembre, au péage de l’A8, lorsque les douaniers ont découvert 76,3 kg de chanvre. Les paquets, entourés de scotch, étaient dissimulés dans la roue de secours d’un poids lourd sans chargement.
Le trafic de cannabis, champion 2010
Si les années précédentes, le trafic de cocaïne avait la cote, il semble désormais que celui de la résine de cannabis lui ait volé la vedette. En 2010, les douanes de Menton ont intercepté 922 kg de cannabis. L’explication est simple?: en pratiquant le trafic de cannabis, les passeurs risquent moins gros, puisque l’amende douanière, en plus de la peine de prison, infligée à un fraudeur est équivalent au prix du kilo. Or, le chanvre est évalué – par Interpol- à 2?000 euros le kilo alors que celui de cocaïne est, quant à lui, estimé à 40?000 euros. Le risque n’en vaut peut-être pas la chandelle. Une observation certainement faite en amont par le conducteur du deuxième véhicule interpellé, qui a déjà été condamné à 18 mois de prison et 14?000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Nice. Les deux autres étant en attente de jugement.
Filières bien organisées
Les 900 kg de cannabis interceptés cette année à Menton ne représenteraient que 10 % de la marchandise globale qui passerait par les réseaux autoroutiers européens. Et selon les douaniers, Monaco, si elle n’est pas une ville de transit, ne fait pas figure d’exception sur le marché de la drogue. Si la plus grande partie des passages se fait via l’autoroute, les petites « livraisons », pour être plus discrètes, empruntent, elles, le bord de mer. Comment détecter les délinquants?? Les coups de filets comme ceux de la semaine dernière sont souvent le fruit d’un comportement « étrangement normal » de la part des conducteurs. La plupart du temps, les douaniers sont en effet intrigués par cette volonté des passeurs d’être le plus naturel possible. Rien d’étonnant quand on connaît la méthode des recruteurs?: « Cibler les personnes qui se noient le plus dans la masse », explique M. Galleron, chef du Pôle orientation des contrôles (POC) de Menton. Les contacts entre les « gros » dealers et les « petits » passeurs se font, eux, de façon à ce qu’on ne puisse pas remonter jusqu’aux trafiquants. « Ils utilisent plusieurs portables, poursuit le chef du pôle, et ils font en sorte qu’aucun des acteurs de la chaîne ne soit en contact direct. Tout le monde passe par un seul et même interlocuteur, qui reste anonyme. »
Les procédés pour cacher la drogue sont quant à eux de plus en plus astucieux. « L’ingéniosité est sans limite », confirme le chef du POC. Si la roue de secours est un moyen fréquemment utilisé, la pratique de la « cachette dite naturelle » est très répandue, comme le confirme M. Galleron. Car là aussi, plus la planque semble facile, plus les fraudeurs espèrent passer sans attirer l’attention. Mais visiblement, ça ne marche pas à tous les coups.



