lundi 23 mai 2022
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“Les droits de l’homme ne sont le monopole d’aucune institution”

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André Muhlberger Sureté publique
« Comment voulez-vous que la première chose qu'on dise à une personne interpellée par la police soit qu'il peut garder le silence?? C'est bien entendu un droit. On ne vas pas taper sur quelqu'un parce qu'il n'a pas envie de s'exprimer. » © Photo Monaco Hebdo.

Après l’annonce d’une baisse de 11 % de la délinquance générale, André Muhlberger balaie l’actualité du moment. Braquages, garde à vue, organisation du dispositif de sécurité du mariage princier… Le directeur de la sûreté publique opère un tour d’horizon.

BRAQUAGES

Monaco Hebdo?: Un “braquage” place du casino, comme ce fut le cas le 4 janvier au drugstore du Café de Paris, c’est une première??

André Muhlberger?: Les circonstances de ces faits mystérieux restant à éclaircir, je ne préfère pas utiliser de qualificatifs particuliers avant d’avoir des résultats complémentaires.

M.H.?: Braquage ou pas, des larcins pourraient se produire en toute hypothèse à cet endroit stratégique de Monaco. Suite aux braquages d’agences d’intérim ou de bijouteries, des mesures avaient été mises en place pour éviter la circulation d’argent liquide. C’est le cas place du casino??

A.M.?: Avec la SBM, on a déjà sécurisé pas mal de flux d’argents pour transférer les collectes des caisses de tous les établissements de la SBM à l’agence centrale. Depuis deux ans, des protocoles ont été mis en place. C’était indispensable car il s’agit d’une organisation complexe qui couvre de larges tranches horaires et de grosses sommes d’argent. Manifestement, il reste des choses à faire.

M.H.?: Qu’est-il fait au niveau de la police??

A.M.?: Pour certains transferts d’argent, il y a un appel systématique à la sûreté publique pour organiser des escortes. On vit dans un tel havre de sécurité qu’un fait extraordinaire ne peut tout remettre en question. Aujourd’hui, on recense moins d’un fait de délinquance de voie publique par jour. Je ne sais pas si tout le monde se rend compte du travail qui est fait derrière. Pas seulement par la sûreté publique mais également par les services de sécurité privée ou les acteurs économiques, etc.

M.H.?: Vous appelez tout de même à faire preuve de vigilance??

A.M.?: Il faut prendre des précautions de base. Ne pas laisser la clé quand on gare sa voiture. Mais il n’empêche que la Ferrari ou la Lamborghini doit toujours être là quand son propriétaire revient. A Monaco, c’est un art de vivre, les gens doivent pouvoir vivre sans se soucier des questions de sécurité. A nous d’anticiper ces problématiques-là. C’est pour cela que l’on croise les dispositifs de vidéosurveillance, de surveillance par secteur et la patrouille. Et qu’on a augmenté depuis 3 ans de 7 à 8 % les forces de police sur le terrain.

RISQUES

M.H.?: Pour anticiper l’évolution de la délinquance, vous observez, je suppose, ce qui se passe autour de Monaco?: braquages de plus en plus violents, séquestrations de personnalités… Aujourd’hui, craignez-vous davantage l’éventuelle séquestration d’un chef d’entreprise??

A.M.?: Il n’y a pas de crainte particulière par rapport aux mouvements sociaux. Mais la possibilité d’une séquestration d’une personne fortunée, oui, bien sûr, nous la prenons en compte. A partir du moment où vous possédez des richesses, vous êtes une cible potentielle. C’est ce qui fait d’ailleurs aussi partie de l’attractivité de la principauté. Notre job, c’est de prévenir la délinquance.

TAPAGE NOCTURNE AU PORT

M.H.?: A croire les élus du conseil national, après le Karé(ment), aujourd’hui fermé, le port serait devenu un lieu infréquentable, entre rixes et tapage nocturne. Quelle est votre perception??

A.M.?: La darse sud est un lieu où il y a une animation certaine. Au début, il y a effectivement eu des tâtonnements pour que chacun trouve son mode de fonctionnement. On a échangé avec les établissements pour qu’ils accueillent leur clientèle en toute sécurité. Mais aujourd’hui, tout se passe en bonne intelligence. Les établissements appliquent la législation sur le bruit. Très sincèrement, pour moi ce quartier vit très bien. Alors évidemment, la darse sud, ce n’est pas le Carré d’or, la clientèle est différente. Mais les problèmes y sont résiduels.

M.H.?: Selon les élus, toujours, certains policiers leur auraient manqué d’égard. Vous l’avez relevé??

A.M.?: Je ne ferai aucun commentaire là dessus.

BAISSE DE LA DELINQUANCE

M.H.?: Vous annoncez une baisse de la délinquance générale de 11 %. C’est surprenant en période de crise??

A.M.?: La crise se ressent davantage au travers de l’augmentation des vols simples. S’agissant des chiffres de la délinquance générale, la baisse est effectivement forte cette année. Elle est le reflet d’un mouvement d’ensemble. Il faut prendre les chiffres dans la continuité. Je pense très sincèrement qu’on recueille les fruits de l’investissement passé. Nous nous sommes ouverts aux acteurs économiques (banques, bijouteries, commerces, etc) pour les sensibiliser à la notion de sécurité et aux modes opératoires à mettre en place. Aujourd’hui, ils nous écoutent et nous demandent des conseils pour qu’on fasse un audit de sécurité chez eux. Nous avons cassé ce frein ou cet interdit d’accéder à la sûreté publique. Les gens se tournent désormais vers le commissariat de quartier.

DEPOT DE PLAINTE

M.H.?: Pourtant, selon le bâtonnier Franck Michel ou Me Mullot, les policiers auraient refusé de prendre le dépôt de plaintes de victimes d’infractions. Les avocats auraient alors pris attache avec le parquet, ce qui aurait débloqué la situation. Pourquoi??

A.M.?: J’invite le bâtonnier à m’écrire et me soumettre les cas s’il a relevé ce type de faits. Mais à partir du moment où les éléments constitutifs d’une infraction sont là, on prend les dépôts de plainte. Et de toute façon, sachez que si mes fonctionnaires étaient amenés à refuser une plainte, la personne pourrait se tourner vers le parquet et le fait sera enregistré.

M.H.?: La délinquance financière, c’est une priorité??

A.M.?: Je ne peux laisser dire qu’il y a une baisse de la vigilance. La preuve, c’est la hausse des enquêtes du SICCFIN. Toute la chaine à Monaco joue le jeu, des établissements financiers à la police.

M.H.?: Les malfaiteurs quittent la principauté à pied. Qu’est-ce que vous pouvez faire??

A.M.?: De plus?? Rien. Le plus important est d’avoir l’information le plus vite possible. Si on nous prévient 5 ou 10 minutes après un vol, ça ne nous facilite pas les choses. Par contre, si on sait 30 secondes après un vol à l’étalage, on peut regarder la vidéo et interpeller tout de suite.

M.H.?: Le vol au CFM, c’est un fait important pour vous??

A.M.?: Bien entendu. Le CFM a changé pas mal ses “process” suite à ce vol.

M.H.?: En 2010, il y a eu une augmentation des cambriolages. Pourquoi??

A.M.?: Bon an, mal an, on tourne toujours autour de 60 cambriolages, des vols de caves aux locaux d’habitation. Mais il y a eu en 2010 une augmentation des tentatives. Cette hausse est toute relative. Cet été, il y a eu 2 cambriolages contre 100 à Menton.

ENFANTS DELINQUANTS

M.H.?: Cette délinquance concerne-t-elle aujourd’hui davantage les enfants??

A.M.?: On s’est retrouvé avec des délinquants adolescents ou jeunes majeurs. En tout, il y a eu deux jeunes filles de 14 ans et un enfant de huit ans. Mais ce n’est pas significatif. Ce qui est nouveau ici, c’est cette ouverture. Le pays exerce une attractivité forte là où avant on ne venait pas aussi facilement, du fait d’une barrière psychologique. La délinquance suit les mêmes mouvements que le reste de la population. Monaco est un pays ouvert, à nous de trouver le juste équilibre entre sécurité et sécuritaire.

GARDE A VUE

M.H.?: Dans l’affaire Mosashvili, le tribunal de première instance a remis en cause le système monégasque de garde à vue, en appliquant la jurisprudence européenne. Est-ce que les policiers notifient désormais le droit au silence au gardé à vue??

A.M.?: Non. La direction de la sûreté publique agit dans le cadre des lois et règlements monégasques qui s’imposent à tout le monde. Pour le reste, il y a des instances juridictionnelles, c’est à elles de se prononcer.

M.H.?: Vous n’avez donc pas changé votre dispositif de garde à vue??

A.M.?: Aucunement.

M.H.?: Et vous attendez la décision de la cour d’appel s’agissant de cette affaire Mosashvili??

A.M.?: Tout à fait. De façon très sereine.

M.H.?: Etes vous associé à l’étude sur la réforme possible de la garde à vue monégasque??

A.M.?: Pas pour le moment. Mais je crois qu’il faut se souvenir qu’il existe différents droits. Il y a quelque chose qui me semble complètement improductif?: comment voulez-vous que la première chose qu’on dise à une personne interpellée par la police, c’est qu’il peut garder le silence?? C’est bien entendu un droit. On ne vas pas taper sur quelqu’un parce qu’il n’a pas envie de s’exprimer. Notez que la convention européenne des droits de l’homme date des années 50. Dans quel article parle-t-elle du droit au silence??

M.H.?: Ce sont les magistrats qui interprètent la convention, non??

A.M.?: Les droits de l’homme ne sont le monopole d’aucune institution ou corporation. Je rappellerai simplement que la sécurité individuelle est aussi un droit fondamental, dont l’exercice ne peut être ballotté au gré des interprétations.

Personne ne comprendrait l’inflexion incessante des moyens de la lutte contre l’insécurité, au nom d’une approche théorique qui ne prend en compte qu’un aspect de la relation de la police avec la population.

MARIAGE PRINCIER

M.H.?: Le mariage princier aura lieu en juillet. C’est la priorité 2011??

A.M.?: On va tout faire pour que dans le domaine de la sécurité, ce mariage se passe merveilleusement bien. Je suis chargé d’organiser le dispositif de sécurité en fonction des exigences de la cérémonie.

M.H.?: De nombreuses têtes couronnées et chefs d’Etat seront présents. Vous allez demander main forte aux forces de police françaises, comme ce fut le cas lors des obsèques du prince Rainier??

A.M.?: Non. On se fait un point d’honneur à la sûreté publique de gérer avec nos propres forces cet événement.

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