mardi 14 avril 2026
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Une deuxième bijouterie braquée à Monaco, un suspect arrêté à Beausoleil

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Le 12 novembre 2024, en fin de journée, la bijouterie The Watch Project a été attaquée par un braqueur. Un suspect a finalement été arrêté à Beausoleil, quelques instants plus tard. Après le braquage chez Monaco Watch Company le 29 mai 2024, c’est la deuxième bijouterie attaquée en principauté cette année.

Moins de six mois après, une deuxième bijouterie a été la cible d’une attaque à Monaco. Alors que le braquage spectaculaire de Monaco Watch Company le 29 mai 2024 est encore dans tous les esprits, cette fois c’est The Watch Project, qui se trouve au 23 boulevard princesse Charlotte, qui a été attaqué.

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Cette bijouterie a vu un homme agir à visage découvert, et se faire remettre quatre montres de luxe, d’une valeur estimée à 40 000 euros. Armé d’un pistolet et d’un taser, il a paru extrêmement nerveux au co-gérant de The Watch Project, Michael Gerling, qui s’est confié à Monaco Hebdo [lire son interview publiée dans ce numéro — NDLR] : « Pendant qu’il tenait la montre, il tremblait, et il semblait nerveux. De plus, en parlant, sa voix était extrêmement nerveuse. Mais certains étrangers sont un peu « dépassés » par Monaco, donc je n’ai pas pris ça trop au sérieux. » Si le taser était bien réel, l’arme a semblé factice à Michael Gerling : « Il se tenait devant moi, et il ne bougeait pas, ce qui m’a permis de voir d’assez près son arme. Bien que je ne sois pas un expert, et en me fiant entièrement à mon instinct, j’ai eu le sentiment que l’arme était fausse. »

Arme factice ?

Après avoir tenté de le désarmer, le co-gérant de The Watch Projet s’est vu menacer par un taser : « Il a appuyé plusieurs fois sur le bouton, pour montrer qu’il fonctionnait. Comme je ne voulais pas risquer d’être blessé, je me suis rassis. Il m’a donné les cordes pour m’attacher à la chaise. J’ai attaché mes jambes ensemble, mais pas très fermement. » Alors que son assaillant prend la fuite en direction de la gare de Monaco, Michael Gerling parvient à donner l’alerte. Le suspect sera finalement arrêté en France, à Beausoleil, par la police municipale, à seulement quelques centaines de mètres de cette bijouterie, au 15 escalier Tivoli, à proximité de la rue Jules Ferry, précise Monaco-Matin. Les trois Rolex et la montre Cartier ont été retrouvées, ainsi que le taser et le pistolet. L’enquête menée par le service interdépartemental de la police judiciaire devra notamment déterminer si cette arme était factice ou non et si le suspect, un Slovaque de 43 ans, a agi seul ou pas.

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En attendant, il a été placé en garde à vue pour « recel de vol et détention d’armes ». « Notre vol était un exemple d’amateurisme », juge le co-gérant de The Watch Company. Pourtant, ce Slovaque est impliqué dans un vol par ruse qui s’est déroulé dans une bijouterie de Nice, le 10 octobre 2024. Après avoir enfermé le bijoutier et deux personnes de sa famille, il a pris la fuite avec deux montres de luxe, d’une valeur d’environ 50 000 euros. A Monaco, le parquet général a ouvert une information judiciaire pour « vol avec arme ». Une demande d’extradition pourrait aussi être faite à la France, afin que le suspect soit jugé en principauté.

Toujours des montres

En revanche, toujours aucune nouvelle des 80 montres volées le 29 mai 2024 chez Monaco Watch Company, pour un total d’environ 4 millions d’euros, pas plus que du braqueur déguisé en vieillard. Une fois de plus, ce sont des montres qui ont été ciblées, quitte à les revendre à 10 ou 15 % de leur valeur, comme l’expliquait Frédéric Ploquin, journaliste d’investigation et expert du grand banditisme, dans Monaco Hebdo : « Le butin n’est jamais ce qui est déclaré auprès des assurances. Il est toujours beaucoup plus bas. En effet, à partir du moment où la montre n’a pas de papiers, elle n’est pas revendable par la suite » Selon The Watch Register, qui dresse le total des montres volées ou manquantes dans le monde, 80 000 unités auraient disparu. Entre 2021 et 2022, la hausse a été de 60 %, pour un préjudice estimé à 1 milliard d’euros. Et aujourd’hui, plus personne n’est à l’abris, estime Frédéric Ploquin : « Le genre de braqueurs que l’on a vu à l’œuvre à Monaco le 29 mai 2024, n’a peur de rien. Taper à deux pas de l’Elysée ou avenue de Montaigne, c’est, a priori, aussi risqué que d’aller à Monaco. Et les braqueurs le font régulièrement. Ils ont compris qu’au-delà des apparences et de ce qui est montré, il y a toujours un moyen de passer. Les braqueurs sont des anguilles. Ils passent partout. »

The Watch Project Braquage bijouterie Monaco Michael Gerling
« Pendant qu’il tenait la montre, il tremblait, et il semblait nerveux. De plus, en parlant, sa voix était extrêmement nerveuse. Mais certains étrangers sont un peu « dépassés » par Monaco, donc je n’ai pas pris ça trop au sérieux. » Michael Gerling. Co-gérant de la bijouterie The Watch Project. © Photo DR

« Je me sens toujours en sécurité »

Victime d’un braquage en principauté le 12 novembre 2024 en fin de journée, le co-gérant de la bijouterie The Watch Project, Michael Gerling, raconte à Monaco Hebdo comment il a vécu cette attaque. Interview.
Comment allez-vous après le braquage dont vous avez été victime ?
Je vais bien. En tant que bijoutier, c’est quelque chose auquel vous devez vous attendre. Je me sens toujours comme chez moi dans notre magasin, et j’étais heureux d’y retourner, même le lendemain matin après l’incident. Après ce braquage, à 23 heures, sur mon canapé à la maison, j’avais déjà négocié la prochaine vente d’une montre par téléphone. Être bijoutier est toujours ma passion, et cela ne changera pas. Mais décrire ce braquage de manière détaillée, reste pour moi un sentiment étrange.
Comment s’est déroulé ce braquage ?
Le gars a poussé la poignée de ma porte vers 17 h 20, mardi 12 novembre 2024. La porte était fermée pour des raisons de sécurité. Alors, je suis venu à la porte, et je lui ai ouvert. Dans un mauvais anglais, il m’a demandé de voir « la montre noire ». Il ne connaissait même pas la marque, donc je pense que ce n’était pas un spécialiste des montres. Il s’est ensuite assis sur le canapé, j’ai ouvert la vitrine, et j’ai sorti la montre. Chose étrange, dans cette situation, un autre gars est passé devant le magasin et il a appuyé sur la sonnette, mais sans s’arrêter. Peut-être était-ce son partenaire qui voulait lui envoyer un signal ?
Le braqueur a demandé à voir quel type de montre ?
La montre est une Panerai Carbone noire de 47 millimètres [Panerai est une entreprise horlogère italienne de luxe créée en 1860 par Giovanni Panerai (1825-1897) à Florence — NDLR]. Il s’agit d’un produit rare, qui est aussi plus difficile à vendre que nos autres montres. Je lui ai montré cette Panerai et je lui ai donné quelques caractéristiques de ce produit.
De quelle façon a agi le braqueur ?
Pendant qu’il tenait la montre, il tremblait, et il semblait nerveux. De plus, en parlant, sa voix était extrêmement nerveuse. Mais certains étrangers sont un peu « dépassés » par Monaco, donc je n’ai pas pris ça trop au sérieux. Il m’a ensuite demandé de voir les papiers de la montre, ce qui est courant. Notre magasin est tout en longueur, et je suis retourné à mon bureau. J’ai entendu qu’il se levait du canapé. Comme j’ai un autre écran à l’intérieur, j’ai pensé qu’il voulait juste regarder de plus près. Mais quand je l’ai entendu approcher, je me suis retourné, et j’ai entendu que quelque chose n’allait pas.
Que s’est-il passé ?
Il a sorti un pistolet de son petit sac à bandoulière. Il m’a forcé à aller à mon bureau et il a fermé la porte. Donc personne ne pouvait nous voir de la rue. Il a vidé mes poches et il a pris la clé, mon téléphone, etc. Puis, il m’a forcé à m’asseoir sur ma chaise. Il a sorti des attaches de son sac. Il en avait déjà mis trois ensemble, pour augmenter la longueur, et il a cherché à les mettre autour de mes mains. À ce moment-là, il se tenait devant moi, et il ne bougeait pas, ce qui m’a permis de voir d’assez près son arme. Bien que je ne sois pas un expert et en me fiant entièrement à mon instinct, j’ai eu le sentiment que l’arme était fausse.
Qu’avez-vous fait ?
L’adrénaline circulait dans mon corps, et, en quelques secondes, j’ai pris la décision de saisir l’arme. J’avais trop peur que notre assurance ne paie pas et je craignais de devoir ensuite fermer le magasin. Le braqueur a été choqué et il a reculé de deux mètres. Il n’avait jamais pensé que je ferais ça. À ce moment-là, il a saisi à nouveau son sac et il a sortit un taser. Il a appuyé plusieurs fois sur le bouton, pour montrer qu’il fonctionnait. Comme je ne voulais pas risquer d’être blessé, je me suis rassis. Il m’a donné les cordes pour m’attacher à la chaise. J’ai attaché mes jambes ensemble, mais pas très fermement. J’ai ensuite attaché mon bras droit à l’accoudoir de la chaise. Au cours de ce processus, il a constamment appuyé sur le bouton du taser pour me forcer à m’attacher à la chaise.
Vous avez essayé de communiquer avec lui ?
Pendant ce temps, je lui criais constamment « tu peux toujours partir, il ne s’est rien passé, il n’est pas trop tard », pour le rendre un peu nerveux. Je me suis souvenu de mon bouton « panique » sous la table, devant laquelle j’étais assis. Tout en lui criant dessus, je faisais constamment signe de la main avec mon bras gauche, qui n’était pas encore attaché à la chaise. J’ai essayé de le faire se retourner en lui disant : « Regarde cette caméra, elle brille en rouge parce que l’alarme est déjà activée. » Puis, il s’est retourné, et j’en ai profité pour appuyer sur mon bouton d’alarme sous la table. Cela a fonctionné, à ce moment-là, il s’est retourné à nouveau et il a réalisé que j’avais appuyé dessus. Il savait probablement qu’il était désormais trop tard.
Comment a-t-il réagi ?
Il a attrapé les montres qui étaient sur la table, et il est sorti de mon bureau pour se rendre dans la partie avant du magasin. J’ai pu me libérer de la chaise. Comme cela le rendait agressif, il est revenu dans le bureau, il a actionné son arme, et il a appuyé une fois sur la gâchette dans ma direction. Je n’ai pas été choqué, car dans mon esprit il s’agissait d’une fausse arme. Mais cela change la situation : on passe d’un vol à une tentative de meurtre.
Il a fini par s’enfuir ?
Comme notre porte ne s’ouvre que par télécommande, je lui ai crié qu’il devait appuyer sur le bouton droit de la télécommande pour sortir. Comme il avait vidé mes poches, il avait donc les clés. Je voulais juste qu’il parte et mettre fin à cette situation. Alors qu’il s’affairait, il a presque oublié les quatre montres. Il est revenu par le couloir, il a saisi les quatre montres, et il m’a donné un léger coup de poing sur la joue droite. Heureusement, rien de grave. C’était plutôt une expression de son dépit, car il ne s’agissait pas d’un vol à un million d’euros. Il est sorti en courant de notre magasin, et il m’a enfermé à l’intérieur pour que je ne puisse pas le suivre.
Il est parti dans quelle direction ?
Il s’est enfui en direction de la gare de Monaco. L’alarme sur laquelle j’ai appuyé a directement sonné dans une agence de sécurité privée de Monaco. Ils ont alerté la police qui est arrivée quelques minutes plus tard. La société de sécurité a mes clés pour verrouiller et déverrouiller tous les jours, elle avait donc également une clé de rechange. Ils ont été appelés, et ils ont ouvert la porte. Ensuite, les policiers sont entrés dans le magasin pour contrôler si j’étais vraiment seul. Nous leur avons rapidement donné des photos HD pour voir le visage du braqueur et sa tenue. L’excellent travail de la police monégasque et française a conduit à son arrestation. C’était la même personne qui avait déjà commis un braquage à Nice le 10 octobre 2024. Il a alors été arrêté, puis relâché. C’est quelque chose que je ne comprends pas. Ils ont risqué ma vie en faisant ça.
Après ce braquage, qu’allez-vous changer dans votre façon de travailler, afin de mieux assurer votre sécurité et celle de votre boutique ?
Cela nous demande d’être encore plus vigilants face aux comportements étranges, notamment en amenant les gens à montrer l’intérieur de leur sac. En dehors de cela, nous sommes toujours en train de réfléchir à de nouveaux équipements potentiels, mais nous ne les divulguerons pas, afin de ne pas donner d’indices aux voleurs qui pourraient leur permettre d’éviter ces mesures. Mais, à part cela, notre système a bien fonctionné et l’alarme a été déclenchée. Il faut toujours verrouiller toutes les montres si des clients entrent, etc. Mais il n’y aura rien de totalement nouveau, puisque nous sommes déjà bien équipés.
Avez-vous l’impression que, désormais, les braqueurs n’ont plus peur de s’attaquer à des bijouteries à Monaco ?
Je suppose que ce n’est pas que Monaco fasse moins peur, mais les voleurs ne connaissent peut-être tout simplement pas le système de caméras de Monaco et la densité policière que l’on trouve en principauté. Dans mon cas, le braqueur semblait n’avoir aucune connaissance des mesures de sécurité de Monaco. Je pense que de plus en plus de gens en Europe ont de sérieux problèmes d’argent, donc les frontières deviennent plus petites et la criminalité s’infiltre. Je pense que c’est le plus gros problème en Europe en général. Ensuite, les voleurs potentiels se rendent dans des lieux où il y a beaucoup d’argent. Mais je pense que les criminels professionnels éviteront toujours Monaco.
Que faudrait-il faire pour que les braqueurs craignent davantage de tenter une attaque à Monaco ?
Notre vol était un exemple d’amateurisme. Selon des informations que j’ai vues sur Internet, le braqueur se cachait dans une maison, à 500 mètres de notre magasin. Si vous prenez cinq minutes et que vous faites une recherche sur Google, vous constaterez qu’il y a des caméras partout. Que Monaco peut-il changer ? Le besoin d’argent est si grand pour certaines personnes, qu’elles n’ont peur d’aucun risque. Je suppose que c’est davantage une question de politique dans tous les pays, autres que Monaco. La police monégasque a fait un excellent travail, elle a prouvé ses capacités. Personnellement, je viens d’Allemagne et si cela se produisait là-bas, ce type aurait disparu pour toujours. Donc, personnellement, je ne vois pas ce que Monaco pourrait faire de mieux. Je suis très heureux que mon magasin soit dans ce pays. Partout ailleurs, il y aurait eu plus de vols avec des résultats pires. Je me sens toujours en sécurité.

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