Le 10 avril, l’assemblée parlementaire du conseil de l’Europe a suspendu le droit de vote des Russes jusqu’à la fin 2014. Jean-Charles Allavena, président de la commission des Relations extérieures du conseil national, raconte comment Moscou a été sanctionné.
Monaco Hebdo : Comment voyez-vous l’évolution de la situation en Ukraine ?
Vous condamnez l’ingérence russe ?
Jean-Charles Allavena : L’évolution de la situation est des plus préoccupantes, puisqu’après avoir laissé l’Occident « digérer » en quelque sorte l’annexion de la Crimée, un nouveau front, prévisible, s’ouvre dans l’Est du pays. Tout ceci est conforme à la politique globale de la Russie, visant à faire revenir dans son giron toutes les Républiques de l’ex-URSS à dominante russe (Abkhazie, Ossétie du Sud, Transnistrie pour citer des exemples plus ou moins récents de territoires séparés de la Géorgie ou de la Moldavie). Ceci étant, vous n’ignorez pas que la politique extérieure de la Principauté est du domaine exclusif du prince et de son gouvernement. Il n’appartient donc pas au conseil national ou au président de la commission des Relations extérieures, au titre de ses fonctions, de porter des jugements ou de condamner.
M.H. : Au Conseil de l’Europe, qui vient de voter une résolution pénalisant la Russie, quels étaient les débats de fond sur le cas russe, compte tenu du précédent géorgien ?
J.-C.A. : Le Conseil de l’Europe ne peut jouer un rôle que dans le dialogue, car peu de gens se soucient malheureusement de ses éventuelles sanctions, à la portée bien limitée. Le débat a effectivement été assez vif, entre des parlementaires qui prônaient des sanctions modérées, sans aucune exclusion de délégation, pour maintenir un fil de dialogue politique, et ceux qui, précisément instruits par le cas géorgien en 2008, considéraient qu’il est impossible de dialoguer avec les Russes, ceux-ci ne regardant que leurs propres intérêts. Dans un premier temps, cette ligne de dialogue a prévalu, mais il semble que la délégation russe a triomphé un peu trop tôt devant les caméras de son pays, considérant cette décision comme une victoire et un aveu de faiblesse du Conseil de l’Europe… Ce qui a conduit de nombreux parlementaires à revoir leur position et à la durcir.
M.H. : Vous êtes rentré sur Monaco avant le vote en assemblée plénière. Vous n’avez donc pas assisté à ce durcissement ?
J.-C.A. : Exact, les liaisons aériennes entre Strasbourg et Nice n’étant pas des plus flexibles, comme nous avions une importante commission avec le gouvernement jeudi en fin d’après-midi, nous n’avons pas pu assister à la dernière séance plénière. Nous avons donc appris à notre arrivée à Monaco que la résolution avait été adoptée à une quasi-unanimité (plus de 140 voix contre environ 20) et que deux paragraphes rejetés en commission de suivi avaient été réintroduits par l’assemblée. C’est donc en effet un texte plus dur que le texte initial qui a été voté.
M.H. : Y avait-il une consigne de vote du gouvernement monégasque ?
J.-C.A. : Il n’y avait évidemment aucune consigne de vote de la part du gouvernement, qui n’a pas de raison de s’immiscer dans le domaine des élus, mais nous avions pris soin, avant notre départ, de demander à être informés de la position du gouvernement : celle-ci étant aussi de favoriser au maximum le dialogue, il n’y a eu aucun problème de cohérence. Concernant les élus de la majorité Horizon Monaco, la position a été de ne pas basculer vers les extrêmes, de rechercher des formulations non complaisantes mais équilibrées, permettant de maintenir un dialogue politique, au moins tant que la situation ne s’aggrave pas.
M.H. : La délégation russe risque-t-elle de se retirer du conseil de l’Europe ? Quels contacts avez-vous eu avec l’ancien rapporteur Leonid Slutsky ?
J.-C.A. : A ce jour, je n’ai reçu aucun communiqué officiel de la délégation russe confirmant un retrait, ni vu de publication sur le site de l’APCE. Cela reste une possibilité, dans la mesure où MM. Pushkov (chef de délégation) et Slutsky avaient indiqué en début de réunion de la commission de suivi que, selon la nature des sanctions qui pourraient être prises, la Russie se réservait le droit de suspendre sa participation aux travaux de l’APCE. A suivre donc. Nous n’avons eu, au cours de cette session, aucun contact direct avec M. Slutsky ni avec les autres membres de la délégation russe.



