Malgré l’inscription de Monaco sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) en 2024, la place financière monégasque a pourtant battu des records cette même année. Dépôts en hausse, nouvelles sociétés de gestion, excédent public : contre toute attente, son économie a tenu bon.
Paradoxal et pourtant vérifié : alors que son inscription sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) en 2024 aurait pu ébranler la confiance des investisseurs, la place financière monégasque affiche de belles performances cette même année. Celle-ci se révèle même comme l’un des meilleurs exercices récents en termes d’activité bancaire, de dépôts, et de solidité budgétaire. Une preuve de résilience, voire de singularité, du modèle économique monégasque ?
2024, une année sous tension… Mais sans secousse bancaire
Dès l’annonce du Gafi, au printemps 2024, les inquiétudes avaient fusé : craintes de départs d’établissements, rumeurs de fuites de capitaux, spéculations sur un éventuel gel de projets. Il n’en a rien été. Aucune banque n’a quitté la principauté, aucune arrivée non plus, juste une fusion discrète entre deux établissements existants. Trois nouvelles sociétés de gestion se sont, au contraire, installées, dont Millennium Management, l’un des plus grands fonds de gestion alternatif au monde. Sur le terrain, les indicateurs ont confirmé une confiance maintenue, voire renforcée. Les actifs déposés dans les banques de la principauté ont progressé de 10 %, atteignant 176 milliards d’euros fin 2024, selon les chiffres de l’association monégasque des activités financières (Amaf). Certes, cette hausse est, en partie, liée à l’évolution favorable des marchés financiers, et à la hausse du prix des actifs en général, mais l’accroissement net des dépôts suggère un afflux réel de capitaux, en dépit du climat de surveillance renforcée.
Les actifs déposés dans les banques de la principauté ont progressé de 10 %, atteignant 176 milliards d’euros fin 2024, selon les chiffres de l’association monégasque des activités financières
Davantage de crédits, davantage d’investissements
Autre signal fort : les encours de crédits ont crû de 4,1 %, à 30 milliards d’euros, toujours selon l’Amaf, démontrant la continuité des activités de financement. Concrètement, les banques ont non seulement poursuivi l’octroi de crédits, mais trois d’entre elles ont réalisé d’importants investissements immobiliers pour moderniser ou étendre leur siège, acte rarement associé à une anticipation de départ. À noter également une évolution de la structure des effectifs : hausse du nombre de collaborateurs dans le secteur, avec une progression plus marquée côté commercial qu’administratif. On aurait cru l’inverse, étant donné le besoin de renforts pour répondre aux nouvelles exigences en matières de conformité, suite au placement sur liste grise du Gafi. Mais, pour le président de l’Amaf, Robert Laure, il faut y voir, au contraire, « un signe d’anticipation des exigences de conformité, amorcée en amont du classement du Gafi ». Les données de 2024 rappellent aussi la performance systémique de la principauté : « Avec un produit national brut par habitant de 250 000 dollars, et une contribution des activités financières représentant près de 19 % de ce chiffre, Monaco se place parmi les économies les plus efficientes au monde », estime Robert Laure. Rapporté aux actifs productifs, ce ratio dépasse les 150 000 dollars par personne active — un niveau que peu d’États atteignent.
Lire aussi | Liste grise du Gafi et de l’Union européenne : où en est vraiment Monaco dans la lutte contre le blanchiment ?
De son côté, Philippe Billard, directeur départemental de la Banque de France, a souligné que le produit net bancaire agrégé des établissements monégasques de droit local dépasse 1,5 milliard d’euros, tout en reconnaissant une légère contraction des marges, liée au contexte international. Néanmoins, la clientèle Ultra High Net Worth Individuals, les particuliers très fortunés, continue de croître. Le secteur public n’est pas en reste. Laetitia Faix, directeur du Budget et du Trésor, annonce un excédent budgétaire de 192,7 millions d’euros en 2024, tiré par une hausse des recettes fiscales de 9,5 %. L’économie reste bien orientée : emploi en hausse (+ 5,5 %), reprise vigoureuse de l’immobilier neuf (+ 260 %), et fréquentation touristique proche des niveaux pré-Covid. Sur le plan institutionnel, la commission de contrôle des activités financières (CCAF), par la voix de sa secrétaire générale, Magali Vercesi, a indiqué avoir renforcé ses contrôles, avec six inspections et cinq enquêtes internationales en 2024. Elle supervise aujourd’hui 94 entités agréées, dont 24 établissements bancaires et 70 sociétés de gestion, contre 68 un an plus tôt.
Pour 2025, la prudence reste de mise. Une légère baisse des actifs bancaires est déjà observée au premier trimestre, selon l’Amaf, ramenés à 172 milliards d’euros fin mars 2025, dans un contexte de tensions géopolitiques
Des perspectives mesurées pour 2025
Ce paradoxe monégasque de 2024 s’explique aussi par les délais inhérents à tout désengagement bancaire : lancer un plan de départ implique deux à trois ans de procédures, sans compter la garantie décennale du passif. En cas de retrait, l’activité d’une banque serait mécaniquement ralentie bien avant son retrait formel, ce qui n’a pas été observé en 2024. Pour 2025, la prudence reste de mise. Une légère baisse des actifs bancaires est déjà observée au premier trimestre, selon l’Amaf, ramenés à 172 milliards d’euros fin mars 2025, dans un contexte de tensions géopolitiques. Mais les signaux fondamentaux restent solides : crédits en légère hausse, activité réglementaire soutenue, et confiance manifeste des acteurs de la place. Au-delà des performances chiffrées, la réponse politique a été rapide et structurée, selon Robert Laure. Monaco a poursuivi ses efforts de mise en conformité, accentué ses échanges avec les superviseurs internationaux, et maintenu une ligne claire de transparence. Pour le moment, l’inscription sur liste grise, si elle reste un enjeu diplomatique et réglementaire, n’a pas altéré la confiance fondamentale dans l’environnement financier monégasque.



