Un an après le placement en liste grise de Monaco sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi), la principauté entre sur la liste européenne des États à haut risque en matière de blanchiment et de financement du terrorisme. Mais cela ne devrait pas changer grand chose à la situation actuelle. Le vrai rendez-vous est plutôt fixé à janvier 2026, lorsque le Gafi jugera des progrès de Monaco en conformité et en efficacité.
S’il ne fallait retenir qu’une couleur, ce serait celle-ci : la grise. Grise comme la liste du Groupe d’action financière (Gafi) dans laquelle Monaco est placée depuis juin 2024, et celle de l’Union européenne depuis le 10 juin 2025. Une liste qualifiée — à tort — comme « noire » dans le jargon bruxellois, par certains parlementaires et collaborateurs européens, qui a créé la confusion chez certains, et provoqué de l’agacement chez d’autres, après que la presse française et monégasque s’en soit fait le relai. Concrètement, voici ce qu’il en est : lorsqu’un pays est maintenu en surveillance renforcée, en liste grise du Gafi, la Commission européenne met automatiquement à jour sa propre liste des États « à risque » en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Cette liste est un reflet de celle du Gafi. Monaco devait donc y être placée automatiquement après son entrée en liste grise, en juin 2024. Mais, un an plus tard, ce n’était toujours pas le cas. Cela pourrait changer en juin 2025, sans grandes conséquences pour autant. Pas d’autres, du moins, que celles provoquées par l’entrée en liste grise du Gafi, mêmes relatives [à ce sujet, lire notre article Malgré la liste grise, la place financière a battu des records à Monaco en 2024, publié dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR]. En effet, selon une notification adressée par la Commission européenne à ses autorités, Monaco s’apprêterait à figurer sur la liste des États présentant des risques élevés en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. La « liste grise », en quelques sortes, de l’UE. L’inscription formelle doit encore être validée par le Parlement européen, mais elle placerait Monaco aux côtés de pays comme l’Afghanistan, la Corée du Nord ou encore le Panama… À l’inverse, les Émirats arabes unis devraient être retirés de cette liste. C’est d’ailleurs cette dernière sortie qui aurait fait traîner l’entrée de Monaco dans la liste grise européenne.
Monaco s’apprêterait à figurer sur la liste des États présentant des risques élevés en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. La « liste grise », en quelques sortes, de l’UE. L’inscription formelle doit encore être validée par le Parlement européen, mais elle placerait Monaco aux côtés de pays comme l’Afghanistan, la Corée du Nord ou encore le Panama
Pourquoi un an après ?
La Commission européenne, composée de fonctionnaires, prend des décisions par groupe de pays. Or, les groupes de pays concernés par la dernière « fournée » n’a pas été des plus simples à gérer, notamment en ce qui concerne le cas des Émirats arabes unis. Le Parlement et le Conseil de l’UE ont du statuer après une phase de négociations qui a duré un an, depuis l’entrée de Monaco en liste grise. « Le cas de Monaco n’a été envisagé que tout récemment par la Commission européenne. Il n’a pas fallu un an d’étude, assure Robert Laure, président de l’association monégasque des activités financières (Amaf). D’abord, elle s’est occupée des autres États, maintenant, elle aborde le « nouveau paquet », dont fait partie Monaco. La Commission ne prend donc pas de décision d’opportunité, en l’état. »
Cette situation était donc déjà attendue, mais elle tombe finalement au bout d’un an. Non pas à cause de nouveaux éléments, qui auraient laissé entendre que Monaco ne répondait pas suffisamment aux exigences du Gafi, mais plutôt à cause de « longueurs » administratives à Bruxelles. Ce placement, en lui-même, ne change pas grand-chose à la situation actuelle : Monaco doit encore prouver qu’elle dispose d’outils conformes et de moyens efficients pour mieux lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Et, sur ce point, le pays serait en bonne voie, selon l’Amaf.

2026, le vrai rendez-vous
Si une séance plénière du Gafi se tient cette semaine [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 10 juin 2025 — NDLR], le vrai rendez-vous de Monaco est plutôt fixé à la séance qui se déroulera début 2026. C’est elle qui annoncera l’ultime séance plénière de juin 2026, décidant du sort de Monaco. Sortie ou pas sortie ? Si les élus du Conseil national, et leur président Thomas Brezzo en tête, s’inquiètent du manque de magistrats en principauté, pour davantage se saisir de dossiers, Robert Laure, tout comme Pierre-André Chiappori, conseiller-ministre de l’économie et des finances du gouvernement monégasque, ainsi que le prince Albert II lui-même, semblent confiants.
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Dans un entretien accordé à Monaco Hebdo en février 2025, Pierre-Andre Chiappori affirmait en effet que des « progrès significatifs » avaient été réalisés depuis la publication du rapport Moneyval en décembre 2022, salués par les instances internationales. Il évoquait alors une perspective de sortie « ambitieuse, mais réalisable ». Dans une interview accordée à la presse locale en mai 2025, le prince Albert II montrait des signes d’optimisme : « Les inquiétudes suscitées par l’inscription de Monaco sur la liste grise du Gafi étaient légitimes. Mais force est de constater que, pour l’instant, l’impact reste assez limité, expliquait-il. Les fondamentaux de notre économie restent stables et durables. Notamment dans les secteurs clés, dans la finance, l’immobilier et le tourisme. Les résultats continuent d’être robustes et résilient ».
La principauté doit encore prouver qu’elle dispose d’outils conformes et de moyens efficients pour mieux lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Et, sur ce points, le pays serait en bonne voie, selon l’Amaf
39 points conformes sur 40
Sur le papier, c’est encourageant en effet, notamment depuis l’évaluation plutôt positive de Moneyval, rendue publique en décembre 2024 : sur 40 points surveillés, 39 sont conformes. Le 40ème point concerne les crypto actifs. « Il existe une réglementation monégasque sur les actifs numériques, mais les ordonnances d’application ne sont pas encore effectives, car elles doivent être en conformité avec les règles européennes. Nous sommes assujettis aux règlements européens, car Monaco est rattaché à l’euro. Cela ne dépend donc pas que de Monaco », précise Robert Laure. Sur le vote « conformité », c’est donc presque « tout bon ». La principauté doit désormais faire ses preuves en matière d’effectivité, c’est-à-dire bien appliquer les nouveaux textes. Des griefs, des sanctions prononcées, et d’éventuelles poursuites judiciaires. « C’est un autre monde, celui de la justice, qui a son propre agenda, et son propre calendrier ». Mais les moyens ont été mis sur la table, juge Robert Laure, notamment avec la création de l’autorité indépendante qu’est l’Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF), dirigée par Bruno Dalles.
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« Il existe également un service de gestion des avoirs saisis et confisqués, qui est opérationnel et qui a déjà procédé à des saisies », ajoute Robert Laure. Sur le nombre de cas à gérer, Monaco devrait plutôt être évalué sur un taux, représentatif de sa taille et de ses effectifs, plutôt que sur un chiffrage défini : « La légende urbaine veut qu’il faille un nombre de condamnations. Des organismes supranationaux ont des statistiques et ils jugeront en fonction de la réalité du pays. L’observation statistique est une réalité, mais pas un objectif », conclut le président de l’Amaf.



