Monaco tient son nouvel homme fort dans la lutte conte le blanchiment et le financement du terrorisme. Bruno Dalles, magistrat français et ex-directeur du traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins (Tracfin), est devenu le directeur de l’autorité monégasque de sécurité financière (AMSF), le 3 mars 2025. Il a répondu aux questions de Monaco Hebdo (1).
Vous avez été juge, puis procureur, directeur du Tracfin, collaborateur pour Bercy et le ministère de la justice : vous êtes un juriste hybride ?
Le mot « hybride » est assez juste, puisque j’ai navigué entre deux maisons, celle de la justice, qui est ma maison de rattachement et d’exercice, puisque je suis magistrat d’origine. Et Bercy, où j’y ai exercé comme magistrat détaché. D’abord pour une mission de premier responsable et créateur de la « douane judiciaire », devenue l’office national anti-fraude, spécialisé dans les enquêtes judiciaires, notamment sur des questions de blanchiment, entre 2003 et 2010. J’ai aussi dirigé un service de police judiciaire, avec des douaniers qui travaillaient sur du blanchiment de fraude fiscale, de criminalité organisée et d’infraction douanière.
Qu’en retenez-vous, en particulier ?
J’y ai appris à conduire une enquête, à développer un réseau de coopération, et à traiter des signalements Tracfin, qui étaient confiés par des parquets à ce nouveau service. Quand je suis arrivé, en 2003, il y avait 37 personnes. A ma sortie, en 2010, nous étions 220. Cela a été une vraie montée en puissance. C’était ma première expérience à Bercy, en lien avec le blanchiment.
Sous votre direction, le Tracfin est monté en puissance : il y a un lien avec la lutte contre le terrorisme ?
Autre expérience à Bercy : j’ai endossé le rôle de directeur du Tracfin de 2015 à 2019, une période importante. Quand j’ai pris mes fonctions, il y avait 110 personnes, puis 190 quand je suis parti. Nous avons également multiplié par trois à quatre les déclarations de soupçon, et surtout, leur exploitation avec les externalisations que nous avons diversifiées. C’était une période très riche, marquée par un point particulier en 2015 : les attentats du 13 novembre et la mobilisation de Tracfin sur la lutte contre le financement du terrorisme et l’exploitation du renseignement financier pour lutter contre le terrorisme en lui-même, qui n’est pas tout à fait la même chose, mais qui est lié. J’avais créé, le 15 octobre 2015, la division de lutte contre le financement de terrorisme, et le 13 novembre surviennent les attentats : cette division s’est donc malheureusement avérée très utile, par la suite.
« J’ai endossé le rôle de directeur du Tracfin de 2015 à 2019, une période importante. Quand j’ai pris mes fonctions, il y avait 110 personnes, puis 190 quand je suis parti. Nous avons également multiplié par trois à quatre les déclarations de soupçon, et surtout, leur exploitation avec les externalisations que nous avons diversifiées »
À Bercy, vous avez également accentué la lutte contre la fraude fiscale ?
Ma troisième expérience à Bercy s’est déroulée de 2019 à 2022, comme directeur régional des finances publiques. J’ai participé à faire évoluer l’articulation entre le fiscal et le pénal, pour mieux traiter les cas de fraudes fiscales. Mon cœur du métier reste cependant magistrat : j’ai été juge d’instruction en début de carrière, sur autre chose que le blanchiment [de 1994 à 1997 — NDLR] puis chef du bureau au ministère de la justice chargé de la lutte contre le crime organisé, le blanchiment et le terrorisme. Entre 2000 et 2003, j’ai participé à tous les travaux normatifs, organisationnels, et au suivi des enquêtes pénales en France qui concernaient le blanchiment, puisque ce bureau était l’interface du Trésor pour la délégation du Groupe d’action financière (Gafi).
Vous avez beaucoup collaboré avec le Gafi ?
Tout ce qui s’est fait au Gafi de 2000 à 2003, j’y ai participé. Je garde notamment un souvenir ému de cette session exceptionnelle à Washington en octobre 2001 qui faisait suite aux attentats de septembre. La France avait été été très réactive avec les États-Unis. Les deux pays avaient proposé en urgence l’évolution des recommandations du Gafi avec huit, puis neuf recommandations spéciales en matière de lutte contre le financement du terrorisme. C’est à partir de ce moment que le Gafi a élargi son périmètre. Il ne s’est plus seulement consacré au blanchiment et à l’origine des fonds, mais au « noirciment », le financement du terrorisme et la destination des fonds. Une convention des Nations unies le prévoyait déjà, mais le Gafi a permis d’évoluer, pour mieux l’expliquer aux politiques.
Il y a 25 ans, le cas de Monaco vous avait particulièrement intéressé ?
De 1999 à 2000, en tant que chef de ce bureau du ministère de la justice, j’ai été amené à mieux connaître Monaco, puisque c’est à cette période qu’est sorti le rapport Peillon-Montebourg, qui était assez critique. Le gouvernement français avait souhaité y voir plus clair, vérifier les données, peut-être interprétées de manière un peu strictes par les parlementaires. J’avais été amené à rédiger un rapport sur les aspects juridiques pénaux et de coopérations pénales avec Monaco, coordonné avec le Trésor français. Nous avons apporté des éléments plutôt en nuance.
Que reprochaient Vincent Peillon et Arnaud Montebourg dans ce rapport ?
Monaco était présumé de ne pas vouloir coopérer, de ne pas répondre aux demandes d’entre-aide, de ne pas vouloir lutter contre le blanchiment, et de ne pas avoir de standards d’incrimination au niveau. Il y avait une liste un peu dure, et nos éléments factuels ont nuancé ce constat. A cette époque, j’ai travaillé régulièrement avec Patrice Davost, qui était directeur des services judiciaires.
« Tout ce qui s’est fait au Groupe d’action financière (Gafi) de 2000 à 2003, j’y ai participé. Je garde notamment un souvenir ému de cette session exceptionnelle à Washington en octobre 2001 qui faisait suite aux attentats de septembre »
Pour lutter activement, il faut des outils conséquents ?
Avant d’avoir des outils, il faut des capteurs. Et la chance des dispositifs de lutte contre le blanchiment, c’est l’acquis principal du Gafi. Toutes les professions, ou presque, qui sont exposées au risque de blanchiment et qui ont une légitimité à sécuriser, et à assurer, doivent être assujetties à l’obligation anti-blanchiment. Le banquier, l’agent immobilier, le bijoutier, le loueur et vendeur de bateaux ou de véhicules de grandes marques a, de par la loi monégasque et les normes du Gafi, l’obligation, tout d’abord, de connaître ses clients, mais ensuite de suivre et de tracer les opérations, et enfin de détecter ce qui est anormal. Dans cette dernière hypothèse, il doit se demander s’il y a une origine illicite des fonds ou un montage illicite, une destination illicite.
Il faut donc aussi de l’auto-régulation ?
C’est très intéressant. Cela signifie que la société civile et économique est donc dans un processus d’auto-régulation imposé par des normes internationales et par la loi pour se protéger elle-même d’attaques pour blanchiment. On lui donne des arguments pour réguler sa clientèle et, s’il y a des opérations anormales, on lui dit qu’elle peut les faire. Mais à condition de faire une déclaration de soupçons à la cellule de renseignement financier. Dans le doute, il ne faut pas s’abstenir ! L’outil principal, c’est donc d’avoir des capteurs multiples qui vont faire leur boulot, et notre travail consiste à faire en sorte qu’il n’y ait pas de trous dans la raquette de ces capteurs, pour faire en sorte qu’ils fonctionnent bien. C’est pourquoi nous avons une compétence de supervision, pour aider ces capteurs s’ils ne font pas bien leur boulot, ou les sanctionner.

Quels sont les moyens techniques à votre disposition ?
Il faut des outils pour traiter des données de masse. Des outils qui font que la transmission de l’information ne se résume pas à un bordereau à remplir avec 25 cases à cocher. Nous ne sommes plus au temps de l’âge de pierre. Il faut donc des outils dématerialisés et sécurisés informatiquement, pour ne pas être piratés. Et des outils d’aide à la décision, qui favorisent l’analyse, le traitement et les statistiques sur la production et l’intégration dans nos bases de données de ces infos. Des outils comme le système « goAML », conçu par les Nations unies, pour « anti-blanchiment système ». C’est un outil qui facilite le travail des analystes, car il aide l’intégration des données, et leur traitement. C’est fondamental pour être performant. Mais il faut aussi de l’humain pour interpréter les données, et un haut niveau d’expertise pour les analyser.
Les effectifs sont-ils suffisants à Monaco, actuellement ?
Il est encore un peu tôt pour le mesurer mais, de mon expérience, quand on augmente les moyens et qu’on rationalise les méthodes de travail, et qu’il existe un lien entre les moyens informatiques, la formation, l’alimentation, l’augmentation des déclarations de soupçons, on finit par trouver ce qu’on cherche. Mieux on a les moyens de chercher, et mieux on trouve. Et mieux on utilise la ressource. Il faut ensuite un certain temps pour que ces recrues évoluent à vitesse de croisière, entre le moment où on la recrute, et celui où on la forme.
Combien de recrutements sont prévus ?
Il y a encore des recrutements en cours : 80 emplois budgétaires sont prévus au total, et nous en sommes actuellement à plus d’une soixantaine. Il reste encore une quinzaine de recrutements à assurer. Il y a donc un effort significatif de fait. Avant l’évaluation du Gafi, nous étions une vingtaine, à la fin nous prévoyons d’être 80. Je ne sais pas si ce sera suffisant, mais cela dépendra de ce que nous trouverons, et de ce que nous chercherons à développer par la suite.
Par quels biais opère le crime financier en principauté ?
Tant qu’on ne cherche pas, on ne trouve pas. Si on ne dispose pas des outils pour détecter, et si on n’a pas les coopérations nécessaires qui permettent de les détecter, on va dire qu’une affaire est terminée, alors qu’il faudrait poursuivre les investigations. La leçon à retenir, c’est que chaque fois qu’on met en place des outils de détection des analyses de risque, la criminalité financière — ceux qui l’organisent et ceux qui la conseillent — fait aussi de la veille juridique, du “bench-marking”, des comparaisons. Les criminels vont viser les failles et chercher les typologies qui permettent de passer au travers des radars. Il faut donc en permanence ajuster les analyses de risques nationales et des structures assujetties. On n’avance pas avec une obligation de 100 % de réussite, mais plutôt avec l’idée de réduire les risques au maximum.
De l’argent issu du narco-trafic est susceptible d’être blanchi à Monaco ?
L’argent de la drogue est massivement injecté dans l’économie internationale, car c’est l’activité qui rapporte le plus, probablement. Il existe des endroits privilégiés aussi, au cœur de projets de contrôles de territoires, et il existe des îles devenues des paradis fiscaux et pénaux. Des diasporas culturelles, aussi, qui favorisent l’implantation de la criminalité colombienne et sud-américaine. Des gangs de motards au Canada qui investissent en Italie et dans le sud de la France, car ils y ont des liens. Il existe aussi une criminalité italienne dans le sud de la France, ou dans certaines îles de la Méditerranée… Encore une fois, il faut chercher des indicateurs de risque et les réduire, en mettant en place ces barrières que sont les règles d’anti-blanchiment. Aucun territoire n’est à l’abri.
« De 1999 à 2000, en tant que chef de ce bureau du ministère de la justice, j’ai été amené à mieux connaître Monaco, puisque c’est à cette période qu’est sorti le rapport Peillon-Montebourg, qui était assez critique. Le gouvernement français avait souhaité y voir plus clair »
Où se situent les failles principalement, aujourd’hui ?
La corruption peut être partout. Quand on voit la puissance de certains cartels et de certaines organisations, on le comprend tout de suite. Par exemple, juste une anecdote : alors que j’étais en Colombie, avec la douane, pour une coopération, je rencontre le patron de la lutte contre le narco trafic, un ancien militaire. J’apprends qu’il n’est en poste que depuis un an. Il me dit qu’il ne restera probablement que six mois ou un an supplémentaire. Je m’en étonne, et il me dit : « Si on fait plus de deux ans, il y a deux options : soit on ne fait pas bien son boulot car on est corrompu, soit on le fait bien et on est mort. »
Les employés d’établissements bancaires sont-ils plus vulnérables aux tentatives de corruption ?
Cette analyse de risque-là, il faut la faire à tous les niveaux, des sujets en prison avec des surveillants, avec des policiers, et des magistrats en lien avec de grands criminels. Evidemment que le secteur financier n’est pas forcément à l’abri, non plus. On demande donc aux établissements et aux assujettis, en général, d’être très vigilants avec leurs agents de “compliance” [de conformité — NDLR]. Il faut surtout mettre des outils de contrôle interne. Quand ces outils fonctionnent bien, cela réduit le risque de fragilité à la corruption.
D’où la nécessité d’uniformiser les standards internationaux ?
Les cartels ont mis de l’argent partout. On va trouver des traces à Hong-Kong, à Singapour, et quand le produit est ultra blanchi, on peut trouver des traces ici aussi, à Monaco. Tout l’intérêt consiste donc à détecter les fragilités dans le fil financier, car nous évoluons dans un monde inter-connecté. Il faut donc améliorer les standards de tous les pays, si on veut être efficaces. Or, il existe encore des zones géographiques qui ne sont pas aux standards du Gafi, ni aux standards de précaution tout court.
La fausse spéculation immobilière, pour blanchir des capitaux, est-elle un problème sur la Côte d’Azur ?
Cette typologie existe, comme d’autres. Encore une fois, le sujet c’est l’anomalie. Cette spéculation peut exister à la hausse ou à la baisse. Il y a des opérations immobilières où, 10 ans après, sur un territoire qui a fait de belles plus-values, le bien sera vendu au même prix qu’il y a 15 ans… Cherchez l’erreur. Ce sont des critères d’alerte qui doivent être des points d’attentions de tous ceux qui ont des responsabilités comme les agents immobiliers, les notaires, les banquiers, les avocats, les marchands de biens. Ce sera le fruit du total de ces analyses qui permettra d’avoir des informations, et c’est par l’addition de déclarations de soupçon que nous pourrons améliorer la détection. Elles nous permettront ensuite de travailler, et de voir ensuite s’il y a matière ou pas à « transformer l’essai ». Transmettre d’abords des éléments pour le renseignement financier, pour ensuite transférer l’affaire à la justice, et le transformer en preuve.
« Mieux on a les moyens de chercher, et mieux on trouve. Et mieux on utilise la ressource. Il faut ensuite un certain temps pour que ces recrues évoluent à vitesse de croisière, entre le moment où on la recrute, et celui où on la forme »
Les monnaies virtuelles et les crypto-actifs sont des outils efficaces pour blanchir les capitaux ?
Souvent, monnaies virtuelles et crypto-actifs sont confondus dans l’opinion, alors que ce n’est pas la même chose. Mais, le vrai sujet, c’est l’échange et les transferts de fonds, et les liens de “wallets” à “wallets” [de portefeuille à portefeuille — NDLR]. Premièrement, les opérations historiques sur les crypto actifs étaient des escroqueries liées à des placements en crypto qui promettaient des rendements phénoménaux. Les escrocs présentaient un produit fiable en apparence, avec de supers graphiques, et un suivi quotidien laissant croire que celui qui a placé son argent était en train de devenir millionaire… En réalité, il s’agissait d’escroqueries de type Ponzi, où il n’y avait pas le début du commencement d’un achat du Bitcoin ou d’Ethéreum. Et la victime ne récupérait jamais son argent, quand elle le réclamait. Le message à faire passer à Monaco, c’est de faire attention : les cryptos c’est souvent une escroquerie, quand il n’y a pas de crypto.

Les escroqueries sont légion dans ce domaine ?
On a vu que des personnes impliquées par le passé dans de grosses escroqueries, comme celles à la TVA, en Europe et en France, se sont refait avec des escroqueries au Bitcoin, en essayant de récupérer de l’argent, pour soi-disant le placer en Bitcoin, mais en le détournant, en réalité.
Est-ce la faute de son modèle économique ?
L’autre risque lié aux cryptos-actifs, c’est eux-même, c’est-à-dire la machine. La question est : quel est son modèle économique ? Il y a, c’est vrai, un modèle libertarien, qui consiste à vouloir sortir de la présence des États, à avoir des outils de financement distincts, etc. En réalité, peut-être ma vision est-elle déformée, mais nous sommes davantage sur un modèle économique de loterie, plutôt qu’un modèle assorti de critères objectifs, comme peut l’être le marché de l’énergie ou des matières premières ou de cotation des actions, avec une offre et une demande et des calculs sérieux. Sur les crypto-actifs, à part savoir qu’il existe une limitation de production, il n’y a pas pire en termes de manipulation de cours. Ce n’est pas régulé par les régulateurs classiques. L’Autorité des marchés financiers (AMF) en France reçoit des messages d’alerte en permanence. Et quel est le bénéfice pour l’économie, si ce n’est la dissimulation ?
« Les cartels ont mis de l’argent partout. On va trouver des traces à Hong-Kong, à Singapour, et quand le produit est ultra blanchi, on peut trouver des traces ici aussi, à Monaco. Tout l’intérêt consiste donc à détecter les fragilités dans le fil financier, car nous évoluons dans un monde inter-connecté »
Existe-t-il un profil de victime d’escroqueries aux crypto actifs ?
Par nature, par construction, les crypto actifs sont tellement à risque que ceux qui ont intérêt à jouer avec sont ceux qui peuvent se permettre de perdre beaucoup d’argent, car ils en gagnent déjà beaucoup. Et il y a forcément un lien avec ceux qui ont de l’argent à dissimuler, car s’ils ont beaucoup d’argent d’origine illicite, en perdre un peu pour en justifier l’origine ne les dérange pas.
Vous plaidez pour une régulation de ce secteur ?
C’est une nécessité de réguler. D’autant que cela n’implique pas d’interdire. Réguler c’est placer des capteurs à chacun des éléments de la chaîne. Notamment à l’entrée, entre une monnaie et le crypto-actif, et une autre entre le crypto et la monnaie. Il y a ensuite une chaîne d’échange derrière laquelle il faut placer des outils techniques, pour la suivre et pour vérifier si les données déclarées et connues sont des données réelles. Le crypto actif ne doit pas être un élément parmi une succession de sociétés écran avec dissimulation, une sorte d’écran de fumée.
« L’objectif est d’utiliser au mieux les moyens existant, d’être dans une démarche de dialogue avec les professionnels qui ont ces obligations d’anti blanchiment. Assurer plus de formations, plus de retours d’information. Et ne pas avoir la main qui tremble, lorsqu’il s’agit de saisir les organes de sanctions administratives »
Il faut donc s’attendre à plus de régulation des cryptos à l’avenir à Monaco ?
A l’heure actuelle, Monaco utilise le principe de précaution. Le cadre légal d’autorisation n’est pas encore stabilisé, ce qui n’est pas plus mal. Mais il faut encore faire passer le message : attention aux escroqueries, et aux cryptos. Même si ces cryptos peuvent avoir une utilité. Il faut des opérateurs fiables. Il faut faire attention aux petits épargnants qui y investissent.
Globalement, quelle est votre feuille de route pour Monaco ?
J’ai de la chance, car l’AMSF est un organe indépendant, et il existe déjà une feuille de route fixée par la principauté, pour sortir de la liste grise du Gafi. Dans ce plan d’action, il existe un volet qui concerne la cellule de renseignement financier. Je suis accompagné d’un conseil d’administration, déjà désigné avant mon arrivée il y a environ un an, pour m’aider à définir les enjeux stratégiques. J’adapterai ensuite ma propre feuille de route, au fur-et-à-mesure des entretiens.
Quelle est votre méthode ?
Globalement, l’objectif est d’utiliser au mieux les moyens existant, d’être dans une démarche de dialogue avec les professionnels qui ont ces obligations d’anti blanchiment. Assurer plus de formations, plus de retours d’information. Et ne pas avoir la main qui tremble, lorsqu’il s’agit de saisir les organes de sanctions administratives. Il faudra veiller à améliorer la coopération internationale avec les autres cellules de renseignement financier. Et veiller à améliorer les échanges avec la justice et la police à Monaco, pour faire en sorte que l’ensemble soit plus efficace en termes de traitement judiciaire et de renseignement, puis de sanctions.
Vous a-t-on fixé des objectifs chiffrés ?
Nous n’avons pas d’obligation de résultats, à proprement parler. Nous sommes dans une démarche d’amélioration, avec l’objectif collectif de sortir de la liste grise en 2026. Nous ne sommes pas uniquement dans un mécanisme technocratique d’évaluation ou d’atteinte à la souveraineté, mais dans une compétition internationale où les normes anti-blanchiment font partie de cette compétition. Les Américains imposent des sanctions sur le non-respect de tout un tas de choses, et on voit bien que les pays “safe” [sûrs — NDLR] sur le plan de la sécurité financière, sont des pays attractifs, alors que ceux qui présentent des fragilités risquent de perdre de l’atractivité économique. La lutte contre le blanchiment aurait pu être une contrainte mais, aujourd’hui, c’est une condition de sécurisation du business, et de l’attractivité d’une place financière.
1) Monaco Hebdo a également interrogé Bruno Dalles sur le monde associatif monégasque confronté à de nouvelles règles de transparence [à ce sujet, lire notre article Financement du terrorisme : pourquoi demande-t-on des comptes aux associations ?, publié dans ce dossier spécial — NDLR]. La question des casinos de Monaco et du président de la Société des bains de mer (SBM), Stéphane Valeri, qui estime qu’on en demande trop au casino en termes de “compliance” [conformité — NDLR] a aussi été abordée [à ce sujet, lire notre article À Monaco, le casino affaibli par les règles de conformité ?, publié dans ce dossier spécial — NDLR].
« Nous n’avons pas d’obligation de résultats à proprement parler. Nous sommes dans une démarche d’amélioration, avec l’objectif collectif de sortir de la liste grise en 2026 »
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