
Monégasques et enfants du pays vivant aux Etats-Unis nous donnent leur avis sur la campagne électorale américaine. Cette semaine, Fabio Madonna, enfant du pays qui travaille pour la Bank of America depuis sept ans et réside à Los Angeles, la juge « passionnante ».
Monaco Hebdo?: Comment observez-vous la campagne électorale en cours aux Etats-Unis??
Fabio Madonna?: Ce cycle électoral est d’une importance fondamentale pour l’avenir des Etats-Unis. J’observe la campagne de très près sur tous les médias. Récemment, j’ai regardé le débat des vice-présidents en direct sur Internet. Cette campagne occupe 60 à 80 % du prime-time à la télévision. Je crois aussi que c’est la campagne la plus coûteuse de l’histoire, chaque candidat ayant levé des fonds pour plus d’un milliard de dollars. Je suis particulièrement intéressé parce que les décisions qui suivront toucheront directement à mon secteur (banque et finance). Les démocrates poussent pour une réglementation plus serrée des institutions bancaires (visant même à « casser » les grosses banques en plus petits morceaux), alors que les républicains veulent baisser la réglementation.
M.H.?: La campagne vous passionne-t-elle??
F.M.?: Elle est très passionnante. C’est un combat d’hommes intelligents, tous deux issus de Harvard, qui ont des visions assez opposées des politiques à entreprendre dans le prochain quadriennat. Il y a trois grands thèmes. L’économie, qui ne marche pas bien avec un taux de chômage aux alentours de 8 %, la politique étrangère, où les Etats-Unis sont encore en Afghanistan et Irak, et une crise émergente en Iran?; et enfin les caisses de maladie et de sécurité sociale en déficit.
M.H.?: Qu’est-ce qui vous étonne ou vous marque dans cette campagne??
F.M.?: D’abord, c’est une campagne beaucoup plus équilibrée par rapport à la dernière. Il n’y a pas la distraction et la faiblesse de Sarah Palin. De plus, il n’y aucun membre de l’establishment anglo-saxon (WASP), vu qu’un candidat est mormon et l’autre issu de la communauté noire. C’est étonnant de voir à quel point la religion n’a pas été un sujet très débattu, les gens sont davantage concentrés sur la qualité des propos. C’est donc un signe de progrès social. Autre chose étonnante?: alors que Barack Obama a fait appel au support de Bill Clinton, qui était visible et présent lors de la convention démocrate, Mitt Romney s’est complètement dissocié de George W. Bush, n’en faisant aucune mention. Ni lui, ni Sarah Palin ni John McCain n’étaient invités a la convention républicaine. Cela a été très remarqué.
M.H.?: Parle-t-on peu ou beaucoup de l’élection autour de vous??
F.M.?: C’est un sujet dominant dans les conversations sociales, et on n’entend que ça à la télévision. Chaque détail est analysé à fond. Il y a des analystes qui mesurent les soupirs pendant le débat… On analyse l’éducation, les déclarations d’impôts des dix dernières années, les femmes des candidats sont passées au peigne fin. Je viens de lire un article sur le NYT qui parlait de la prononciation, par les candidats, du mot Missouri. Des prononciations qui étaient « correctes » mais moins agréables aux habitants du Missouri qui préfèrent la prononciation en patois. Chaque segment social est analysé et les discours essayent de séduire ces segments de la façon la plus précise.
M.H.?: Comment vos amis, collègues, voisins américains voient-ils les choses??
F.M.?: Il y a un grand malaise économique en ce moment. Le climat est au pessimisme. Beaucoup d’Américains sont propriétaires d’un logement qui aujourd’hui vaut moins que le montant de leur emprunt immobilier. Il est difficile de trouver un emploi. La société se polarise, tant au niveau de la richesse qu’au niveau de l’éducation. Par exemple, ceux qui ont des ressources et peuvent accéder à l’éducation privée, ont accès aux meilleurs emplois, centrés sur la technologie et l’information. De l’autre côté, la grande masse ne peut plus être soutenue par des emplois industriels, qui se sont envolés en Chine. Dans mon quotidien, je vois que les restaurants sont pleins, les aéroports débordent, Wall Street a gagné 20 % voire plus cette année. On parle tout de même du pays le plus riche du monde où il y a plus de trois millions de millionnaires selon le dernier recensement de janvier 2011. Il est difficile donc de distinguer la réalité des faits de celle que peignent les deux partis, en positif ou en négatif. Ce qui m’inquiète, c’est que le grand public ne s’intéresse aucunement à la politique étrangère, alors que les risques au Moyen-Orient sont énormes.
M.H.?: Y a-t-il selon vous une tendance qui se dégage pour un candidat plus que pour un autre??
F.M.?: En ce moment, Mitt Romney est favori, depuis qu’il a bouleversé les sondages il y a deux semaines. La mauvaise performance de Barack Obama au premier débat a été une catastrophe pour sa réélection. Il reste encore deux débats. Celui des vice-présidents qui s’est déroulé cette semaine, malgré une bonne performance de Biden, n’a pas réussi à m’ôter de l’esprit, la faiblesse ainsi que le manque total d’entrain et d’arguments de Barack Obama.



