vendredi 17 avril 2026

L’appel du 6 juin

Publié le

En marge des cérémonies pour les 70 ans du débarquement en Normandie, Vladimir Poutine et Petro Porochenko, le président de l’Ukraine, ont renoué le dialogue. Une première étape vers le retour au calme ? L’ancien diplomate Vladimir Fedorovski y croit.

Par Romain Chardan.

Il est encore bien trop tôt pour crier victoire, mais l’avancée est notable. Le 6 juin, lors des célébrations du 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, Vladimir Poutine et Petro Porochenko, le nouveau président de l’Ukraine, avaient répondu à l’invitation de François Hollande en Normandie. Une rencontre informelle d’une quinzaine de minutes entre les deux chefs d’Etat a permis d’évoquer la crise ukrainienne. « C’est une chose assez extraordinaire et inattendue. Une percée diplomatique », note Vladimir Fedorovski, écrivain et ancien diplomate russe. « On arrive au début du compromis, ce qui est capital parce que la paix mondiale est en jeu », poursuit l’auteur de Poutine, l’itinéraire secret (voir encadré).

Crise majeure
Car depuis la destitution de Victor Ianouchenko, le pays, « qui est ruiné et l’un des plus corrompus au monde » pour Fedorovski, a sombré et se trouve aux portes de la guerre civile. Après la fuite de l’ancien président ukrainien vers la Russie, et l’annexion de la Crimée, la situation n’a fait qu’empirer. « Cette affaire a d’ailleurs permis à Poutine d’entrer dans l’histoire comme réunificateur des terres russes (la Crimée était à la base un territoire appartenant à la Russie, N.D.L.R.) », analyse Fedorovski. Le calme est revenu à Kiev et dans la partie Ouest du pays, mais l’Est, lui, est toujours le théâtre de combats opposant séparatistes pro-russes et armée ukrainienne. L’élection avec plus de 51 % des suffrages du président Porochenko, « un oligarque, un roi de chocolat » d’après l’écrivain russe, et son intronisation le 7 juin, n’ont rien changé. Ou presque. En cause : la volonté des séparatistes d’être rattachés à la Russie contre lesquels Porochenko a lancé une opération « anti-terroristes ».

Opposants
Si dans son discours d’intronisation, Porochenko a annoncé vouloir « mettre fin au conflit dans les huit jours », l’entrevue avec Poutine aurait permis de définir les modalités de désescalade et du cessez-le-feu. Notamment grâce à une prochaine décentralisation du pouvoir et l’utilisation libre de la langue russe. « Lors de son indépendance, l’Ukraine n’a pas appris le “vivre ensemble”. Les Ukrainiens ont commis des erreurs majeures, et la première a été d’interdire la langue russe dans un pays où la moitié des gens parlent russe », précise Fedorovski.

Dialogue
Le dialogue sera donc la principale arme de Porochenko, et notamment avec la Russie. C’est d’ailleurs dans cet esprit que le président américain, Barack Obama, dont les relations avec Poutine ne sont pas au beau fixe depuis quelques mois, a demandé au président russe de reconnaître son homologue ukrainien. Cet acte pourrait permettre un certain apaisement du côté des séparatistes. L’autre volet concernera l’aspect économique des discussions entamées le 9 juin. Notamment autour du prix de l’approvisionnement en gaz (58 % de la consommation de gaz en Ukraine provient de la Russie) et des dettes de l’Etat ukrainien envers la Russie.
Si aucun accord n’a été encore trouvé, les discussions, elles, doivent continuer. D’autant que le gouvernement russe a prévenu son homologue ukrainien que s’il ne règle pas sa dette gazière, Gazprom coupera alors ses livraisons… Ce qui aurait un impact sur l’approvisionnement européen en gaz. « L’Ukraine est un pays ruiné, qui a besoin de 35 milliards de dollars. D’après ce que m’ont dit certains banquiers, cela coûterait 4 à 5 fois plus cher que pour la Grèce. L’Occident et la Russie ont un intérêt pragmatique à sauver ce pays », rappelle Fedorovski.

Issue
Aujourd’hui, on ne peut espérer que l’avancée diplomatique normande représente la première étape d’une sortie de crise. « Tout est parti d’une histoire de taxe, pour aller vers une guerre civile, avant de peut-être finir en guerre mondiale. Il faut en trouver la sortie par la voie du dialogue », préconise Fedorovski. Le processus sera sans doute plus long que ce qu’annonce Porochenko, mais la volonté est là, et semble être partagée par l’ensemble des parties ou presque. L’aide de Vladimir Poutine n’est pas négligeable, même si le chef d’Etat russe a déclaré qu’il « peut avoir une certaine influence sur (les séparatistes, N.D.L.R.), mais pas totale. » Fedorovski a son idée quant à la solution pour une sortie de crise. « Ce qu’il faut c’est un Mandela ukrainien et un plan Marshall. Porochenko peut devenir ce Mandela ukrainien. C’est en tout cas ce que je souhaite. »

Poutine, l’itinéraire secret

Dans Poutine, l’itinéraire secret, paru aux éditions du Rocher, Vladimir Fedorovski revient sur l’ascension de l’actuel président russe. De son passé d’agent secret au KGB ou son entrée en politique, l’auteur n’élude rien. C’est un portrait grandeur nature qui s’offre au lecteur, d’un homme aux multiples facettes. Joueur d’échecs, judoka, tacticien, Poutine « est tout et son contraire », comme l’écrit l’auteur. Fedorovski apporte également son œil d’ancien diplomate dans cette enquête qu’il conduit depuis plusieurs années.

« Je n’ai pas été inquiète une minute »

L’élue Horizon Monaco Béatrice Fresko-Rolfo a assisté à l’élection présidentielle en Ukraine dans le cadre d’une mission d’observation du Conseil de l’Europe.

Propos recueillis par Romain Chardan.

beatrice-FRESKO-ROLFO-Conseil-national

M.H. : Comment se sont passées les élections en Ukraine ?
B.F.-R. : A notre arrivée, des spécialistes de la sécurité nous ont expliqué le déroulé des événements, tout en nous précisant que nous n’avions rien à craindre. Le dimanche 25 mai, nous sommes partis avec mon binôme, un chauffeur et un interprète, c’était d’un calme absolu. J’étais dans la région de Kiev. On est arrivé dans tous les bureaux de vote, où l’on nous a accueillis à bras ouverts. Ils ont répondu à nos questions et la population nous remerciait d’être là. Je ne peux pas commenter les incidents à Odessa, et dans l’Est, il n’y avait pas d’observateur du Conseil de l’Europe.

M.H. : Le climat de guerre civile ne se ressentait pas ?
B.F.-R. : Non pas du tout. Sur la place Maïden, on a pu passer au travers des barricades. On a vu les restes, c’est assez impressionnant. Mais c’était très calme, les gens avaient le sourire et attendaient la fin des élections.

M.H. : Dans quel état d’esprit étaient les citoyens qui se sont déplacés aux urnes ?
B.F.-R. : Ils venaient voter très sereinement. Il y avait des observateurs des principaux candidats, et même eux laissaient les gens voter. Ils ne s’approchaient pas, restaient un peu en retrait. Un fait nous a un peu impressionnés. Un responsable d’un bureau de vote nous a dit que les membres d’une milice étaient venus, et qu’ils avaient donné un numéro de téléphone, en lui disant que s’il y avait un problème, il pouvait les appeler… Mais honnêtement, je n’ai pas été inquiète une minute.

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