Monaco possède l’une des plus grandes densités d’agences d’intérim en Europe. Avec 17 agences sur deux kilomètres carrés, le marché est dense. Pourquoi un tel essor ? Alors qu’un projet de loi est en cours, Monaco Hebdo fait le point.
Ils sont difficilement reconnaissables dans la masse des 63 479 salariés qui, chaque jour, viennent travailler à Monaco. Alternative au contrat à durée indéterminée (CDI) et déterminée (CDD), les contrats intérimaires permettent aux entreprises de pallier un soudain besoin en main d’œuvre. Si la pratique a été déployée en France dès 1924, elle s’est exportée à Monaco de manière massive dans les années 1970, qui correspond à une période de fort besoin en main d’œuvre.
Construction de Fontvieille, puis l’arrivée des industriels
Cette décennie marque le début d’une longue et prolifique période de constructions en principauté, qui dure jusqu’aujourd’hui. Lancée par l’agrandissement sur la mer de la principauté via la construction du quartier de Fontvieille, l’intérim a séduit les chefs d’entreprise qui y ont vu une possibilité de recruter rapidement des profils bien spécifiques pour telle ou telle mission. Dans le même temps, l’industrie s’est développée à Monaco de manière exponentielle, jusqu’au début des années 2010. La présence de grands groupes industriels à Monaco, dont faisaient partie Mécaplast ou Théramex, a permis l’essor rapide de l’intérim dans ce secteur. Mais la fuite de ces géants, notamment à cause à la baisse des coûts de production sur les bas salaires en France, a ralenti l’emploi intérimaire dans le secteur industriel et pharmaceutique en principauté. En effet, entre 2012 et 2021, le chiffre d’affaires du secteur de l’industrie est passé Monaco de 1,253 milliard d’euros à 809 millions d’euros, soit une baisse de 35 %, selon les chiffres publiés par l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee), dans son observatoire de l’industrie 2021. Mais la pratique de l’intérim n’a pas attendu ce fort ralentissement de l’industrie pour se répandre dans de nombreux secteurs professionnels de la principauté. Ménage, bureautique, domaines scientifiques, informatique, hôtellerie-restauration, secteur bancaire et financier… Les intérimaires sont partout. Au total, ce sont 48 250 missions qui ont été distribuées en 2023 par les 17 agences d’intérim du territoire monégasque. Plus de cinquante ans après sa mise en place en principauté, l’intérim représente désormais plus de 269 millions de chiffre d’affaires, soit une hausse de 10,5 % par rapport à 2022.

Haut standing
Mais pourquoi ce système semble aussi bien convenir à la principauté ? Tout d’abord, comme l’économie monégasque repose, en grande partie, sur sa capacité à attirer de grosses fortunes, et donc sur son image, Monaco se doit d’être un pays accueillant et désirable. Le secteur de la construction y est donc très présent, avec pour objectif de bâtir des appartements de très haut standing. L’hôtellerie et la restauration affichent aussi un très haut niveau d’exigence. Or, le tourisme, l’hôtellerie-restauration et la construction sont parmi les secteurs qui recrutent le plus d’intérimaires à Monaco, ce qui se vérifie aussi en France. En effet, lorsque l’on jette un œil aux bases de données publiques des principales agences d’intérim françaises, on retrouve parmi les vingt postes les plus demandés (1) des métiers comme maçon, plombier, soudeur, serveur, commis de cuisine, hôte de caisse et électricien. Sur ses deux kilomètres carrés, Monaco affiche des besoins identiques, que ce soit dans les secteurs de la construction, des services, ou de l’hôtellerie-restauration. Une aubaine, notamment pour les agences d’intérim, elles-mêmes : « C’est toujours ce qui est intéressant avec Monaco. On peut voir ce pays comme un laboratoire à taille humaine. Et c’est notamment le cas pour l’intérim », indique-t-on dans l’une d’entre elle.
Les intérimaires sont partout. Au total, ce sont 48 250 missions qui ont été distribuées en 2023 par les 17 agences d’intérims du territoire monégasque
1) Observations faites à partir des bases de données des offres de missions de trente agences d’intérim françaises, entre le 25 février et le 5 mars 2025.
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