C’est la conclusion d’une réflexion lancée dans les années 1980 : la Société protectrice des animaux (SPA) de Monaco dispose enfin de locaux modernes et adaptés à l’accueil de multiples animaux en attente d’une nouvelle famille. Situés à Peille, à une trentaine de minutes en voiture de la principauté, ils ont été inaugurés le 16 septembre 2024.
Le 12 septembre 2022, le prince Albert II et la princesse Charlène posaient la première pierre du futur refuge de la Société protectrice des animaux (SPA) de Monaco, avec l’espoir de voir le projet se concrétiser rapidement. Un peu moins de deux ans plus tard, le 16 septembre 2024, le couple princier était de retour dans la petite commune de Peille, à un peu moins de 20 kilomètres de la principauté, pour l’inauguration de ce refuge. Un lieu où, selon les mots de Marie-Pierre Gramaglia, vice-présidente de la SPA de Monaco, les animaux « réapprennent à faire confiance à l’homme », en attendant de rencontrer des « adoptants, pleinement conscients de ce que leur démarche représente pour eux et pour l’animal ». Exit, donc, les locaux d’Èze, dont un départ était attendu depuis… 1983. « L’ancien refuge de la SPA de Monaco, reconnu d’utilité publique, était devenu vétuste et inadapté, reconnait-on au sein du gouvernement monégasque. En effet, les constructions de villas s’étant densifiées autour, son développement, et sa mise aux normes, étaient difficilement envisageables. »
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Plusieurs options avaient été testées, que ce soit à Carros, Sospel, Levens, La Turbie ou encore Menton, puis abandonnées pour des raisons environnementales ou politiques — les populations locales craignant souvent les nuisances sonores liées à ce type d’équipement. La vente par le conseil municipal de Peille, en 2021, d’un terrain de 11 741 m2 à l’État monégasque avait fini par trancher la question de l’implantation de ces nouveaux locaux, avec la promesse de voir l’architecte du projet, Mickle Bourel du cabinet MBO Architecture, prendre véritablement en compte la question des nuisances sonores. Une enveloppe de 14 millions d’euros a été consacrée au financement de ces locaux flambant neufs, qui ont nécessité une excavation de 10 000 m3 de roches.
Exit, donc, les locaux d’Èze, dont un départ était attendu depuis… 1983. « L’ancien refuge de la SPA de Monaco, reconnu d’utilité publique, était devenu vétuste et inadapté », reconnait-on au sein du gouvernement monégasque
Une capacité d’accueil de 40 chiens et 40 chats
Le nouveau refuge de la SPA de Monaco se trouve ainsi à quelque 700 mètres d’altitude, sur deux niveaux et dans trois parties. Pour l’heure, 15 chats et 13 chiens y vivent, dans l’attente de nouveaux propriétaires. Mais, à terme, une fois notamment que les équipes animalières y auront pris leurs marques, ces lieux de 1 380 m², et de 2 340 m² en ajoutant les aménagements extérieurs, pourront accueillir 40 chiens et autant de chats, ainsi que des « NAC », acronyme pour « nouveaux animaux de compagnie » (les oiseaux, les reptiles, les lapins, les rongeurs, les araignées, les grenouilles…) — pour une durée limitée [à ce sujet, lire notre dossier spécial Bien-être animal : la patte monégasque et l’interview de Adeline Linsart, du centre hospitalier vétérinaire Saint-Martin, en Haute-Savoie, qui préside le Groupe d’études en nouveaux animaux de compagnie (GENAC) : « Le NAC à la mode, c’est la poule », publiés dans Monaco Hebdo n° 1252 — NDLR]. Le refuge servira aussi de fourrière pour la Principauté de Monaco, accueillant, sur demande de la Sûreté publique, les animaux trouvés, abandonnés ou sans solution de garde. Le rez-de-chaussée est dédié aux chiens, aux chiots et aux services. L’étage est consacré aux chats et aux chatons, et comprend des salles de soins. Toutes les loges, pour chats et chiens, et les espaces de quarantaine, sont composés d’un espace intérieur rafraîchi ou chauffé, et d’un espace extérieur couvert pour les chiens. Deux chenils, accessibles par l’intérieur et l’extérieur du bâtiment, comptent 20 boxes chacun, dont deux adaptés aux grands chiens. « Pour chaque rangée, les animaliers ont à leur disposition une station de nettoyage approvisionnée en eau de pluie traitée avec tuyaux et mélangeurs, et un espace de stockage pour le matériel d’entretien, expliquent les responsables du projet au sein du gouvernement monégasque. Dans les boxes, chaque espace est équipé de syphons pour l’évacuation des eaux sales. Des robinets d’eau potable permettent le réapprovisionnement régulier des gamelles des chiens. Les coursives de chaque chenil permettent de faire sortir ou entrer un animal par deux portes donnant sur l’extérieur, sans passer par le bâtiment central. »
Ces lieux de 1 380 m², et de 2 340 m² en ajoutant les aménagements extérieurs, pourront accueillir 40 chiens et autant de chats, ainsi que des “NAC”, acronyme pour “nouveaux animaux de compagnie”
Un refuge pensé pour limiter les nuisances sonores
Le refuge dispose par ailleurs de deux chatteries d’une capacité de 20 chats, et d’une surface intérieure respective de 25 et 27 m2, pour 37 m2 dans les deux cas d’espaces extérieurs. Elles sont équipées d’arbres à chat, de griffoirs, de coussins, de couchages et de jeux, sans oublier les bacs à litière. La question des nuisances sonores, qui a fait capoter de projets précédents, a, elle, été réglée en positionnant les bâtiments comme s’ils étaient repliés sur eux-mêmes. Ainsi, les activités se déroulent entre quatre murs de béton, dans des cours intérieures. Les boxes des chiens sont protégés par 20 centimètres de béton, de la pierre et de l’isolant. Idéal donc pour la tranquillité et le confort des animaux… Mais aussi pour éviter les conflits de voisinage — la maison la plus proche se trouvant à plus de 150 mètres du refuge, soit 50 mètres de plus que ce qu’exige la réglementation.
Refuge de la Société protectrice des animaux (SPA) de Monaco – Route de Peille, 960, chemin des Gralhes, 06 440 Peille. Accueil du public tous les jours, sur rendez-vous, de 14 heures à 17 heures. Tél. : +33 (0) 4 93 41 03 62.
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Environnement : un projet qui se veut exemplaire
La création de nouveaux bâtiments pour la Société protectrice des animaux (SPA) de Monaco a été voulue comme exemplaire d’un point de vue environnemental. Tant au niveau de la réalisation des travaux que de l’architecture, ou du fonctionnement quotidien du refuge. Ainsi, avant le démarrage des travaux, plusieurs campagnes d’inventaires botaniques et faunistiques, en plus d’une localisation précise des espèces protégées, ont été réalisées sur six hectares. Plusieurs espèces protégées, comme des lézards des murailles et des orvets de Vérone, ont pu être capturées, puis relâchés dans des gîtes situés en dehors des emprises. Pendant le chantier, un débroussaillement préventif a été effectué, afin d’éviter les incendies. Les différentes opérations ont été menées en tenant compte du cycle de la faune et de la flore. Des bâches et des bacs de récupération ont été installés, afin d’éviter toute pollution environnementale. Certains matériaux ont été triés pour être ensuite réemployés. Enfin, l’intégration du site dans son environnement a été particulièrement soignée. « Au pied de la forteresse du Mont-Agel, le terrain présente une forte pente déclinante d’est en ouest, d’environ 13,5 mètres de dénivelé, rappelle-t-on au sein du cabinet MBO Architecture, qui a mené ce projet. Nous nous sommes servis de cette pente comme d’un atout, afin de maximiser l’intégration du bâtiment dans la pente, en le faisant disparaître dans le paysage. De plus, l’utilisation de matériaux locaux a été privilégiée, pour ne pas dénaturer le site et ancrer le projet dans son contexte : on retrouve notamment de la pierre locale en façade, caractéristique des villages perchés environnants tels que Peille, Eze ou encore Saint-Agnès. » Résultat ? Visuellement, en amont du bâtiment, le terrain naturel vient se prolonger sur la toiture, recouverte de 60 centimètres de terre minimum. « Cela permet d’assurer une continuité entre l’espace naturel et les toitures. Depuis l’extérieur, le projet ne semble donc jamais dépasser le rez-de-chaussée, il disparaît pour former deux restanques végétalisées, inscrites dans la pente. » À terme, les équipes qui ont mené le projet espèrent que les espèces locales coloniseront les toitures, afin qu’elles ne perdent pas d’espaces de vie. Dans le même esprit, le bâtiment a été découpé en trois parties, séparées les unes des autres par deux espaces non bâtis, mais végétalisés, grâce à la plantation de grands sujets végétaux. Là encore, afin d’aider les espèces locales à se réapproprier les lieux. Au quotidien, l’exemplarité environnementale du site reposera, par ailleurs, sur la récupération des eaux de pluie pour les opérations de nettoyage, sur le traitement des eaux usées pour minimiser les rejets dans le milieu naturel, et sur celui des eaux grises pour le nettoyage et l’arrosage. Des bâches acoustiques permettront aux équipes de la SPA de Monaco de s’assurer que le bâtiment respecte les normes acoustiques vis-à-vis des riverains. Et les cendres émises par la chaufferie bois seront recyclées pour un usage agricole. Le tout fera l’objet d’un suivi environnemental, pris en charge par le gouvernement monégasque, sur une période de 30 ans.




