vendredi 17 avril 2026
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Académie de la mer de Monaco — Laurent Anselmi : « La mer fait partie de l’ADN de la principauté »

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La session inaugurale de l’Académie de la mer a débuté lundi 1er juillet 2024 à Monaco, en présence du prince Albert II, et de son directeur, Laurent Anselmi. Cette session s’organisera pendant 12 jours, afin de comprendre les problématiques des mers et des océans, et ce, autour de trois axes fondamentaux : scientifique, juridique, et politique. Laurent Anselmi a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Comment est né ce projet d’Académie de la Mer de Monaco ?  

Tout est parti d’un double constat. Premièrement, la mer fait partie de l’ADN de la principauté, depuis son origine. Elle a pris une dimension scientifique et environnementale avec le prince Albert Ier (1848-1922). Deuxièmement, l’essentiel de ce qui est fait à Monaco à ce sujet demeure, précisément, développé sur le terrain scientifique et environnemental. C’est très bien, mais il nous a semblé que la mer et les océans peuvent faire l’objet d’autres approches, sans pour autant négliger le « cœur de métier » initial. Fort de ce constat, le prince souverain a donc voulu doter la principauté d’une institution qui coifferait l’ensemble des domaines liés à la mer, sans faire concurrence à ce qui se fait déjà mais, au contraire, en capitalisant dessus et en élargissant le spectre de la connaissance. 

Quelle est sa philosophie ? 

Il s’agit d’un centre d’étude des mers et des océans, abordés sous tous les angles. D’où notre slogan : « la mer à 360° ». C’est un projet pédagogique et éducatif. L’objet est d’agir sur les esprits. Nos enseignements mettent par exemple l’accent sur la coopération internationale en matière d’utilisation d’infrastructures portuaires au service du développement. On peut, en effet, utiliser la mer et les ports pour contribuer à la concorde entre les peuples, plutôt qu’à la guerre. Sur des zones de conflits, des pays et des communautés de femmes et d’hommes peuvent ainsi se faire du bien plutôt que de se faire du mal. Il y a sans doute là une lecture philosophique qui caractérise notre projet.

« Les candidats que nous avons ciblés pour notre session d’été, et celles qui viendront après, sont des étudiants d’un niveau bac +3 au minimum, qui évoluent dans tous les domaines : sciences de la mer, de la nature, droit économie, sciences politiques, journalisme, communication, commerce, etc. »

La finalité de ce projet, c’est aussi le passage à l’action ? 

Nous voulons, je le répète, agir sur les esprits. Les candidatures que nous avons principalement ciblées pour notre session d’été, et celles qui viendront pour les éditions ultérieures, sont celles d’étudiants de niveau bac+3 au minimum, qui évoluent dans tous les domaines : sciences de la mer, de la nature, droit, économie, finances, sciences politiques, journalisme, communication, commerce, etc. Ce qui nous intéresse, c’est de nous adresser à des esprits aptes à sortir de leur zone de confort, capables de s’intéresser à des sujets qui ne relèvent pas forcément de leurs domaines d’études à l’université. Notre idée est de mélanger les gens, de faire « brainstormer » tout le monde. Et ça marche puisqu’au total, nous avons reçu plus de 300 demandes pour 40 places disponibles. C’est, de mon point de vue, très encourageant car nous ne sommes opérationnels que depuis septembre 2023. Je n’imaginais pas que nous aurions un succès d’audience aussi rapide. Nous avons même déjà des candidats pour la formation 2025.

Académie la mer Monaco Laurent Anselmi
© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

Il n’y a pas que des jeunes ? 

Nous avons ouvert aussi notre formation à des profils plus seniors de personnes qui s’intéressent aux questions maritimes. Contre toute attente, ce public va composer 30% de la promotion. Résultat : la plus jeune auditrice a 21 ans et la plus âgée 63 ! 

Quel est le profil de ces candidats « seniors » ? 

La plupart évolue dans le secteur maritime, mais nous avons aussi une professeur de philosophie, ou encore une sportive de haut niveau. C’est très varié. 

D’où viennent les candidats ? 

Leurs origines géographiques sont variées également : les candidats viennent d’Amérique du Nord, car nous sommes partenaires de l’université du Québec, mais aussi de Slovénie, du Sri Lanka, du Sénégal, du Maghreb et des Balkans. Les français, de la région et de tout l’Hexagone, sont très présents aussi bien sûr. L’agence universitaire de la francophonie, qui est un de nos partenaires et regroupe plus de mille universités de par le monde, a contribué à fédérer tous ces profils. 

Les profils de vos intervenants sont variés eux aussi ?

Nous avons en effet diversifié les profils du corps enseignant composé d’universitaires et de gens de terrain. Parmi les premiers, notons, pour ce qui est par exemple du droit de la mer, la présence de personnalités très confirmées comme Erik Franckx, un professeur de droit de Bruxelles qui figure au top niveau mondial. Il en est de même de Maria Gavouneli,  professeure de droit international à l’université d’Athènes, où elle dirige notamment un pôle d’études consacré aux réfugiés et à la migration. Mais nous aurons aussi des jeunes très prometteurs, en début de carrière, que nous espérons voir devenir les porte-voix de cette académie dans les enceintes savantes où ils interviendront à l’avenir. 

Et parmi les gens de terrain ? 

Parmi les praticiens, certains sont issus du monde militaire, comme Eric Bonnemaison, général de division et et ancien conseiller « Afrique et Moyen-Orient » de deux Ministres français de la défense, ou encore Adrien Proal, commissaire en chef de la marine nationale française ; car nous travaillons beaucoup sur la sécurité des infrastructures portuaires et du transport maritime. Nous aurons aussi parmi nos intervenants Gilles Marhic, un spécialiste de l’UE du brigandage armé en mer, ainsi que Elie Jarmache, ex « Monsieur droit de la mer » du secrétariat d’Etat à la mer français.

Académie la mer Monaco Laurent Anselmi
© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

Quels sont les thèmes abordés ?

Ils sont de trois types. L’un à dominante environnementale, qui est un « bilan de santé des mers et océans » enseigné par le professeur Richard Sempéré, directeur de l’institut des océans d’Aix-Marseille Université et par Guillaume St-Onge, professeur en géologie marine à l’université du Québec à Rimouski. Le deuxième thème tiendra aux relations internationales, et aura pour objet la « géopolitique des mers et des océans ». Il sera traité par Jean-Vincent Holeindre, et professeur à l’université Paris II Panthéon-Assas. Une troisième thématique, enseignée par Maria Gavouneli, fera dressera le panorama des grands enjeux contemporains du droit de la mer, ce sera un cours de droit accessible aux non juristes.

Quoi d‘autre ? 

Pour éclairer ces fondamentaux, des tables rondes et des rencontres thématiques seront organisées sur des points précis, comme l’économie de la mer, avec Sylvie Faucheux, professeur en sciences économiques également à Paris II Panthéon-Assas. Il y aura aussi une après-midi consacrée à la coopération portuaire avec le professeur Mohammed Balambo de l’Université de Marrakech qui expliquera comment le Sahel se désenclave grâce aux ports marocains, notamment celui de Dakhla. Même chose pour le Kossovo grâce au port albanais de Durres, mis à disposition pour lui donner accès à la mer adriatique. Nous aurons aussi un exposé sur  le développement portuaire monégasque, avec l’acquisition d’une concession du port de Vintimille notamment. Des rencontres avec des acteurs majeurs du monde maritime basés en Principauté viendront compléter la formation : Musée océanographique, Fondation Prince Albert II, Organisation Hydrographique Internationale, A.I.E.A., Explorations de Monaco etc…

Il y aura également un colloque, ouvert au public, les 12 et 13 juillet ? 

Après le 11 juillet, la session de cours sera finie mais l’académie se prolongera encore deux jours grâce à un colloque intitulé « Pêche ou surpêche », ouvert au public. Nous mélangerons les auditrices et les auditeurs qui auront travaillé ensemble pendant plus d’une dizaine de jours avec des personnes d’ici. Toujours avec nos deux marqueurs principaux : la langue française et la pluridisciplinarité. Parmi les intervenants, Dominique Robert et Bastien Mérigot, respectivement professeurs à l’université du Québec et à l’université de Montpellier, feront état de la situation sur le plan environnemental et scientifique. Un complément relatif aux mammifères marins sera apporté par la secrétaire générale d’ACCOBAMS. 

Et après ? 

Nous allons dépasser la seule démarche académique. Comment faire, en effet, pour remédier à la situation périlleuse générée par la surpêche ? Il faut des règles, pour commencer. A ce sujet, s’exprimeront Sophie Gambardella, enseignante de droit public à l’université Aix-Marseille, et Fabrice Picod, professeur agrégé spécialiste du droit de l’UE à Paris II. Dans un autre module consacré à la réponse policière et judiciaire à la pêche illégale, nous entendrons Sylvain Noyau, général de division de la gendarmerie nationale française en charge de la lutte contre la criminalité environnementale, la substitute du procureur de Fort-de-France, Joëlle Casanova, représentant l’Association des magistrats français pour la justice environnementale et Lionel Try, administrateur chez Interpol, qui a mis en point des modules de poursuite de la pêche illégale dans les eaux internationales. 

Il sera question également de pêche durable ? 

La matinée du samedi 13 juillet sera en effet dédiée à la pêche durable avec des allocutions qui seront assurées par Driss Tazi, le directeur de la formation des gens de Mer et du sauvetage du Ministère marocain en charge de la pêche. Il a également dirigé le secteur de pêche d’Agadir. Une représentante de la plateforme Stella Mare, de l’université de Corse Pasquale Paoli/CNRS, qui reproduit des espèces menacées en vue de leur réintroduction, conclura ce colloque en prenant de la hauteur sur le dialogue entre sciences humaines et sciences sociales, au service des mers et océans. 

Comment êtes-vous parvenu à fédérer tous ces professionnels pour cette première Académie ? 

Je pense que le projet les a séduit. Je viens moi-même à la fois du monde universitaire et du monde des praticiens, en l’occurrence du service public. J’ai donc pu utilement adapter mon langage à mes interlocuteurs. Et puis, je réfléchissais depuis longtemps à ce concept alliant la langue française et la pluridisciplinarité autour des mers et océans ; Le souverain a enrichi le projet de sa vision et le gouvernement l’a soutenu en nous fournissant, pour notre lancement, des conditions matérielles de fonctionnement optimales.

Les participants de cette première Académie obtiendront une certification ? 

Oui, ils obtiendront un certificat. Il n’y aura pas d’examen de contrôle de connaissances, car cela aurait été trop lourd à mettre en œuvre, mais il y aura un contrôle d’assiduité pour obtenir ce certificat.  

Vous préparez déjà la prochaine édition ?

Exactement. Cette session sera un événement annuel, et le colloque de clôture changera chaque année. L’an prochain sera consacré à l’insularité, et l’an d’après aux mers fermées ou semi fermées. Pour insularité nous avons noué des liens avec des partenaires de Corse et des îles anglo-normandes, très intéressées par ce projet, pour ne citer que ces deux-là. On travaillera là aussi sur tous les angles, avec un volet juridique ou institutionnel sur la gouvernance des îles. 

Quoi d’autre ? 

Les îles et l’environnement, avec la hausse du niveau de la mer qui les impacte. Pensez, par exemple, que l’Australie a signé une convention avec l’archipel du Tuvalu en mai dernier pour accueillir des réfugiés climatiques. Preuve que ce ne sont pas des sujets théoriques. J’aimerais aussi, dans un autre registre, traiter le sujet des îles dans l’art, que ce soit la peinture, la musique ou encore la littérature ou la poésie.

Vous comptez organiser des événements en dehors de Monaco ? 

Nous souhaitons en effet organiser des événements et des formations hors de la principauté, mais sous la bannière monégasque de l’Académie de la mer. Tel pourra, par exemple, être le cas en application d’un accord de coopération avec l’Institut des Etudes Diplomatiques du Ministère des Affaires Etrangères de la République de Djibouti que nous venons de signer. Et à terme, l’idée serait d’ériger un institut francophone permanent d’enseignement supérieur, toujours dans l’état d’esprit de « la mer à 360° ».

« Cette session sera un événement annuel, et le colloque de clôture changera chaque année. L’an prochain sera consacré à l’insularité, et l’année suivante aux mers fermées ou semi fermées. Pour l’insularité, nous avons noué des liens avec des partenaires de Corse et des îles anglo-normandes, très intéressés par ce projet, pour ne citer que ces deux-là »

Qu’offrirait cet institut ? 

Si ce projet évolue tel que nous l’imaginons, il pourrait délivrer deux diplômes de niveau Master 2. L’un à dominante environnementale, qui ferait appel à tout le savoir monégasque, tandis que l’autre serait consacré aux relations internationales et à la géopolitique des mers et des océans, sujet que nous expérimentons dans le cadre de la session d’été. Les deux Masters pourraient en outre proposer des cours communs. Pourquoi pas suivre, ensuite, des thèses de doctorat. C’est une idée qui peut faire sens, mais il faudra beaucoup de travail et sans doute s’étoffer. 

Académie la mer Monaco Laurent Anselmi
© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

Combien êtes-vous actuellement à l’A2M ?

À temps plein, nous sommes deux, en plus d’un conseil d’administrateur composé de personnes éminentes qui nous prêtent la main. 

Vous ne manquez donc pas de projets ? 

Effectivement, et en particulier parce qu’il ne se passe pas de semaines sans que, de Monaco ou de l’étranger, de nouveaux intérêts se manifestent de la part d’individus ou d’institutions. Mais nous attendons également beaucoup, en retour, des auditrices et des auditeurs de nos enseignements et formations, en commençant par ceux de la « Promotion Rainier III » qui sera consacrée au terme de notre première session d’été. Chaque promotion portera d’ailleurs un nom dont j’espère qu’il sera tout autant évocateur et plein de sens. Nous sommes fondés à penser qu’un véritable réseau de porte-paroles de l’Académie se constituera à partir de ces promotions parmi lesquelles se trouvent d’évidence de futurs décideurs, publics ou privés, de tous les continents. Nous ne doutons pas qu’ils emporteront avec eux de la principauté la vision d’un pays sérieux, ouvert au monde et propice à la réflexion.

Société Monégasque d'Assainissement SMA

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