mercredi 15 avril 2026
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UNOC : plusieurs avancées actées en faveur des océans

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Le sommet de l’océan de Nice s’est refermé le 13 juin 2025 sur une série d’engagements pour mieux protéger les océans. Parmi les avancées les plus notables, le traité sur la haute mer pourrait être ratifié dans les mois à venir. Mais il reste encore beaucoup à faire, alors que, sur le globe, les guerres et les ambitions économiques pèsent.

Des incertitudes planaient quant au niveau de mobilisation qui se matérialiserait au cours de cette troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC). Finalement, le bilan n’est pas aussi sombre qu’il aurait pu l’être.

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Au terme de cinq jours de débats qui se sont étalés du 9 au 13 juin 2025 à Nice, les 175 Etats se sont retrouvés autour d’un document, intitulé les « Engagements de Nice pour l’océan ». Ce document est adossé à une déclaration dans laquelle ces pays maintiennent leur engagement « en faveur de la conservation et de l’utilisation durable » de l’océan, menacé « par le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution ». L’objectif de l’UNOC était d’avancer sur les dossiers en cours, et cela a été le cas. « Nous ne sommes pas impuissants, et nous n’avons pas été inactifs. Même fragilisé, le multilatéralisme demeure notre seule solution », a lancé le prince Albert II dans un discours prononcé lors de l’ouverture de cette conférence, le 9 juin 2025. Les faits lui ont donné raison. Ainsi, le Biodiversity Beyond National Jurisdiction (BBNJ), l’accord sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les eaux internationales, pourrait afficher les 60 ratifications nécessaires pour qu’il puisse entrer en vigueur dans les mois à venir. Ce traité sur la haute mer a convaincu 50 pays, dont 19 depuis cette conférence à Nice. La bascule devrait donc être faite très prochainement, car une quinzaine d’autres pays devrait signer ce traité d’ici septembre 2025. Cela permettrait à une première COP sur la haute mer de voir le jour à l’automne 2026. En parallèle, 37 pays ont dit « oui » à un moratoire contre l’exploitation des fonds marins. De plus, la promesse de doper le nombre et les dimensions des aires marines protégées qui leur incombent a été faite par beaucoup d’Etats. Mais ce n’est pas tout. A Nice, il a aussi été question d’une coalition de haute ambition pour un océan plus silencieux , et même d’un forum mondial des îles.

L’« appel de Nice pour un traité ambitieux sur le plastique » a été signé par des pays de tous les continents, alors que les Etats-Unis et la Chine, qui sont les deux plus importants consommateurs de plastiques, continuent de jouer la montre, depuis le début des négociations, en novembre 2022

Plateforme forage offshore
Fin avril 2025, Donald Trump a signé un décret qui permet une obtention plus rapide de permis d’exploitation dans les eaux internationales. Alors que cette partie de l’océan, qui pèse pour 64 % de sa surface, est encadrée par l’Autorité internationale des fonds marins, les Etats-Unis ont donc décidé de faire cavalier seul. © Photo Isaputra / Shutterstock

Plastiques

Par ailleurs, un autre sujet brûlant a été abordé : 95 pays ont appelé à adopter un traité pour réduire la production et la consommation de plastiques. L’« appel de Nice pour un traité ambitieux sur le plastique » a été signé par des pays de tous les continents, alors que les Etats-Unis et la Chine, qui sont les deux plus importants consommateurs de plastiques, continuent de jouer la montre, depuis le début des négociations, en novembre 2022. Une réunion se déroulera à Genève du 5 au 14 août 2025, alors que les discussions diplomatiques de décembre 2024 à Pusan (Corée du Sud) sont encore dans toutes les mémoires : elles s’étaient soldées par une impasse. Les Etats signataires de ce traité demandent « l’adoption d’un objectif mondial visant à réduire la production et la consommation de polymères plastiques primaires à des niveaux durables ». Cet objectif sera évolutif, car il sera « régulièrement révisé en vue de rehausser le niveau d’ambition », indique ce texte qui se veut contraignant, alors que les Etats-Unis souhaitent seulement des engagements volontaires. Les pays signataires devront faire état de leur production de plastiques, mais aussi de leur import-export de polymères plastiques primaires. Autre obligation juridiquement contraignante : l’élimination progressive des « produits plastiques les plus problématiques » et des « produits chimiques les plus préoccupants ». A ce jour, on en recense plus de 16 000, dont certains cancérogènes. Là encore, une liste de produits à prohiber serait publiée et réactualisée au rythme des découvertes scientifiques. Sur les vingt dernières années, la production de plastiques a été multipliée par deux. Elle devrait se situer au-delà des 500 millions de tonnes en 2025. Sans réaction, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), estime que cette production devrait représenter un milliard de tonnes avant 2050. Même chose pour les déchets. Entre 2020 et 2040, ils devraient s’afficher à plus de 600 millions de tonnes. Or, moins de 10 % est recyclé, environ la moitié est enfouie dans des décharges, pendant que 19 % est incinéré. Les 22 % restants finissent dans la nature, et aussi dans les océans. On estime ainsi que, chaque minute, un camion rempli de déchets plastiques est vidé dans les océans. Au final, le multilatéralisme a donc tenu bon à Nice, malgré les multiples tensions du monde actuel, que ce soit avec la guerre en Ukraine ou avec Israël qui a lancé une attaque contre l’Iran le 13 juin 2025, embrasant une partie du Proche-Orient.

Seulement quatre nouveaux pays ont intégré la coalition d’Etats qui demandent un moratoire sur l’exploitation commerciale des grands fonds marins, portant le total à 37. Certains se prononcent pour une « pause de précaution », pendant que d’autres, comme la France depuis 2022, militent pour une interdiction

Exploitation commerciale des grands fonds marins : ça coince

Cette Conférence des Nations unies sur l’océan était aussi un symbole très important, dans une situation géopolitique complexe et sous tension. Investi le 20 janvier 2025, Donald Trump a retiré les Etats-Unis de l’accord de Paris, comme il l’avait promis. Face à cette décision, le niveau de participation à Nice était un indicateur précieux. La tendance a été positive, et on a ainsi pu voir 64 chefs d’Etat et de gouvernement, dont le vice-président chinois, et 28 chefs d’organisations internationales. En revanche, un sujet sensible n’a pas enregistré d’avancées significatives. Il s’agit de l’exploitation commerciale des grands fonds marins. En effet, seulement quatre nouveaux pays ont intégré la coalition d’Etats qui demandent un moratoire, portant le total à 37. Certains se prononcent pour une « pause de précaution », pendant que d’autres, comme la France depuis 2022, militent pour une interdiction de l’exploitation des minerais rares du fond de l’océan. Le sujet est particulièrement discuté, surtout depuis que Donald Trump a signé, fin avril 2025, un décret qui permet une obtention plus rapide de permis d’exploitation dans les eaux internationales. Alors que cette partie de l’océan, qui pèse pour 64 % de sa surface, est encadrée par l’Autorité internationale des fonds marins, les Etats-Unis ont donc décidé de faire cavalier seul. Selon des chiffres publiés par le Marine Conservation Institute, après ce sommet pour l’océan à Nice, on serait passé de 8,4 % d’espaces maritimes mondiaux protégés, à environ 11 % (1). Loin des 30 % de l’océan protégés d’ici 2030, qui est un objectif fixé en 2022, à l’occasion de la COP15 biodiversité, à Montréal. Pour atteindre ces chiffres, en plus d’une volonté politique, il faut aussi les financements nécessaires. Et cette logique prévaut pour l’ensemble des thématiques liées à la préservation de l’océan.

Pollution plastique
© Photo Andriy Nekrasov / Shutterstock

Organisé à Monaco en amont de ce sommet de Nice, le Blue Economy and Finance Forum (BEFF), dont l’objectif est de doper l’économie bleue, a permis de voir 25 milliards d’euros investis et 8,7 milliards d’euros en plus injectés d’ici 2030 pour activer davantage la transition océanique. Là encore, un gros effort est nécessaire. En effet, selon des chiffres communiqués par le directeur général de l’Institut océanographique de Monaco, Robert Calcagno, 175 milliards par an sont nécessaires pour parvenir à financer cet objectif des Nations Unies de préservation de 30 % des mers et océans du monde. « Nous sommes aujourd’hui à une échelle de 25 milliards de dollars injectés par an, bien loin des chiffres nécessaires », avait indiqué Robert Calcagno avant la tenue du BEFF en principauté. Si un élan semble avoir été confirmé à Nice, au-delà des discours, est-ce que la diplomatie environnementale pourra présenter des résultats concrets dans les mois à venir ? La prochaine conférence annuelle des Nations unies sur le climat, la COP30, se déroulera du 10 au 21 novembre 2025 à Belem, au Brésil. Ce rendez-vous mondial permettra de mesurer si cette diplomatie climatique parvient à continuer d’exister, et surtout, à trouver un chemin dans un contexte géopolitique aussi complexe que tendu.

1) Le site Internet du Marine Conservation Institute se trouve ici.

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