Alors que l’UP, l’UDM et R&E commencent déjà à se mettre en ordre de bataille pour 2013, Thomas Giaccardi pourrait bien vouloir entrer dans le jeu électoral. Dans cette interview exclusive, l’ex-conseiller national UP affirme réfléchir à monter une liste pour les prochaines élections. Interview relue et amendée.
Monaco Hebdo?: Vous avez créé un club de réflexion censé être apolitique. Pourquoi?? Thomas Giaccardi?: Nous avons commencé le club de réflexion en juin 2010 en toute discrétion. Nous sommes partis du constat que de nombreuses situations à Monaco ne nous convenaient pas. Nous souhaitions formuler des propositions sur une trentaine de sujets, notamment dans les domaines juridique et économique. L’idée était en quelque sorte de prolonger ce qu’avait initié Monaco 2029.
M.H.?: Quelles carences relevez-vous?? T.G.?: Les lacunes de notre législation sont persistantes. On peut citer pour exemples les nouvelles technologies totalement ignorées par notre droit, l’absence de reconnaissance juridique des e-mails et de protection contre le piratage informatique, la législation sur les sociétés anonymes datant du siècle dernier. Il y a urgence. Monaco se doit d’être plus réactif pour répondre aux exigences d’un Etat moderne.
M.H.?: Et sur le plan économique?? T.G.?: Même si des efforts ont été accomplis depuis juin 2010 pour diminuer les lenteurs administratives, le délai de deux mois, objectif du gouvernement pour la création d’une activité économique, est encore trop long par rapport aux places en concurrence avec Monaco. Peut-être faudrait-il songer à la suppression du système d’autorisation administrative pour basculer vers un système déclaratif conformément à ce qui se fait dans tous les autres Etats modernes. Avoir un contrôle à priori très fort et un contrôle à posteriori limité comme cela est pratiqué aujourd’hui ne me semble plus être une solution adaptée.
M.H.?: Où en est le club de réflexion aujourd’hui?? On parle de dissensions… T.G.?: Il est en suspens. Certains membres estiment que l’on tourne en rond. D’autres, comme moi, se donnent jusqu’à la fin septembre pour décider soit de poursuivre un groupe de réflexion soit pour un éventuel retour en politique pour les prochaines élections. C’est un choix personnel. Pour s’engager dans une campagne et au-delà, il faut du temps, une organisation professionnelle et un contexte politique approprié…
M.H.?: Avec l’Union pour la principauté (UP) canal historique ou l’Union des Monégasques (UDM) de Jean-François Robillon??
T.G.?: Ni avec l’UP ni avec l’UDM, ne me reconnaissant plus ou pas dans aucun de ces deux mouvements. Il s’agirait de constituer une liste qui regrouperait des personnalités de la société civile. L’idée n’est pas de créer un parti politique supplémentaire mais de récupérer des compétences au-delà des clivages politiques.
M.H.?: Certains parlent d’une liste d’avocats?? T.G.?: Il n’en est rien. Je souhaite constituer une liste de 24 candidats compétents avec des profils complémentaires, qui pourrait cependant regrouper un nombre important de juristes, la mission première du parlement étant quand même le travail législatif.
M.H.?: Vous seriez tête de file de la liste?? T.G.?: Il est pour l’instant trop tôt pour répondre à votre question même si ma démarche s’inscrit en ce sens. M.H.?: Comment analysez-vous la situation politique actuelle?? Sur qui repose la faute de la scission selon vous?? T.G.?: Existe-t-il des différences entre ces deux mouvements à partir du moment où les conseillers UP et UDM revendiquent le même programme présenté lors des élections aux Monégasques?? Cette scission ne peut donc s’expliquer que par un conflit de personnes. Je ne sais pas qui est fautif mais de toute façon, dans un tel divorce, les fautes ne peuvent pas être que dans un camp.
M.H.?: C’est le départ de Stéphane Valeri pour le gouvernement qui a déclenché cette zizanie?? T.G.?: Que la manœuvre du gouvernement soit consciente ou pas, on ne peut pas ne pas penser que les nominations tant de Pierre Svara, président de la commission des finances à la SBM que de Stéphane Valeri président du conseil national au gouvernement ont nécessairement affaibli l’institution parlementaire et l’ont déstabilisée. Aujourd’hui on peut s’interroger sur la diminution effective du pouvoir du conseil national.
M.H.?: Pourquoi vous être éloigné de l’UP dont vous étiez membre fondateur?? T.G.?: On crée un parti à un moment donné et puis les choses changent. J’ai quitté l’UP en 2008 car je ne me sentais plus en phase avec ce mouvement politique et la lourdeur de son fonctionnement.
M.H.?: Vous déplorez le travail de vos anciens colistiers?? T.G.?: Beaucoup sont des amis ou des anciens collègues. Je ne veux pas les critiquer. Mais le constat ne peut être que dur concernant l’adoption des textes. Les lois significatives qui ont été votées jusqu’à maintenant ont été préparées lors de l’ancienne mandature. Il ne faut pas se leurrer?: il existe un déficit juridique tant au niveau du parlement que du gouvernement. Monaco est un Etat qui a les mêmes contraintes juridiques que les autres états et ne peut plus fonctionner correctement avec une dizaine de lois votées par an. Il faut trouver une solution pour accélérer le processus législatif.
M.H.?: Il faut dire que certains textes ont été retirés par le gouvernement, notamment parce qu’ils étaient trop amendés. Ce n’est donc pas seulement la responsabilité du conseil national?? T.G.?: Tout cela démontre les carences du fonctionnement législatif actuel. On ne peut pas continuer ces éternelles navettes entre le conseil national et le gouvernement. Il faut faire preuve d’innovation. On se doit de rester concurrentiel. Rappelons quand même, à titre d’exemple, que l’ordonnance sur les sociétés anonymes monégasques date de 1895 même si certaines dispositions ont été modifiées depuis… Inutile de dire que ce texte ne répond plus du tout aux attentes des acteurs économiques.
M.H.?: UP et UDM vont certainement se déchirer sur la question du logement. Pour vous, c’est toujours une priorité?? T.G.?: Clairement oui. D’autant que l’on ne peut qu’observer un déficit d’appartements domaniaux pour cette mandature. Mais le problème ne concerne pas que les logements domaniaux. Il faut s’interroger sur l’ensemble du parc immobilier. Il y a un certain nombre de locaux soumis au secteur protégé dans lesquels il est impossible de faire des travaux, compte tenu de leur défaut de rentabilité. Il y a aujourd’hui à Monaco une offre qui n’est pas au niveau du standing souhaité. Pour attirer des gens en principauté, il faut pouvoir leur proposer un parc immobilier avec un bon rapport qualité-prix. Comparé à la Suisse, par exemple, nous sommes loin du compte.
M.H.?: Quatre listes pour les prochaines élections, ce n’est pas trop?? Surtout si l’on se fie au résultat des nationales 2008?? T.G.?: Au moins, ce sera plein de suspense et cela promet des débats animés… Et puis rien ne l’empêche dans la loi. Il est certain que les listes qui ne présenteront pas 24 candidats seront pénalisées.
M.H.?: Vous pensez que cela va se calmer dans l’hémicycle?? T.G.?: J’espère car la situation est inquiétante pour les institutions et pour Monaco. On verra d’ici à 2013. D’ailleurs, si les choses se calment, peut-être que notre liste n’aura plus aucun sens. Il y a des sujets de fond importants à régler. On peut citer par exemple l’adoption de nouvelles règles pour les marchés publics afin d’éviter « les dérapages », la réforme de la fonction publique, la politique de santé… Le sujet de l’hôpital est révélateur du processus décisionnel?: on fait des annonces, on choisit un projet qui ne correspond pas aux besoins hospitaliers de Monaco, puis on renonce au projet choisi pour repartir de zéro?! Bilan?: des années et des millions d’euros de perdus?!
M.H.?: Le gouvernement s’est exprimé contre une éventuelle adhésion à l’espace économique européen. Y êtes vous favorable?? T.G.?: Certaines personnes veulent absolument adhérer, d’autres surtout pas. Pour avoir une discussion sereine et constructive, il conviendrait au préalable d’effectuer un bilan objectif?: avantage et inconvénient d’une adhésion, avantage et inconvénient d’une non adhésion. On sait que pour certaines professions comme les professions libérales, une telle adhésion serait catastrophique, alors que pour d’autres secteurs comme l’industrie, elle serait bénéfique. Après avoir effectué le bilan, il faudra apprécier la situation en tenant compte des secteurs d’activité sur lesquels la prospérité de Monaco pourra s’appuyer.
M.H.?: L’AS Monaco est toujours à la porte de la Ligue 2. Un financement déguisé de l’Etat via la SBM peut-il perdurer?? T.G.?: C’est exactement le même processus que pour l’hôpital. Renflouer l’ASM, ça ne me dérange pas à partir du moment où l’on répond à la question fondamentale?: que veut-on faire de ce club?? Est-ce que l’on veut d’un club qui joue les coupes d’Europe avec des retombées médiatiques extraordinaires?? Mais si c’est le cas, cela a un coût bien supérieur au « sponsoring » de la SBM qu’il faut accepter de payer. Ou alors veut-on fonctionner avec les jeunes du centre de formation et accepter l’aléas d’avoir des saisons sans?? Aujourd’hui, nous sommes entre les deux. On recrute des joueurs à plusieurs millions d’euros alors qu’on n’en a pas forcément la capacité.
M.H.?: Et votre option?? T.G.?: Si on a les moyens de le faire, il faut soutenir financièrement le club.
M.H.?: L’ASM contribue à l’image de Monaco. Et en parlant d’image, que pensez-vous de la campagne de communication du gouvernement?? T.G.?: Contrairement à ce qui serait politiquement correct d’indiquer, cette campagne ne me plait pas, elle me paraît prétentieuse. « Monaco, un rôle à part dans le monde », ça manque d’humilité. Pour moi, tous les pays sont à part.