Un appel à candidatures lancé par la direction des ressources humaines de la SBM pour deux postes de cadres dans le secteur des jeux américains passe mal.
Voilà la guerre entre les personnels des jeux américains et des jeux européens à la SBM relancée. Il aura suffi d’un appel à candidatures lancé par la direction des ressources humaines. L’offre : deux postes de « pit boss » dans le secteur des jeux américains à pourvoir, l’un au Sun Casino et l’autre au Café de Paris. La fonction consiste à gérer les employés d’un casino. Seulement, la proposition, telle que formulée par la DRH, déplaît. Les syndicats des cadres des jeux américains du Casino et du Sun Casino sont montés au créneau. Ils demandent l’annulation du concours. Les deux syndicats pestent contre l’ouverture des candidatures à l’ensemble des cadres des jeux ainsi que la méthode retenue pour le recrutement. Une délégation syndicale s’est rendue au conseil national, le 15 mai. Elle doit aussi rencontrer le gouvernement, le 21 mai, et tenir une assemblée générale, le 23 mai.
Avenant
Dans les faits, un organisme extérieur à la SBM va évaluer les postulants. Une première puisque le recrutement se fait habituellement par le biais de promotions internes dans chaque service. La direction des ressources humaines de la SBM ne fait là qu’appliquer l’avenant d’une convention, datant de 1982. Or, cet avenant n’a jamais été appliqué jusqu’alors. « D’habitude, les promotions se font à la discrétion de la direction parmi trois ou quatre personnes du service. Cet avenant n’a jamais été appliqué en 32 ans. Et puis les modalités du concours restent très floues. Pourquoi maintenant ? Comme par hasard, ça intervient au moment où se déroulent les négociations pour le statut unique pour les Jeux. La DRH lance un pavé dans la mare. C’est un bon moyen de mettre le feu au Casino », dénoncent des membres du syndicat des cadres des jeux américains du Casino, sous couvert d’anonymat. « Nous avions négocié avec la DRH un pré-accord verbal, qui a été totalement bafoué. Pendant les négociations sur le statut unique, il ne devait pas y avoir de concours », affirme l’un d’eux. « On va être stoppés dans nos carrières, enterrés à nos postes. C’est du harcèlement moral », dit un autre.
L’ouverture des candidatures aux cadres des jeux européens, « ennemis jurés » des jeux américains, passe très mal auprès du syndicat. Selon ses membres, la DRH de la SBM Agnès Puons favoriserait l’accès des cadres des jeux européens à leurs postes. « Les places de cadres sont limitées. Les employés et cadres des jeux européens ont fait un choix de carrière. Un choix pour gagner plus d’argent. Et maintenant, ils veulent récupérer les postes des jeux américains. Il faut que les choses soient justes. La Constitution mentionne qu’il ne doit pas y avoir de privilèges entre Monégasques », tance un membre de la délégation. Thierry Petit, secrétaire général du syndicat du Sun Casino, va plus loin, jugeant caduque l’avenant pour le poste de pit boss au Sun Casino. « Le Sun Casino n’est régi par aucun avenant. Nous, ça fait trente ans qu’on demande l’équité sur le plan salarial. La direction n’a jamais appliqué d’avenant à ce sujet », indique Thierry Petit.
La DRH étonnée
Dans les colonnes de Monaco-Matin, la directrice des ressources humaines de la SBM, Agnès Puons, a défendu la politique de recrutement décidée pour les deux postes. « Les salariés qui ont été systématiquement exclus des promotions auxquelles ils auraient pu prétendre, demandaient l’application de cet avenant depuis de nombreuses années. Ils ont d’ailleurs assigné la société à cette fin », a-t-elle déclaré. Interrogée sur la réaction des syndicats des cadres du Sun Casino et des jeux américains, Agnès Puons s’est montrée surprise. « La promotion sur la base d’une évaluation n’était pas habituelle au sein du secteur des jeux et le manque de transparence a été maintes fois dénoncé par les représentants du personnel. Elle constitue pourtant la seule garantie d’objectivité. Nous nous étonnons qu’un tel dispositif soulève de telles inquiétudes. » D’autant qu’une telle opposition intervient avant même que le concours ait eu lieu, laissant penser que l’évaluation serait truquée… Selon la direction, cette méthode d’évaluation existerait dans tous les casinos au monde. Il était donc logique pour le nouveau directeur des jeux John Galvani, arrivé il y a un an à Monaco, d’y recourir. On ose à peine imaginer quelle sera la réaction des syndicats en cas d’ouverture du casino 24h/24…
Renaissance favorisé ?
En attendant, Agnès Puons est formelle. A la SBM, il n’y a aucune volonté, comme le veut la rumeur, de favoriser le secteur des jeux européens au détriment des américains, et encore moins les membres du parti Renaissance, qui compte de nombreux employés du grand casino. Se prévalant de « la recherche de l’intérêt général », Agnès Puons rappelle qu’il s’agit de « recruter les éléments les mieux qualifiés pour occuper les cadres d’encadrement. » On verra si suite à la rencontre avec le gouvernement, les employés calmeront le jeu. Ou initieront, ce ne serait pas la première fois, une grève durant le Grand prix…



