Le président-délégué de la Société des bains de mer Jean-Luc Biamonti vient d’annoncer le recrutement d’un nouveau directeur des casinos pour relancer l’activité jeux. Pour connaître le reste de son programme d’actions, il faudra patienter.
Le processus de relance est déclenché. Un an après l’annonce du projet Renaissance, le président-délégué de la Société des bains de mer Jean-Luc Biamonti a fait acter son nouveau plan d’action par le conseil d’administration le 19 février. L’objectif affiché est ambitieux : « inscrire le groupe Monte-Carlo SBM comme le haut lieu d’excellence en Europe en matière de jeux, d’hôtellerie, de loisirs et de commerces de luxe », indique un communiqué. Comment ? Cela passera forcément par une relance de l’activité jeux, dont les recettes dégringolent ces dernières années. C’est pourquoi « le conseil d’administration a approuvé le principe du recrutement d’un directeur des casinos bénéficiant d’une grande expérience internationale. » Sa mission ? Rechercher de nouveaux clients, améliorer la gestion des opérations et la rentabilité de l’exploitation mais aussi préparer une future « direction monégasque des jeux ».
En attendant de trouver la perle rare — si elle n’a pas déjà été trouvée —, les deux co-directeurs monégasques des jeux Eric Schroeter et Patrice Solamito se voient proposer de « nouvelles responsabilités » (actuellement en cours de négociation avec les intéressés, selon la SBM). Dans cette période d’intérim, la direction des casinos est alors confiée à un comité, présidé par Jean-Luc Biamonti et composé des directeurs ou adjoints des 3 secteurs jeux (européens-baccara, américains et appareils automatiques), Jean-Marie Alfani, Jean-Claude Impert et Eric Guazzonne.
« Revenir sur des aberrations »
Du côté des employés de jeux, on prend acte de la nouvelle. « Le dialogue avec la direction générale est rétabli, confie Eric Elena, conseiller national Renaissance et secrétaire général du syndicat des jeux européens. On échange des idées, c’est très constructif. Je pense que cette nouvelle direction des casinos reviendra sur certaines aberrations comme la suppression des jeux de table au Café de Paris. » Mais pour beaucoup, l’incertitude plane. « Pour l’heure, en dehors de cette nouvelle direction des casinos, nous n’avons été informés de rien », souffle un croupier. Normal, indique-t-on dans l’entourage de Jean-Luc Biamonti : « Le président devait d’abord présenter le plan d’action cette semaine au gouvernement. » Et c’est sans doute le 25 mars prochain, lors de la prochaine commission mixte SBM, qu’il la présentera aux élus. D’ailleurs, le conseil national est sur le pied de guerre puisqu’un courrier a été envoyé aux syndicats des 3 secteurs (jeux, administration et hôtellerie) pour préparer cette commission mixte.
« Du sang neuf »
Du côté des actionnaires minoritaires, on reste aussi dubitatif. KBL Richelieu possède 0,5 % du capital de la SBM (soit 95 000 titres sur 12 millions) et le président de Richelieu Finance 2 % (380 000 titres). « La situation des jeux est très préoccupante. Alors que c’était la vache à lait de la SBM, ils sont en grosse difficulté. Après un pic à 260 millions d’euros en 2007, le chiffre d’affaires des jeux est tombé à 73 millions en 2012 ! La situation se dégrade trimestre après trimestre », analyse le gérant du fonds de fonds Jérémy Gaudichon pour qui une nouvelle direction des casinos apportera « du sang neuf, de nouvelles idées et une stratégie à la lecture de la situation nouvelle ». S’il attend avec impatience que soit dévoilée la nouvelle stratégie de la SBM, le gérant de KBL Richelieu a été plutôt surpris de la prise de fonction en janvier de Jean-Luc Biamonti, qui cumule désormais la présidence et la direction générale. « Ces deux fonctions sont dans les mains de la même personne. En terme de corporate governance, il y aurait beaucoup à redire. Il n’y a pas de contre-pouvoir. D’ailleurs, au sein du conseil d’administration il n’y a pas non plus d’administrateurs réellement indépendants. » Seul avantage à cette nomination : « Jean-Luc Biamonti est tout de suite opérationnel et connaît parfaitement la société. »
Cession d’actifs
Car les attentes sont nombreuses. Notamment en ce qui concerne les projets de nouveau Sporting d’Hiver et de rénovation de l’Hôtel de Paris. Pour le gestionnaire, on a avancé les charrues avant les bœufs, en lançant des projets sans avoir un financement solide. « Il ne serait pas raisonnable de faire porter un plan d’investissements estimé à 600 millions d’euros uniquement par l’endettement. Depuis des années, la société ne génère plus de cash flow. Quelles pistes vont alors être retenues ? » Jérémy Gaudichon suggère une cession d’actifs immobiliers pour financer les opérations. Dans son esprit, la vente d’actifs non vitaux pour l’exploitation hôtelière ou casinotière de l’entreprise, comme La Vigie ou le Balmoral, dégagerait une plus-value confortable. « Cela permettrait également de connaître enfin la valeur de ces actifs et d’aborder les investissements avec un bilan plus solide qu’aujourd’hui », ajoute le gérant.
Mains libres
Autre pavé dans la mare lancé par l’actionnaire minoritaire : « La direction aura-t-elle les mains libres s’agissant de la rationalisation de la masse salariale ? Par le passé, la société a été gérée pour l’intérêt politique de son actionnaire principal (l’Etat monégasque est actionnaire à près de 66 %, N.D.L.R.). De deux choses l’une. Soit la SBM joue le jeu à fond d’une société cotée en bourse avec un conseil d’administration ayant des membres indépendants, obéissant à une logique économique et non politique. Soit l’actionnaire principal maintient son cap et en tire les conséquences. La SBM devient alors une société nationale et les salariés des fonctionnaires. » Mais dans cette dernière hypothèse, pour le gérant du fonds de fonds, il s’agit alors de proposer une porte de sortie honorable aux actionnaires minoritaires… Ce discours commence d’ailleurs à devenir récurrent chez le gestionnaire. « La situation était tenable tant que la société gagnait de l’argent et qu’on touchait des dividendes. Depuis 2008, le cours de l’action a perdu 55 %, les charges salariales ont explosé et la redevance a grimpé de 13 % à bientôt 17 %… », liste-t-il. La position de cet actionnaire est on ne peut plus clair : « On est prêts à soutenir l’entreprise si à partir d’aujourd’hui, la société est gérée pour des considérations économiques. Si ce n’est pas le cas, on va droit dans le mur et on sera obligé de vendre les bijoux de famille le couteau sous la gorge ! » En clair, la situation presse et « il ne faut pas attendre que la situation devienne ingérable et incontrôlable… » Jérémy Gaudichon compte les mois.



