mercredi 22 avril 2026
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Une première dans l’histoire politique de Monaco

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la place du Casino
© Photo Fanny Cotin.

Depuis sa création en 1863, la Société des bains de mer alimente le débat politique. Et les promesses électorales. Mais c’est bien la première fois qu’une liste d’employés de la SBM se présente aux élections nationales.

En 2013, la Société des bains de mer et du cercle des étrangers fêtera ses 150 ans. Depuis sa création par Charles III en 1863, cette entreprise, alors présidée par François Blanc, a représenté un bassin d’emploi pour les Monégasques. Un poumon social qui, à chaque crise économique, a généré moult revendications politiques, axées sur la priorité nationale. On ne compte pas une élection sans que la SBM ait été au cœur des débats et des promesses électoralistes. Logique : le sujet est porteur. Aujourd’hui, sur 3 200 employés hors saison, on compte 600 Monégasques. « Dans toute famille monégasque, il y a un frère ou un cousin qui travaille à la SBM », reconnaît un candidat de la liste Renaissance. Avec cette liste d’employés SBM, on a toutefois franchi un cap. « Dans le passé, le dossier SBM est souvent revenu sur le tapis. Mais le fait qu’une liste d’employés de la SBM se présente aux élections nationales est bien une première. C’est un révélateur de la mauvaise conjoncture économique », analyse Félicitas Guillot, auteur du livre Reflets d’un siècle de vie publique monégasque, paru aux éditions Serrier.

Périodes de crise
L’Histoire de Monaco regorge en effet de conflits sociaux au sein de la Société des bains de mer à des périodes charnières ou de crises économiques. C’est bien simple, à peine sept ans après la création du casino, les Monégasques exigeaient déjà le respect de la priorité nationale au travers de la SBM. « En 1870, la main-d’œuvre locale lance un mouvement de protestation, teinté de xénophobie, contre la concurrence des travailleurs piémontais sur les chantiers de la SBM. Le 27 janvier, un cortège se forme, prend la direction du Rocher et, devant le palais, les manifestants réclament le renvoi des immigrés », relate le manuel de Thomas Fouilleron, Histoire de Monaco. Dans ses correspondances, l’écrivain Prosper Mérimée décrit l’ampleur de ces événements. « Le prince, qui avait aboli les impôts et gouvernait son Etat avec les jeux de M. Blanc, n’a pas gagné l’affection de son peuple, mais a irrité les appétits. Ce peuple demande à présent […] que les croupiers soient choisis parmi les habitants de Monaco. M. Blanc, menacé pour sa résistance à accepter des croupiers nationaux, s’est retiré à Nice ; le prince aussi… »
Les tensions à la SBM ont même mené à la première constitution monégasque de 1911, créant le conseil national. A l’époque, la crise sociale est devenue politique. Après avoir revendiqué une priorité d’emploi à la SBM et des changements dans la gestion de la société, les Monégasques ont demandé un droit de regard sur la gestion des affaires économiques du pays.

Politisation
En 2012, le sujet de la SBM est loin d’être épuisé. Au contraire. Depuis 20 ans, chacun dénonce, tour à tour, au gré des alternances politiques, une politisation de la SBM. Depuis 2003, la majorité UND tant décriée a été remplacée par une majorité UPM puis UDM. Mais les accusations de politisation demeurent, même si elles ne visent plus aujourd’hui le conseil national. Ciblant davantage les interventions des politiques, remettant en cause les décisions de la hiérarchie à tout bout de champ, et les luttes de pouvoir au sein du conseil d’administration… Un élu de la liste Renaissance au conseil national changera-t-il la donne ? Une solution viendra sans doute davantage du changement de dirigeants que l’on murmure à la tête de la société. Un changement paraît-il imminent qui permettrait de gagner en clarté. Conviendra-t-il pour autant aux candidats de la fameuse liste Renaissance ? C’est loin d’être assuré.

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