vendredi 17 avril 2026
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Stéphane Valeri : « Un Conseil national fort peut beaucoup »

Publié le

Elections nationales, J-11. Après Béatrice Fresko-Rolfo et Jean-Louis Grinda, Monaco Hebdo termine sa série d’interviews avec les trois têtes de liste engagées dans cette campagne électorale. Cette semaine, le chef de file de Priorité Monaco, Stéphane Valeri, a répondu à nos questions.

A 11 jours de l’élection, comment jugez-vous la qualité du débat dans cette campagne ?

Je regrette que nous ne puissions pas confronter, en toute objectivité, nos projets respectifs, avec un vrai débat dans un climat serein. Nous avons chez Priorité Monaco (Primo !) un projet tourné vers l’avenir, vers les Monégasques et le pays. Chez Horizon Monaco (HM), ils ont un projet tourné vers le passé et un projet commun avec Union Monégasque (UM), en ne cessant de dénigrer mon action publique au service de Monaco : celui de me cibler en permanence ! En un mot : « Barrons-lui la route ! ».

Quoi d’autre ?

Du côté de HM, il y a manifestement un problème de contenu. A mon sens, il n’y a pas de projet crédible. En revanche, ce qui est avéré aujourd’hui, c’est qu’il y a un vrai problème de méconnaissance des dossiers.

Et chez UM ?

Du côté d’UM, il y a davantage de structure idéologique. Mais leurs idées sont en déconnexion avec les réalités du terrain, celles de la vie des Monégasques. Pour ne prendre que deux exemples : vouloir confisquer le débat sur l’Union européenne (UE) aux Monégasques, en déclarant que ce ne doit pas être un sujet de campagne. Et que dire de leur proposition loufoque de vouloir raser notre stade Louis II !

« Chez HM, ils ont un projet tourné vers le passé et un projet commun avec UM, en ne cessant de dénigrer mon action publique au service de Monaco : celui de me cibler en permanence ! En un mot : “Barrons-lui la route !” »

Il y a eu des dérapages dans cette campagne électorale ?

Oui, il y en a eu de nombreux. Depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois, ni Madame Fresko-Rolfo, ni Monsieur Grinda, sans oublier de nombreux colistiers, ne sont capables de s’exprimer dans un point presse, une interview ou un meeting, sans me prendre pour cible, sans dénigrer mon action publique au service du pays et des Monégasques, ou sans énoncer à mon sujet des contre-vérités scandaleuses.

Stéphane Valeri
© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

Un exemple ?

Cela se traduit par exemple par la mise en œuvre de « fake news », ou encore par des positions agressives et mensongères sur les réseaux sociaux. Regardez simplement les titres des articles de presse qui les concernent dans cette campagne : la plupart me ciblent nommément. Pour peu, je serais presque responsable du réchauffement de la planète ! Ce n’est pas la campagne que méritent les Monégasques.

Pourquoi avez-vous dit qu’un débat à trois serait « inéquitable » ?

J’ai proposé un débat à Madame Fresko-Rolfo dès que celle-ci a été en mesure de présenter sa liste, tout comme à Monsieur Grinda dès que celui-ci a finalisé sa liste. Pour moi, le cadre doit être une succession de débats à deux, projet contre projet. Il n’est pas envisageable d’organiser un débat à trois, qui serait à la fois très confus, mais aussi inéquitable, dans la mesure où l’objectif commun et déclaré de Mme Fresko-Rolfo et de M. Grinda est de « barrer la route à Stéphane Valeri ». Je souhaite que ce débat ait lieu, les Monégasques le souhaitent aussi. C’est dans l’ADN de Primo ! depuis sa création : l’écoute, le débat, les propositions concrètes pour le pays et pour les Monégasques.

Ce débat aura donc bien lieu, c’est une certitude ?

Ce débat aura donc lieu avec Jean-Louis Grinda. Et je ne peux que regretter que Madame Fresko se soit exclue elle-même de ce dispositif. Quelles sont les vraies raisons ? Rien n’était plus juste pourtant qu’un débat où chaque participant aurait disposé de 50 % du temps de parole.

« Ce débat aura donc lieu avec Jean-Louis Grinda. Et je ne peux que regretter que Madame Fresko se soit exclue elle-même de ce dispositif. Quelles sont les vraies raisons ? »

Pour 2023, faudrait-il anticiper et rendre obligatoire la tenue d’un ou de plusieurs débat(s) télévisé(s) ?

Il est regrettable que le gouvernement n’ait pas prévu ce dispositif au moment de la conception de l’arrêté ministériel fixant les contours de la campagne officielle à la télévision. Si nous sommes élus, je m’engage à agir pour que cela soit mis en place pour 2023. L’arrêté devra prévoir l’organisation et les règles précises d’un ou de plusieurs débats, qui seront retransmis en direct sur Monaco Info.

Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans cette campagne ?

J’ai déjà pu le dire : les élections sont, par définition, des moments de tension. Si les réseaux sociaux sont un moyen nouveau d’être à l’écoute des attentes ou des réactions des Monégasques qui s’y expriment, on ne peut que regretter l’utilisation qui en est faite par certains. Ce qui frappe, c’est la virulence qui s’étale sur la place publique, de manière impulsive, non maîtrisée. C’est regrettable et parfois affligeant. Vous remarquerez que nos candidats sont, eux, mesurés et constructifs. Nous utilisons les réseaux sociaux comme le reflet de notre démarche : constructive, positive, tournée vers l’avenir et avec le respect de l’autre.

Stéphane Valeri
© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

Vous regrettez de ne pas avoir lancé votre application pour iOS et Android, comme l’a fait la liste concurrente HM ?

Je peux comprendre que, pour masquer l’absence de propositions concrètes, certaines stratégies de communication proposent de masquer le vide par un gadget qui fait « tendance ». En l’occurrence, cette application n’a que peu de portée. Et surtout, elle consulte des non nationaux, car tout le monde peut la télécharger. Les résultats des petits sondages que propose cette application sont donc faussés par des gens qui ne sont pas des électeurs et utilisés en communication de façon abusive.

La tête de liste HM, Béatrice Fresko-Rolfo a répondu aux critiques estimant qu’elle ne proposait rien : elle a avancé 100 propositions « nouvelles » lors de son meeting, le 15 janvier 2018 ?

Lors de ce meeting, ces « 100 propositions », c’est encore un artifice de communication utilisé pour en faire un slogan. Si on entre dans le détail, c’est creux…

Vraiment ?

Je prendrai un exemple parlant, la mesure 72 : « Nous veillerons à ce que le gouvernement ne prenne aucun engagement ferme et définitif avant le vote nécessaire d’une loi de désaffectation ». Vous parlez d’une proposition ! Encore une fois, et comme au début du mandat de Monsieur Nouvion et de Madame Fresko-Rolfo, nous parlons, non pas de propositions concrètes, mais de postures inutiles et inefficaces. Appliquée à l’extension en mer, cette méthode a montré que c’est la négation même du rôle du Conseil national, devenu une simple chambre d’enregistrement. Pour finir sur ce « programme », je regrette qu’à l’intérieur même de ce document qui devrait être constructif, se trouvent des encarts avec des panneaux de signalisation indiquant un danger pour à nouveau m’attaquer personnellement. Décidément, c’est une obsession !

« Rien de définitif et de précis n’est acté à ce jour, ni sur la restructuration du centre commercial de Fontvieille, ni sur l’îlot Charles III. Le gouvernement pourrait très bien ne pas faire de cinéma ou en faire un minimaliste »

Dans l’interview qu’elle a accordé à Monaco Hebdo (lire Monaco Hebdo n° 1045), Béatrice Fresko-Rolfo dit que les idées de Primo !, comme le multiplex de cinéma à Fontvieille ou la tour administrative à l’îlot Charles III, ne sont pas des idées nouvelles, mais du recyclage de projets déjà actés ?

C’est faux : rien de définitif et de précis n’est acté à ce jour, ni sur la restructuration du centre commercial de Fontvieille, ni sur l’îlot Charles III. Le gouvernement pourrait très bien ne pas faire de cinéma ou en faire un minimaliste. Et construire à la place de la tour administrative un bâtiment lucratif de bureaux, loués à des entreprises privées. Seule notre élection permettra de garantir ces mesures avec un cinéma multiplex de dernière génération et un pavillon du service public.

Du coup, vous maintenez que HM « ne connaît pas les dossiers » ?

Les faits parlent d’eux-mêmes. Quand Elodie Kern de Millo dit que je n’ai rien fait en tant que conseiller de gouvernement en faveur des maisons de retraites, je dois lui rappeler que pendant que j’étais au gouvernement, nous avons livré en 2010 la résidence A Qietüdine (70 chambres individuelles) et le centre de gérontologie clinique Rainier III en 2013 (210 chambres individuelles). J’ai veillé à faire lancer le chantier du Cap Fleuri 2 en cours de construction (80 chambres individuelles), puis j’ai programmé la reconstruction et l’agrandissement du Cap Fleuri 1, avec 130 chambres individuelles supplémentaires.

Et ensuite ?

Dans le programme de Primo ! figurent des propositions pour le prochain mandat : pour faire face aux besoins à moyen et long termes, nous veillerons à la création et à la préparation de nouvelles résidences. D’abord, sur les terrains de l’Annonciade 2, disponibles dès 2022. Que ce soit, au centre hospitalier Princesse Grace (CHPG), sur l’unité fixe de soins palliatifs, ou sur la mise en place d’une unité de prise de charge des adolescents victimes d’addictions, HM présente des propositions qui sont déjà mises en œuvre et tente de se les approprier. Donc, soit ils ne connaissent pas les dossiers, soit ils sont de mauvaise foi.

« UM considère que l’Europe n’est pas un sujet de campagne, nous si ! Comment pourrait-on confisquer aux Monégasques un sujet aussi important ? »

Le programme UM a été révélé le 16 janvier : qu’en pensez-vous ?

A la différence de HM, UM possède une structure idéologique, qui, évidemment, n’est pas la nôtre. J’estime qu’ils ne sont en phase ni avec les réalités, ni avec les attentes de la majorité des Monégasques.

Pourquoi ?

Deux exemples : avec le stade Louis II et bien sûr, l’Europe. Tout d’abord, UM voudrait raser notre stade. Tout le monde sait que c’est une idée loufoque. C’est une fois de plus une façon de faire du buzz. On ne peut pas le délocaliser chez nos voisins, qui n’en veulent pas, ou en mer pour un coût insupportable, alors que le Prince a dit qu’il ne voulait pas de deuxième extension en mer !

Et sur l’Europe ?

Sur l’Europe, notre approche est diamétralement opposée. UM considère que ce n’est pas un sujet de campagne, nous si ! Comment pourrait-on confisquer aux Monégasques un sujet aussi important qui met en jeu l’avenir de notre modèle économique et social, le droit fondamental de la priorité nationale et qui pourrait donc impacter considérablement l’avenir de nos enfants ? Ils ont une posture idéologique pro-UE. Alors que chez Primo !, c’est « Priorité Monaco » et non pas priorité Bruxelles. J’ajouterai le positionnement béat d’admiration devant la gouvernance de la Société des Bains de Mer (SBM) pour laquelle il y a pourtant tant à redire !

Stéphane Valeri
© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

La tête de liste HM, Béatrice Fresko-Rolfo, estime que, sur la question du logement des Monégasques, 3/5ème des promesses que vous faites ont déjà été votées par les élus de la mandature 2013-2018 ?

Dès qu’on parle de logement, Béatrice Fresko-Rolfo perd son sang-froid. Il est vrai qu’elle ne prévoit que la livraison de 200 logements dans la prochaine mandature. Pire, lors de son dernier point presse les masques sont tombés : par de savants calculs en manipulant les chiffres, elle va jusqu’à déclarer qu’en matière de besoins en logements domaniaux, « on arrive presque à zéro » : c’est consternant ! Pour nous, c’est clair : pour résorber d’abord la pénurie, puis pour suivre les besoins annuels, c’est 800 logements qui sont nécessaires ! De plus, nous sommes les seuls à proposer un dispositif précis d’aide nationale à la mobilité. Les seuls aussi à proposer la modification de la législation concernant le secteur protégé, pour imposer dans les reconstructions en remplacement des anciens immeubles, le maintien du nombre d’appartements et de surfaces protégées équivalentes à celles détruites. Les seuls également à demander des logements, et non plus une soulte financière, sur les surdensifications accordées aux promoteurs. Ainsi, nous obtiendrons des appartements pour les Monégasques dans tous les quartiers de leur pays.

Vous proposez d’autres mesures encore ?

Nous sommes les seuls, enfin, à demander au gouvernement de prendre en charge la caution et la commission d’agence exigée pour l’entrée dans un logement du secteur privé, tant que la pénurie ne sera pas résorbée. Pour résumer, nous sommes la seule liste qui refera du logement la priorité nationale absolue. Je l’ai déjà fait en 2003 et en 2008 en permettant à près de 1 000 familles monégasques d’être logées dans les domaines de l’Etat. Avec Primo ! nous le referons. Je m’y engage.

Béatrice Fresko-Rolfo estime que les élus de la mandature 2013-2018 ont « fait leur job » en construisant environ 100 appartements par an pendant 5 ans ?

C’est faux, dans leur propre programmes ils admettent n’en avoir fait construire que 172 sur le mandat qui s’achève. Alors comment la liste HM peut-elle déclarer, je les cite : « Le bilan de HM sur le logement est exceptionnel. Ceux qui vous disent le contraire vous mentent » ? Revenons simplement à la vérité des chiffres : après la commission d’attribution du 18 janvier 2018, près de 500 demandes reçues, dont une cinquantaine ont été invalidées par l’administration, pour 180 appartements attribués. Autrement dit : environ 300 familles dont les demandes sont avérées, sont laissées pour compte. Pire, à part une petite opération de 25 appartements, ils n’ont rien prévu avant la livraison de Testimonio II, dans 3 ans. Pendant 3 ans, la pénurie va encore s’aggraver, avec près d’une centaine de nouvelles demandes chaque année. Il n’y a vraiment pas de quoi pérorer : les Monégasques jugeront le 11 février.

Comment tenir vos promesses sur le dossier du logement ? Quels chantiers seront prioritaires et pourquoi ?

Nous les tiendrons grâce à ce plan global. Parmi les chantiers prioritaires, on peut citer celui de l’esplanade des Pêcheurs, du Grand Ida, du centre commercial de Fontvieille et, bien sûr, celui de l’Annonciade II. En plus de ces grands projets, il faudra aussi que le gouvernement participe activement à des remembrements pour lancer des opérations intermédiaires.

Quelles « fake news » vous ont le plus choqué ?

C’est la pratique qui est choquante. Sous l’influence de conseillers politiques parisiens, la liste HM a choisi d’essayer de faire déraper la campagne par une démarche de travestissement de la vérité. En sortant de leurs phrases d’origine des expressions ou des mots, en procédant à une reconstruction de phrases non prononcées et en faisant passer cet assemblage malhonnête pour des déclarations, HM s’est livrée ainsi à la pratique détestable pour les électeurs de la diffusion de « fake news ». Cette pratique, tristement connue à l’étranger et utilisée régulièrement par les démarches en perdition, ne doit pas avoir sa place à Monaco.

Comment jugez-vous la position du gouvernement dans le dossier des Jardins d’Apolline, avec la décision d’un début de travaux en février 2018 pour 36 à 40 mois ?

Nous comprenons le choix du gouvernement de ne pas attendre le temps judiciaire pour lancer les travaux permettant aux résidents de retrouver rapidement des appartements habitables en toute sécurité. Bien évidemment, n’ayant pas connaissance des expertises, il est difficile de se faire un avis sur l’ampleur des travaux à réaliser. Ce qui compte avant tout pour moi, c’est de prendre en compte la qualité de vie des résidents et de limiter les conséquences de cette crise de la construction pour eux.

« On ne peut pas se satisfaire de voir le gouvernement donner des marchés de plusieurs dizaines de millions d’euros de gré à gré, quelles que soient les circonstances »

Le gouvernement a décidé d’attribuer les travaux sans appel d’offres à JB Pastor, Satri et Engeco, qui ont bâti les Jardins d’Apolline : le ministre d’Etat, Serge Telle, a indiqué que Engeco, Satri et JB Pastor devraient travailler presque « à prix coûtant » ?

On ne peut pas se satisfaire de voir le gouvernement donner des marchés de plusieurs dizaines de millions d’euros de gré à gré, quelles que soient les circonstances. Le gouvernement a changé de position à plusieurs reprises, au lieu de se concentrer sur la mise en place d’un appel d’offres restreint, qui aurait très bien pu être réalisé ces derniers mois, au lieu de tergiverser. En effet, en octobre 2017, il a d’abord annoncé que le marché serait attribué en direct à l’entreprise JB Pastor & Fils. Puis, en décembre 2017, il a annoncé qu’il lancerait un appel d’offres restreint, avant de changer une nouvelle fois d’avis juste avant Noël, en déclarant avoir retenu de gré à gré ce groupement de trois entreprises. Enfin, nous avons appris cette semaine qu’il n’y en aurait finalement que deux, puisque la Satri s’est retirée. Quant au fait que ce soit « à prix coûtant »… J’attends de voir.

Pour la Société des Bains de Mer (SBM), vous souhaitez que le gouvernement redonne aux dirigeants des orientations stratégiques conformes aux intérêts de Monaco et des Monégasques : comment faire, concrètement ?

Tout d’abord, ces orientations stratégiques que nous voulons, quelles sont-elles ? Il est indispensable de remettre le secteur entier des jeux, européens, américains et jeux automatiques, au cœur des priorités de l’entreprise. Ce n’est plus le cas et ces dernières années la majorité des investissements et de l’énergie des dirigeants ont été consacrés au développement de la dimension immobilière de cette entreprise. Or, ce sont les jeux qui sont le premier pourvoyeur d’emplois, avec un bon niveau potentiel de rémunération, pour les Monégasques.

« Nous demanderons à ce qu’une partie du fonds de réserve constitutionnel amorce la création d’un fonds de retraite des fonctionnaires, qui serait ensuite auto-alimenté par ses propres produits, ainsi que par les cotisations, et des fonctionnaires, et de l’Etat »

Et pour les jeunes qui voudraient travailler à la SBM ?

Nous devons penser à l’avenir de nos jeunes qui doivent pouvoir trouver dans ces emplois un débouché, comme le prévoit le rôle social de la SBM. Les jeux ont toujours été un levier historique de la croissance de l’entreprise, ils ont toujours un grand potentiel à condition que la gouvernance de la SBM leur en donne les moyens.

La SBM respecte suffisamment la priorité nationale ?

Tout le monde le ressent, la priorité nationale n’est plus systématiquement respectée dans les évolutions de carrières, comme dans les recrutements et dans les appels d’offres pour les entreprises. C’est inacceptable pour une entreprise bénéficiaire d’un monopole concédé.

Que faire, alors ?

Il existe une commission mixte SBM-gouvernement-Conseil national, qui doit être utilisée par les élus des Monégasques pour faire entendre leur voix de façon forte et réclamer l’application de ces propositions. Et surtout, il y a les débats autour des lois de budget. C’est à ce moment-là que tout se joue. Un Conseil national fort et uni peut peser sur un certain nombre de choix décisifs du gouvernement, actionnaire majoritaire de la SBM. Faire jouer son rôle au gouvernement actionnaire ne doit pas rester une posture, comme ce fût le cas avec Laurent Nouvion et Béatrice Fresko-Rolfo.

Et avec UM ?

De son côté, la liste UM encense régulièrement la gouvernance actuelle de la SBM. Et nous, on nous reprocherait presque de vouloir nous en préoccuper ! Sur ce sujet comme sur les autres, l’esprit des institutions, la notion du pas vers l’autre, doivent prévaloir entre le gouvernement et le Conseil national.

Stéphane Valeri
© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

Combien coûtera chaque année à l’Etat la préservation du régime des retraites des fonctionnaires ?

Actuellement, environ 70 millions d’euros par an, sur un budget total de plus de 1,2 milliard. Rappelons que, alors que les fonctionnaires cotisent, l’Etat n’a jamais cru bon de contribuer par une cotisation employeur, à la manière du secteur privé, ce qui aurait permis la constitution d’un fonds de retraite dédié et préventif. Rappelons aussi qu’après avoir absorbé ce coût, les budgets de l’Etat restent très largement excédentaires ces dernières années. A plusieurs reprises, le ministre d’Etat a exprimé le souhait de revoir ce régime pour faire des économies. Si nous sommes majoritaires au Conseil national, ce ne sera pas négociable avec Primo !. D’autant plus dans un pays qui possède un Fonds de Réserve Constitutionnel (FRC) de près de 4,5 milliards.

Que fera Primo ! ?

Nous n’accepterons donc pas que ce soient les fonctionnaires qui fassent les frais d’une révision du régime, et souffrent donc d’un recul social. Avec nous, il n’y aura pas de remise en cause des trois classes au départ à la retraite, ni de remise en question du calcul sur les six derniers mois. Nous demanderons à ce qu’une partie du FRC amorce la création d’un Fonds de Retraite des Fonctionnaires (FRF), qui serait ensuite auto-alimenté par ses propres produits, ainsi que par les cotisations, et des fonctionnaires, et de l’Etat.

Comment doper le secteur économique et les entreprises monégasques ?

Il faut que les Monégasques soient les moteurs de la vie économique de leur pays. Un des éléments du modèle social monégasque, c’est la mise à disposition de locaux domaniaux, de commerces et de bureaux, pour les nationaux. Dans un pays où le foncier est à la fois rare et souvent inaccessible aux Monégasques, c’est pour nombre d’entre eux, le seul moyen de pouvoir s’installer et pérenniser leur activité. Or, ces derniers temps, le gouvernement a remis en cause ce pacte, en se comportant comme un propriétaire privé, à la recherche d’un profit plus important. Cette politique met en danger l’installation et la pérennité de l’activité de nombreux compatriotes, entrepreneurs, commerçants et professions libérales.

Sur ce sujet, quelle sera votre position, face au gouvernement ?

Nous veillerons à ce que le gouvernement revienne à la politique originelle qui a conduit à la création de ce secteur domanial, en demandant la fin de la pratique récente des augmentations brutales. Enfin, comme un symbole de la vocation de ce secteur, nous demanderons la création d’un « business center » domanial, réservé aux Monégasques, et à tarifs préférentiels, permettant aux porteurs de projet monégasques de démarrer une activité dans des conditions de confort et de services stimulantes. « Nous demanderons la création d’un « business center » domanial, réservé aux Monégasques, et à tarifs préférentiels, permettant aux porteurs de projet monégasques de démarrer »

« Nous demanderons la création d’un « business center » domanial, réservé aux Monégasques, et à tarifs préférentiels, permettant aux porteurs de projet monégasques de démarrer »

Les trois listes en course pour cette élection demandent pour les négociations Monaco-Union européenne (UE) le respect des « lignes rouges » fixées par le gouvernement : en quoi votre position sur ce dossier diffère ?

On parle souvent de ces « lignes rouges ». Que je sache pourtant à ce jour, le gouvernement ne les a jamais clairement définies. Pour mes adversaires, l’UE est avant tout un argument de communication électorale. Pour UM d’un côté, Jean-Charles Allavena dit même que l’Europe n’est pas un sujet de campagne ! Mais comment peut-on confisquer aux Monégasques ce sujet fondamental pour l’avenir du pays, pour eux-mêmes et leurs enfants ? Cette confiscation, cette volonté d’éluder le débat sur cette question essentielle, est bien la preuve que leur position eurobéate est impopulaire et minoritaire. Si cette approche l’emportait au Conseil national, oui, leurs élus n’hésiteraient pas à ratifier un traité pro-européen.

Et du côté de HM ?

Chez HM, c’est la confiance totale envers le gouvernement pour cette liste, qui adopte de plus en plus un positionnement pro-exécutif gouvernemental. Pour eux, un peu plus de communication suffirait, un peu plus de temps… Et à la fin, comme sur l’extension en mer, comme sur le Sporting d’hiver, ils finiraient par tout accepter, sans contrepartie.

Que proposez-vous pour les jeunes monégasques ?

D’abord, nous proposons une augmentation de 50 % des bourses d’études pour un coût d’à peine un peu plus d’un million d’euros. En effet, comment peut-on aujourd’hui, vivre, se loger et financer ses études, avec, en moyenne, 13 euros par jour ? Nous voulons ensuite renforcer les effectifs de la commission d’insertion des jeunes diplômés (Cid).

Comment ?

Avec, par exemple la création d’un poste dédié au retour des jeunes expatriés. Et puis, je tiens à deux mesures symboliques, comme la réouverture du Mood’s, c’est-à-dire d’un lieu incontournable de musique “live” et de convivialité pour la jeunesse, ainsi que l’organisation d’un grand concert annuel, choisi par un jury de jeunes et doté d’un budget important.

« On parle souvent de ces « lignes rouges ». Que je sache pourtant à ce jour, le gouvernement ne les a jamais clairement définies. Pour mes adversaires, l’UE est avant tout un argument de communication électorale »

Votre position sur la future usine d’incinération ?

Cette question doit être évoquée de manière responsable. Notre équipe refuse la démagogie simpliste de ceux qui prétendent, par souci électoraliste, se débarrasser de nos déchets vers des communes étrangères qui n’en veulent pas, au prix d’un ballet incessant de camions. De manière plus réaliste, nous recommandons la conception et la construction d’une usine modèle, parmi les plus performantes du monde, utilisant après une étude approfondie, les dernières technologies. Y compris celles qui éviteraient, à terme, le principe de l’incinération. Enfin, il faut rendre marginaux les volumes à incinérer avec comme objectif « zéro déchet » à terme, comme l’a fait la ville de San Francisco en 2002 pour 2020. Il s’agit notamment de ne plus brûler les déchets verts et de négocier la localisation en France, avec l’accord des élus français, d’un centre de méthanisation.

Concernant les questions de société, quelles avancées proposez-vous ?

Certains essaient de faire croire que je suis éloigné des sujets de société. Je dois rappeler que j’ai été, avec le docteur Mourou, à l’origine de la loi qui a donné aux mères monégasques l’égalité dans la transmission de la nationalité à leurs enfants. En 2003, dès mon élection, j’ai créé au Conseil national la commission des droits de la femme et de la famille. J’ai mis en marche le chantier de l’égalité des femmes qui a aussi abouti à l’égalité dans la transmission de la nationalité par le mariage. J’ai bataillé pour légaliser l’interruption médicale de grossesse, et c’était loin d’être acquis… J’ai donc démontré ma sensibilité sur ces questions.

Jean-Louis Grinda et UM proposent de dépénaliser l’avortement ?

Sur l’avortement, certains cherchent tous les cinq ans à provoquer ce genre de débat pensant ainsi gagner des voix, comme par hasard, au moment de la campagne électorale. Je le répète : la communauté monégasque est divisée sur cette question de l’avortement. Bien sûr, nous respections les opinions de chacun. Mais les hommes politiques responsables ne sont pas là pour accentuer les divisions. Sur cette question comme sur d’autres, je suis un pragmatique. Pourquoi introduire une lutte idéologique entre les pour et les contre, qui va nous diviser profondément et qui va mettre en difficulté le Prince ? On connaît les liens de notre Principauté avec le Vatican. Je ne m’engagerai pas dans cette voie.

Les inégalités hommes-femmes restent encore trop nombreuses ?

Il y a encore beaucoup trop d’inégalités entre les femmes et les hommes. Notre liste propose la création d’une commission de contrôle et de réclamation contre les inégalités salariales, dont sont victimes les femmes. Cette commission aurait à la fois un rôle pédagogique et dissuasif. Nous voulons aussi aller plus loin dans la lutte contre le harcèlement, renforcer l’action en faveur des personnes victimes de violences domestiques et créer un poste de délégué interministériel pour le droit des femmes.

Et concernant le statut de chef de foyer ?

Notre système de remboursement maladie et d’allocations familiales est beaucoup plus favorable que le système français. Dans ce contexte, ouvrir à tous la possibilité d’être désigné « chef de foyer » pousserait tous les couples mixtes, l’un travaillant en France, l’autre à Monaco, à choisir le régime monégasque. Ce qui aurait pour conséquence un déséquilibre budgétaire pouvant nuire à l’avenir de nos prestations sociales et mener soit à la baisse drastique des prestations, soit à des augmentations insupportables des cotisations. Donc évidemment, par principe, je serai favorable au libre choix, qui ne le serait pas ? Mais cette proposition de certains de nos adversaires ruinerait nos caisses. Elle est démagogique et électoraliste.

Ce statut de chef de foyer induit aussi des discriminations ?

Il faut mettre fin aux discriminations dont certaines femmes sont victimes par rapport à ce statut de chef de foyer, en faisant mieux connaitre l’allocation compensatoire versée par l’Etat, pour supprimer l’inégalité par rapport aux allocations familiales pour les femmes monégasques et déjà mise en œuvre lorsque j’étais au gouvernement. Il faut aussi créer une nouvelle allocation compensatoire versée par l’État, en matière de remboursement-maladie.

Un exemple ?

Lorsque la femme est fonctionnaire et le mari salarié du privé, l’allocation prendrait en charge les 20 % de taux de remboursement non versés dans le régime actuel du foyer. Seuls 80 % sont remboursés par la caisse de compensation des services sociaux (CCSS), alors que le service de prestations médicales de l’Etat (SPME) couvre à 100 %. C’est ce que nous proposons. Compte-tenu du faible nombre de femmes monégasques dans ce cas, le coût de cette proposition sera tout à fait raisonnable pour le budget de l’Etat. Ainsi, il sera mis fin à cette inégalité de manière pragmatique et concrète.

Vous avez appelé à une mobilisation massive de vos électeurs : gagner avec une courte majorité serait un demi-échec pour vous ?

D’abord, il est essentiel que les Monégasques participent de manière massive à ce scrutin pour témoigner de leur attachement à leur pays et à ses institutions. C’est un moment fondamental de notre vie démocratique. Les Monégasques doivent prendre part à l’écriture de leur propre histoire. Il s’agit aussi de donner la légitimité la plus forte possible au nouveau Conseil national. En effet, seule une majorité ayant obtenu une large victoire, dans un scrutin à forte participation, aura véritablement les moyens d’agir pour faire appliquer par le gouvernement le programme choisi par les Monégasques.

« Il faut rendre marginaux les volumes à incinérer avec comme objectif “zéro déchet” à terme, comme l’a fait la ville de San Francisco en 2002 pour 2020 »

Au vu de la fréquentation des meetings et du nombre d’adhérents à jour de cotisations, vous êtes loin devant les deux autres listes : la victoire de Primo ! semble inexorable ?

Tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie, personne ne peut dire qui va l’emporter. Tant que le dernier bulletin n’est pas déposé dans l’urne, rien n’est joué. Alors oui, nous avons rassemblé autour de notre démarche un nombre historique d’adhérents en très peu de temps et je n’avais jamais vu autant de compatriotes participer à nos réunions publiques hors soirées électorales traditionnelles. Ce sont des signes encourageants. Mais seul compte le résultat du 11 février 2018, au soir. J’appelle donc tous les Monégasques qui attendent un Conseil national fort, capable d’agir pour eux, capable de défendre leurs droits légitimes dans tous les domaines, que ce soit pour la priorité nationale, pour le logement, à la SBM, dans la fonction publique et bien sûr par rapport à l’UE, à voter massivement pour notre liste entière. Le vote utile et efficace, dimanche 11 février, c’est le vote liste entière Primo ! Priorité Monaco.

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