
Lors d’une conférence de presse, le président et vice-président du conseil national ont annoncé que le projet de la Villa Ida destiné à loger les enfants du pays serait enterré à court terme.
Le constat du président du conseil national Jean-François Robillon est pour le moins alarmant. « Le secteur intermédiaire est au point mort. On est à zéro construction, zéro solution. » L’épineuse question du logement des enfants du pays a été au centre des inquiétudes le 3 mai lors de la conférence de presse du conseil national. Et pour cause. Le projet emblématique du secteur intermédiaire, à savoir la Villa Ida située dans le quartier Plati — opération achetée en 2009 par le gouvernement pour une quinzaine de millions d’euros destinée à loger les enfants du pays — serait enterré à court terme. « Le gouvernement doit encore nous donner le résultat de l’appel d’offres. Mais selon nos informations, le montage proposé aux promoteurs ne conviendrait pas. Car le bail à construction prévoyait ceci?: permettre à l’opérateur de construire l’immeuble et récupérer ensuite l’investissement sur des baux étalés sur 25 ou 30 ans. Durée au bout de laquelle l’opérateur devait rentrer dans ses fonds, et l’Etat récupérer à terme le bâtiment et bien sûr le terrain. Apparemment, ce montage complexe, avec de tels baux, ne permettrait pas aux promoteurs de rentabiliser l’opération. Le dossier serait donc infructueux. On se retrouve au point de départ. Il n’y a donc pas d’opération Ida prévisible dans les prochains mois ou années », indique-t-il.
80 à 100 appartements disparaissent par an
C’est la douche froide. L’un des projets très chers au conseil national pour garder les enfants du pays sur le territoire monégasque serait donc en passe de partir en fumée. Pas question de laisser la situation en l’état. Le président et vice-président du conseil national ont exhorté le gouvernement « à trouver des surfaces pour mettre sur pied des opérations mixtes. » Tout en dénonçant un « manque manifeste de volonté politique. » Et Fabrice Notari de rappeler les trois voies possibles?: « Soit l’Etat remplace le secteur protégé par un secteur intermédiaire en le finançant lui-même. Ce qui est illusoire dans la période de restrictions budgétaires que l’on connaît. Soit on décide d’entériner l’idée que la fuite des enfants du pays est inévitable. Nous y sommes évidemment opposés. Soit, et c’est la solution que nous préconisons, il faut créer un secteur intermédiaire pour remplacer le secteur protégé qui va tôt ou tard disparaître », indique-t-il. Avant de rappeler l’hémorragie qui touche ce secteur spécifique?: « En moyenne, chaque année, 80 à 100 appartements y disparaissent. »
Secteur intermédiaire à la Condamine
Tout l’enjeu reste évidemment de trouver ces surfaces. Si le quartier de Monaco-Ville paraît « intouchable » en raison de son cachet historique et d’un ensemble urbanistique autour du palais princier qui ne peut pas être modifié, reste le quartier de la Condamine. Un quartier considéré comme le plus « apte » à pouvoir remplacer le secteur protégé par un secteur intermédiaire, puisqu’il contient des immeubles assez anciens. Mais là encore, les élus ont soulevé des interrogations. « Malheureusement, il y a une modification de l’ordonnance souveraine du quartier de la Condamine actuellement en cours d’élaboration qui ne nous semble pas propice à faire évoluer un quartier dans lequel on puisse créer un secteur intermédiaire. Car l’ordonnance ne prévoit pas, pour l’heure, suffisamment de droits à bâtir sur les immeubles actuels. Les remembrements seraient limités immeuble par immeuble, dans une volumétrie moindre, explique Fabrice Notari. Il n’y aurait donc pas la possibilité de construire de grosses unités et les parkings correspondants. Les services considèrent aujourd’hui qu’il faut rester dans une vision du quartier telle qu’elle est aujourd’hui, avec ses ruelles… Or nous pensons que l’on peut garder le cachet du quartier et ne pas le défigurer tout en offrant une certaine souplesse en termes de droits à bâtir. » L’exode des enfants du pays n’est donc pas prêt de se résorber…
En revanche, les contrats habitation-capitalisation se portent plutôt bien selon Fabrice Notari qui a annoncé un bilan au 10 avril du nombre de Monégasques qui se sont lancés dans l’aventure (1). 430 contrats ont été finalisés sur environ 1200 appartements disponibles au total. Soit 1/3 du «?parc?». « Ce qui représente une créance à l’encontre de l’Etat de 76 millions d’euros », a détaillé le vice-président. La baisse de l’apport minimal requis pour souscrire un contrat habitation-capitalisation – passé de 15 à 10% – a eu, selon lui, un effet positif.
(1) Le contrat habitation-capitalisation permet d’acquérir le droit d’habitation d’un appartement domanial contre le paiement d’un crédit à l’État monégasque.
Retraites?: calendrier très serré
«Le gouvernement nous met un peu la pression. Nous ferons le maximum pour étudier le projet de loi dans la sérénité. Mais dire dès aujourd’hui qu’on va le voter en septembre, je ne peux sûrement pas l’affirmer. » Le président du conseil national Jean-François Robillon ne masque pas son inquiétude. Car c’est en septembre prochain que le conseil national devra voter le texte sur la réforme des retraites. Or dans les mois qui suivent, l’agenda des élus est pour le moins chargé. Au mois de mai, difficile de caler des séances de travail entre les deux Grand prix (historique et F1) et les jours fériés. En juin, deux déplacements attendent les parlementaires. L’un à l’exposition internationale à Yeosu en Corée du Sud, l’autre avec le groupe d’amitié Conseil national/Sénat Français. Lors de la première semaine de juillet, pas moins de 400 parlementaires de l’OSCE seront également réunis en principauté. Autre rendez-vous important dans le calendrier?: le déménagement le 23 juillet dans le nouveau conseil national. Une seule échéance a pour l’heure été fixée. Les élus rencontreront la Fédération patronale le 15 mai. A noter enfin que le conseil national va demander à un expert indépendant de donner son regard critique sur le texte.



