Dans un hémicycle transformé pour l’occasion en agora citoyenne, le Conseil national a tenu, le 10 juin 2025 au soir, sa première réunion publique sur le thème de la priorité nationale. Une rencontre inédite, nourrie par les témoignages, parfois amers, d’un public venu faire entendre sa voix.
Les Monégasques seraient-ils lésés dans leur propre pays ? Les élus du Conseil national ont organisé, le 10 juin 2025 au soir, leur première réunion publique sur le thème de la priorité nationale. Une rencontre inédite. Parmi les cinquante personnes présentes ce soir-là, plusieurs ont pris la parole pour interroger les élus sur une inquiétude, devenue centrale : celle de voir les Monégasques eux-mêmes relégués au second plan dans leur propre pays. Une femme raconte avoir été évincée à deux reprises lors de recrutements dans la fonction publique : « J’avais le profil. Deux fois, c’est un Français qui a été choisi. » Du côté employeur, une autre personne, visiblement lasse, évoque un service de l’emploi peu actif : « On m’avait promis des candidatures monégasques. Je ne les ai jamais vues. » La tension est palpable. Derrière les témoignages, une même ligne : le sentiment d’un déclassement, d’un système qui tournerait sans eux. « Ce que nous disent les Monégasques, c’est qu’ils veulent reprendre le contrôle de leur destin dans leur pays », résume Thomas Brezzo, président du Conseil national.
Derrière les témoignages, une même ligne : le sentiment d’un déclassement, d’un système qui tournerait sans eux
Concurrence avec les Français
La réunion publique, première du genre sous cette forme, découle d’une volonté exprimée dès novembre 2024 lors de la restitution de la grande consultation nationale. Près de 75 % des répondants avaient alors souhaité l’organisation de telles rencontres. L’objectif : restaurer un dialogue direct entre les élus et les citoyens. Au fil des interventions, la question de l’accès à la fonction publique a occupé le devant de la scène. Actuellement, 993 Monégasques sont employés dans les services de l’État sur environ 4 000 fonctionnaires et agents, soit environ 25 % des effectifs. « Un chiffre stable, malgré la hausse du nombre de postes », observe Franck Lobono, président de la commission des intérêts sociaux. Pour lui, la tendance s’explique, en partie, par des aspirations nouvelles : une jeunesse diplômée, ouverte sur l’international et attirée par l’entreprenariat. Mais cette explication ne suffit pas à apaiser les soupçons d’injustice. Christophe Brico, également élu, propose d’aller plus loin : « Les Monégasques ne devraient pas être en concurrence avec les Français. Ce qu’il faut, c’est plus de transparence, et un vrai droit de regard du Conseil national. » Une hypothèse a été avancée : la création d’un recours dédié, en cas de non-respect avéré de la priorité nationale.
Thomas Brezzo a esquissé une piste : celle de créer une commission mixte, regroupant le gouvernement et le Conseil national. Celle-ci pourrait examiner les décisions de recrutement et proposer, en cas de litige, un arbitrage plus rapide
Quand le sentiment d’invisibilité s’installe
Au-delà du secteur public, certains dénoncent un manque de considération dans la vie quotidienne : au centre hospitalier princesse Grace (CHPG), dans les commerces, dans les restaurants. « On ne se sent plus toujours respecté en tant que Monégasque », regrette un participant. Une perception que Thomas Brezzo ne réfute pas : « On est désormais obligés d’aller faire valoir notre nationalité à l’étranger, pour qu’elle soit respectée ici. » Si certaines remarques touchent aux limites de la loi, d’autres interpellent directement les élus sur les mécanismes d’application de la priorité nationale. Le cas de la Société des bains de mer (SBM), par exemple, où les candidatures monégasques peineraient à affluer. Mikaël Palmaro, conseiller national, en appelle à un changement de regard : « La SBM n’est pas une voie de garage. C’est un vrai métier. Il faut le dire. Il faut remettre les Monégasques dans le jeu. »
Vers une commission mixte
La soirée s’est conclue après près de trois heures d’échanges. Thomas Brezzo a esquissé une piste : celle de créer une commission mixte, regroupant le gouvernement et le Conseil national. Celle-ci pourrait examiner les décisions de recrutement et proposer, en cas de litige, un arbitrage plus rapide. « La loi sur la priorité nationale existe. Ce n’est pas la loi le problème. C’est le respect qu’on en fait. »



