mardi 10 mars 2026
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Priorité nationale : les élus veulent renforcer son application

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Dans la soirée du 9 décembre 2025, les élus du Conseil national ont voté deux projets de loi sur la vaccination des enfants et la sécurité civile, et deux propositions de loi sur le statut des journalistes et sur la priorité nationale (1). En début de séance, c’est sur ce dernier sujet qu’ils ont insisté, en déposant une résolution.


« Certains principes intangibles définissent Monaco. Des principes sans lesquels notre modèle n’a plus de raison d’être. La priorité nationale en fait partie. Elle n’est pas négociable, elle n’est pas symbolique, et elle n’est certainement pas optionnelle. Elle est constitutionnelle. Et quand un principe est constitutionnel, c’est toute la Principauté qui doit être exemplaire dans sa capacité à le faire respecter. » C’est par ces mots que le président du Conseil national, Thomas Brezzo, a justifié le dépôt d’une résolution destinée à venir renforcer le respect de la priorité nationale à Monaco. Et pas question de voir dans cet objectif quelque chose d’extravagant, a-t-il assuré. « Soyons clairs : ce que nous demandons aujourd’hui n’a rien d’excessif. Nous demandons simplement que ce qui est écrit dans la Constitution [dans l’article 25 de la Constitution du 17 décembre 1962 — NDLR] soit appliqué strictement, équitablement, et sans contournements. »

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Pour appuyer leur démarche, les élus ont assuré avoir recueilli de multiples témoignages de Monégasques qui souffriraient de cette situation dans leur parcours professionnel. « Lorsque plus d’un tiers des Monégasques expriment un doute, ce n’est plus une impression : c’est un signal », a lancé le président du Conseil national, en se référant à la consultation réalisée par l’Assemblée l’an dernier (2). Les résultats ont été présentés en novembre 2024, et 37 % des Monégasques qui ont répondu à cette enquête, ont soulevé ce problème.

« Certains compatriotes, diplômés, expérimentés, ayant fait leurs preuves à l’international, peinent pourtant à trouver une opportunité pour revenir exercer ici, dans leur propre pays »

Marine Hugonnet-Grisoul. Conseillère nationale

« Cette résolution est nécessaire »

Pour mieux comprendre et évaluer l’ampleur de ce phénomène, les conseillers nationaux ont multiplié les contacts et les consultations. « Trois réunions approfondies avec l’administration, une réunion publique particulièrement dense, des échanges nourris avec les acteurs du privé, du public, de l’éducation nationale, de la santé et de la magistrature », a rapporté Thomas Brezzo, tout en indiquant que les conclusions ont montré que, si des progrès ont été constatés dans le respect de cette règle, il reste beaucoup à faire. « Des écarts persistants subsistent entre la règle telle qu’elle est écrite… et la réalité telle qu’elle est vécue par nos compatriotes. Or, dans une matière aussi vitale pour notre pacte social, le simple sentiment d’un manquement est déjà un manquement. C’est précisément pour cela que cette résolution est nécessaire. » Le texte du Conseil national se veut concret, a-t-il assuré : il « renforce les contrôles, il réarme l’État, et il prépare une véritable traçabilité de la priorité nationale dans tous les secteurs : privé, public, éducation, santé, magistrature. » Le rapporteur de cette proposition de résolution, Franck Lobono, n’a pas dit autre chose. Il a précisé que les mesures souhaitées concernent le secteur privé, la fonction publique, la direction de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, le centre hospitalier princesse Grace (CHPG), et la magistrature : « Dans tous ces domaines, les parcours de carrière et de mobilité doivent être améliorés, qu’il s’agisse des mécanismes administratifs de recrutement ou de suivi. Cette résolution vise à rendre la priorité nationale réellement opérationnelle, observable et mesurable. » Pour sa part, Marine Hugonnet-Grisoul a évoqué le cas des Monégasques qui partent faire des études à l’étranger : « Beaucoup de jeunes Monégasques poursuivent des études brillantes ou des carrières ambitieuses hors de nos frontières. Et certains compatriotes, diplômés, expérimentés, ayant fait leurs preuves à l’international, peinent pourtant à trouver une opportunité pour revenir exercer ici, dans leur propre pays. Cela ne doit plus arriver. La priorité nationale doit s’appliquer aussi à eux : les aider à revenir, à s’insérer dans notre économie, à mettre leur expertise au service de Monaco. Ne les oublions pas. »

Conseil National Thomas Brezzo SP - 09 déc-26-22
« Le Monégasque ne doit pas être celui dont la carrière progresse plus lentement, sans raison valable. Et il n’a surtout pas à accepter qu’on lui explique, dans son propre pays, qu’il doit se battre davantage que les autres pour profiter des mêmes opportunités. » Thomas Brezzo. Président du Conseil national. © Photo Conseil national
Conseil National Franck Lobono SP - 09 déc-26-7
« Dans tous ces domaines, les parcours de carrière et de mobilité doivent être améliorés, qu’il s’agisse des mécanismes administratifs de recrutement ou de suivi. Cette résolution vise à rendre la priorité nationale réellement opérationnelle, observable et mesurable. » Franck Lobono. Conseiller national. © Photo Conseil national

Secteur public et privé

Les recommandations des élus pour renforcer la priorité nationale à l’emploi s’articulent donc autour de plusieurs secteurs clés. Dans le secteur privé, il a été proposé d’augmenter les moyens humains et informatiques du service de l’emploi, notamment au sein de la cellule dédiée aux Monégasques et aux publics prioritaires. Une charte encadrerait désormais la rédaction des offres, pour limiter les critères subjectifs lors des recrutements. Les incitations financières seraient élargies : l’exonération de charges patronales pour l’embauche d’un Monégasque, de son conjoint ou de son enfant serait prolongée de deux à trois ans, directement prise en charge par l’État monégasque et étendue à tous les postes existants. Les conseillers nationaux souhaitent aussi que les services de l’Etat fassent la promotion de ces avantages auprès des employeurs, notamment via une mention systématique intégrée au téléservice d’offres d’emploi. Dans la fonction publique, plusieurs mesures visent à garantir la transparence des recrutements. Ainsi, une commission mixte serait saisie lorsqu’un candidat monégasque éligible est écarté au profit d’un non-national. Un représentant des ressources humaines serait obligatoirement présent lors des entretiens impliquant un Monégasque, qui, en cas de refus, recevrait les notes et les évaluations détaillées. La mobilité interne des nationaux serait renforcée, et la publication des avis de recrutement deviendrait obligatoire, lorsqu’aucun profil monégasque n’a été identifié.

CHPG et magistrature

Du côté de l’éducation nationale, le texte des élus recommande la titularisation ou le passage en contrat à durée indéterminée (CDI) des contractuels monégasques après un certain nombre d’années, une meilleure planification annuelle des recrutements, et l’ouverture du stage de certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES) aux conjoints de Monégasque. Au CHPG et dans la magistrature, l’embauche en surnombre serait permise pour les candidats monégasques qui remplissent les conditions, en attendant la libération d’un poste. Quant à la commission d’insertion des diplômés, elle se verrait chargée de relancer les « journées découvertes professionnelles ». Enfin, pour accompagner les parcours professionnels dans tous les secteurs, les recommandations faites par les conseillers nationaux prévoient le financement de bilans de compétences pour les Monégasques en recherche d’emploi, la création d’un droit à la formation élargi aux conjoints et enfants, ainsi qu’une hausse des budgets pour faciliter les reconversions et les montées en qualification. Votée en début de séance à l’unanimité des 17 conseillers nationaux présents, cette résolution doit désormais recevoir l’approbation du gouvernement monégasque.

1) Le projet de loi n° 1099 sur la sécurité civile a été voté à l’unanimité des 18 conseillers nationaux présents. Les élus absents étaient Christophe Brico, Jade Aureglia, Régis Bergonzi, Guillaume Rose, Karen Aliprendi et Brigitte Boccone-Pagès. Le projet de loi n° 1101 sur la vaccination obligatoire des enfants a été voté avec 14 voix pour, une abstention (Marie-Noëlle Gibelli) et deux voix contre (Nathalie Amoratti-Blanc et Nicolas Croesi). Les conseillers nationaux absents étaient Christophe Brico, Jade Aureglia, Régis Bergonzi, Guillaume Rose, Karen Aliprendi et Brigitte Boccone-Pagès. La proposition de résolution n° 35 sur la priorité nationale a été votée à l’unanimité des 17 conseillers nationaux présents. Les élus absents étaient Christophe Brico, Jade Aureglia, Régis Bergonzi, Guillaume Rose, Karen Aliprendi, Philippe Brunner et Brigitte Boccone-Pagès. La proposition de loi n° 275 sur le statut des journalistes a été voté à l’unanimité des 18 élus présents. Les absents étaient Christophe Brico, Jade Aureglia, Régis Bergonzi, Guillaume Rose, Karen Aliprendi et Brigitte Boccone-Pagès.

2) Au 31 décembre 2024, la Principauté comptait 9 883 personnes de nationalité monégasque. Entre le 11 septembre et le 10 octobre 2024, 2 768 questionnaires ont été traités, 1 811 questionnaires « papier » et 957 questionnaires validés sur Internet. Le profil des répondants était féminin (55 %), âgé de 55 ans et plus (55 %), et dessinait quelqu’un qui vit surtout dans les domaines de l’Etat (74 %), et se trouve autant actif que retraité (49 % pour chacun). Cette étude du Conseil national n’est pas un sondage, puisqu’aucun échantillon représentatif de la population monégasque n’a été construit et étudié. Il s’agit bien d’une consultation, analysée par l’Institut BVA XSight, à laquelle toute personne majeure et de nationalité monégasque pouvait répondre.

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