Le 24 janvier, la liste emmenée par Jean-François Robillon s’est réunie au Zen Zen à Fontvieille pour détailler son programme électoral. Un meeting, sans un mot pour le camp adverse.
Pas un mot sur l’affaire du Petit niçois… Ni sur le camp adverse. Ni même sur l’huissier de justice mandaté au meeting d’Horizon Monaco (voir par ailleurs)… Au Zen Zen, à Fontvieille, la liste Union Monégasque s’est cantonnée à détailler son programme électoral à ses militants. Sans prononcer un mot plus haut que l’autre. « Pas d’invectives, pas d’attaques, pas d’agressions, juste des propositions. Nous sommes au service des Monégasques et c’est la seule chose qui compte », pouvait-on lire sur le Facebook de la liste quelque heures après la réunion.
Sauf que, la tonalité du meeting électoral d’Horizon Monaco, qui se tenait le même soir au Théâtre des Variétés, a fait sortir de leurs gonds les troupes de Jean-François Robillon, accusées une nouvelle fois par le camp Nouvion, d’être les instigateurs des articles à charge publiés dans l’hebdomadaire niçois. « Trop c’est trop », a répliqué Union Monégasque. Le lendemain, via un communiqué, la liste a dénoncé « des candidats Horizon Monaco enfermés dans une spirale destructrice de diffamations. » (voir article p. 12)
« L’ignorance des opportunités »
Alors que la liste Horizon Monaco tirait à boulets rouges sur ses adversaires politiques, les candidats Union Monégasque ont donc, de leur côté, décliné, pendant un peu plus d’une heure, leur programme électoral. Au menu des débats : la fonction publique d’abord. C’est l’ex-directeur de l’administration monégasque, Claude Cottalorda, qui a d’abord dressé un état des lieux chiffré de ce secteur, qui représente selon lui « un véritable gisement d’emplois » pour les Monégasques, avec en tout « 6 500 postes. » Sauf que, dans certains services, la part de nationaux reste relativement faible. A la mairie par exemple, les Monégasques ne sont que 160 sur 640 employés. Part encore plus faible au CHPG où sur 1 900 postes, 60 seulement sont des nationaux. L’une des difficultés selon Claude Cottalorda est « l’ignorance des opportunités. » « Très peu de Monégasques connaissent toutes les opportunités qui peuvent s’ouvrir dans la fonction publique. Les avis de recrutement sont effectués au coup par coup », a-t-il déploré. D’ailleurs, pour que les jeunes Monégasques puissent anticiper leur choix de carrière, UM souhaiterait que soit réalisée une gestion prévisionnelle des effectifs de la fonction publique. Objectif : identifier en amont les postes vacants à 5-10 ans, et donc les futures opportunités pour les Monégasques.
Autre priorité avancée par UM dans ce domaine : la création d’une commission du respect de la priorité nationale. « Une idée émise depuis longtemps par la majorité du conseil national et reprise par l’opposition dans son programme », a encore souligné Claude Cottalorda. Une priorité nationale qui doit d’ailleurs s’appliquer, selon eux, pas « uniquement aux emplois publics ou privés », mais aussi aux contrats de sous-traitance. « Des entreprises monégasques ont des marchés et sous-traitent à des entreprises hors de Monaco. Ce n’est pas normal », a lancé l’élu-candidat Gérard Bertrand. Même topo pour l’attribution des locaux commerciaux dans les Domaines « qui doivent être réservés aux nationaux. »
2 % de Monégasques dans le privé
Autre question délicate abordée durant la réunion : la discrimination à l’emploi des Monégasques dans le secteur privé. Selon UM, seuls 2 % de Monégasques y travailleraient, alors que la priorité à l’emploi s’applique également. « J’ai connu des Monégasques qui masquaient leur nationalité pour postuler dans le privé. La réalité est que les employeurs ont peur, s’ils recrutent un Monégasque, de ne pas pouvoir s’en défaire en cas de difficultés. C’est un frein à l’embauche, a déploré Gérard Bertrand. Il faut absolument que les employeurs changent de mentalité. Un Monégasque est un salarié comme un autre. S’il ne satisfait pas, il peut être licencié comme tout le monde. Un Monégasque n’est pas un superprotégé. » Le candidat a également exhorté les jeunes nationaux à s’orienter vers le secteur libéral, pour devenir avocats ou médecins par exemple, car les Monégasques bénéficient « de facilités d’installation. » Voire, à créer leurs propres entreprises. « Des aides existent avec notamment des exonérations de charges patronales ou bien des aides au loyer pendant deux ans. »
Commerces locomotives
Pour rebooster la dynamique commerciale à Monaco, UM — comme Horizon Monaco d’ailleurs — estime qu’il faut réfléchir à « une politique globale d’urbanisme commercial. » Mais aussi attirer des « commerces locomotives. » « Pourquoi la galerie du Métropole fonctionne ? Parce qu’il y a la Fnac. Pourquoi le Centre commercial de Fontvieille fonctionne ? Parce qu’il y a Carrefour. Alors pourquoi ne pas installer dans les quartiers, notamment au boulevard des Moulins, des enseignes attractives. On pense, pourquoi pas aux marques Applestore, ou Nespresso », a encore expliqué Gérard Bertrand qui souhaite également la création d’un véritable « institut du commerce. »
Futur et innovation
Dans la foulée, c’est le “Monsieur biotechnologie” d’Union monégasque, Maurice de l’Arbre, qui a plaidé pour la création d’un pôle dédié à ce secteur à Monaco. « Il faut miser sur le futur et l’innovation. Les biotechnologies sont en train de se développer d’une façon fulgurante. Il ne faut plus attendre, il y a des milliers d’emplois qui nous attendent », a indiqué celui qui souhaiterait voir débarquer à Monaco des « futurs Steve Jobs. ». Son astuce pour attirer ces start-up en principauté ? Organiser des congrès à Monaco ou encore, leur proposer des exonérations fiscales. Des entreprises qui auront aussi comme avantage de ne pas être gourmandes en m2. « Ce n’est pas un rêve, ce n’est pas une vue hypothétique. D’autres l’ont fait. Le Chili a attiré des dizaines de start-up dans son pays, pourquoi pas nous ? Une fois sur le territoire, il faudra en revanche, les obliger à utiliser de la main d’œuvre monégasque. Quitte à la former, ou à la mettre à niveau », a-t-il enfin indiqué.
« Un mur du Gouvernement »
Dernier point abordé : la délicate question des enfants du pays. « Ce sont des personnes qui sont nées à Monaco, qui ont fait leurs études, qui ont défendu le pays, qui y ont fait leur vie, qui ont bâti leur famille. Et ces enfants n’ont aucune reconnaissance du pays. Quand est-ce l’on va penser à eux ? », a lancé un participant. « Vous prêchez un convaincu. J’étais moi-même enfant du pays, a répondu Gérard Bertrand. Nous savons que tous les ans, il y a des enfants du pays qui quittent la Principauté. Mais on se heurte à un mur du gouvernement. Cela fait 10 ans que l’on demande un secteur intermédiaire pour pouvoir les loger. » Une situation également qualifiée « d’injuste », par Maurice de l’Arbre. « On imagine parfaitement la rancœur que l’on peut avoir lorsque l’on a passé sa vie à se dévouer pour la principauté. Personnellement, je souhaiterais que, tout de suite après les Monégasques, il y ait une priorité nationale absolue pour les enfants du pays. Si on ne le fait pas, on accroît encore l’injustice. »



