
C’est confirmé. Le président du conseil national Jean-François Robillon sera bien le chef de file de la liste Union des Monégasques. Une liste en gestation qui se fera avec « les composantes majoritaires » de l’Unam… Interview relue et amendée.
ELECTIONS 2013
Monaco Hebdo : Après deux ans de bouleversements, depuis le départ de votre prédécesseur Stéphane Valeri pour le gouvernement en 2010, la majorité parlementaire a-t-elle retrouvé une certaine stabilité ?
Jean-François Robillon?: Pour l’élection du président du conseil national au mois d’avril dernier, tous les élus de UDM, de l’Union nationale pour l’avenir de Monaco (UNAM) et les vrais indépendants Pierre Svara et Philippe Clerissi ont voté pour moi. À l’inverse, lorsque Laurent Nouvion s’est présenté à la présidence de la commission de législation, il n’a eu que 4 voix?: la sienne, et ses trois soutiens, Christophe Steiner, Marc Burini et Christophe Spiliotis-Saquet. Il y a donc depuis un an une majorité stable et conséquente au conseil national. C’est une majorité d’idées et d’élus qui veulent réaliser le programme UPM choisi par les Monégasques en 2008. Nous mettons toute notre énergie, non à nous quereller mais à travailler pour nos concitoyens.
M.H.?: A sept mois des élections, quel est le bilan de la réalisation du programme UPM??
J.-F.R.?: De nombreux engagements ont été tenus. Les plus emblématiques sont l’égalité homme femme avec la loi sur la nationalité et la politique en faveur du logement domanial qui s’est concrétisée avec le Contrat habitation-capitalisation et la construction de nouveaux appartements domaniaux. Comme la majorité s’y était engagée en 2008, nous aurons permis la livraison de 500 appartements domaniaux d’ici à la fin de l’année 2013, et 200 appartements supplémentaires d’ici à 2014. A savoir 100 logements de la résidence Athena, 240 pour les Jardins d’Apolline et 120 pour Canton et Tamaris et les près de 200 appartements de la Tour Odéon. Ce sont là des chiffres qui parlent d’eux-mêmes et s’imposent à tous.
M.H.?: Vous aviez déclaré que vous mèneriez la liste qui se présentera avec l’UDM. Vous le confirmez??
J.-F.R.?: Je suis président d’honneur de l’UDM et président du conseil national sortant. Il est logique que je me présente à la tête de cette liste UDM.
M.H.?: Beaucoup d’élus sortants se représentent-ils??
J.-F.R.?: Le travail de parlementaire est exigeant et épuisant. C’est un véritable engagement civique, et un choix personnel lourd. On ne se présente pas à la légère. Nos candidats possibles me donneront bientôt leur décision. Des discussions sont en cours, des primaires auront lieu à la rentrée.
M.H.?: Quand le ferez-vous?? Avez-vous un calendrier??
J.-F.R.?: Le calendrier est imposé par la nouvelle loi sur le financement des campagnes électorales. La précampagne électorale démarre le 3 octobre. Même si nous n’avons aucune obligation légale de déclarer une liste avant le début de la campagne officielle — soit trois semaines avant les élections —, il faut être transparent et clair vis-à-vis des électeurs mais aussi vis-à-vis de nos colistiers. Certains prétendent qu’il vaut mieux attendre encore pendant des mois pour se positionner. Attendre quoi?? Pour savoir qui pèse le plus lourd et vers quelle direction tend l’opinion publique?? Cette position opportuniste n’est pas défendable. Soyons clairs, dès le mois de juin 2007, les alliances pour la liste UPM avaient été soudées. Je ne vois pas pourquoi aujourd’hui ce serait impossible à la fin juillet.
M.H.?: Alors quelle est votre stratégie?? Monter une liste d’union nationale comme Rassemblement & Enjeux??
J.-F.R.?: La stratégie de l’UDM, c’est de lancer la campagne dès le mois d’octobre. Nous allons formaliser un noyau de liste en septembre et poursuivre en octobre nos rencontres avec les Monégasques avec des soirées thématiques (SBM, logement, fonction publique, droits des femmes). Notre sigle UDM signifie Union des Monégasques… Nous ne sommes pas là pour diviser les Monégasques mais pour les unir derrière le prince. Nous allons donc réunir des gens qui ont envie de représenter les Monégasques et de faire avancer Monaco. Cette liste d’union défendra la volonté d’unir les Monégasques autour du prince et des institutions.
ALLIANCES
M.H.?: Vous recherchez des alliances avec d’autres partis en dehors de l’Unam et des personnalités de la société civile??
J.-F.R.?: Les discussions avec l’Unam sont bien avancées. Les composantes majoritaires de l’Unam seront dans l’alliance qui se présentera avec l’UDM aux prochaines élections. C’est très clair. Ils l’ont d’ailleurs écrit dans le dernier courrier du conseil national.
M.H.?: Et avec l’UP??
J.-F.R.?: On a eu plusieurs heures de discussions, fait des propositions au président actuel et à l’ancienne présidente pour trouver les fondements d’une alliance. A chaque fois qu’on parle d’alliance avec l’UP, ils restent très évasifs.
M.H.?: Selon Patrick Rinaldi, le président de l’UP, vous avez posé un ultimatum pour sceller une alliance à la fin juillet??
J.-F.R.?: Je n’ai posé d’ultimatum à personne. Mais il faut être clair. A la fin juillet, nous devons avoir une réponse ne serait-ce que pour des questions pratiques. Le mois d’août est un mois de vacances et en septembre, nous avons l’inauguration du conseil national, une séance extraordinaire puis les primaires de l’UDM. Il faut donc que la clarté soit faite d’ici la fin du mois.
M.H.?: Des primaires de liste ou internes à l’UDM??
J.-F.R.?: Le comité directeur n’a pas encore tranché. Le président de l’UDM Jean-Sébastien Fiorucci s’est exprimé pour une primaire de listes qui permet de faire, de manière démocratique, une pré-sélection des candidats par tous les Monégasques. Mais cette question fait partie des discussions que nous devons avoir avec les partenaires de la liste. S’il y a des primaires, l’UDM devra être en mesure de choisir le nombre de candidats qu’il va présenter sur la liste. Et s’il n’y a pas d’accord en amont avec les partenaires, on ne peut donc connaître ce nombre et organiser des primaires… Si on ajoute les indépendants, les candidats Unam et UDM, nous comptons déjà 30 candidats possibles pour les prochaines élections et je rappelle que sur une liste il n’y a que 24 places.
M.H.?: L’UP et R&E dénoncent les dérives parlementaristes de votre majorité (retraites, proposition anti-discrimination)??
J.-F.R.?: S’agissant de l’UP, vous comprendrez que ces communiqués et déclarations laissent peu augurer d’une volonté véritable de sceller une union… De manière générale, ces arguments ne sont pas étonnants. Ils sont repris à chaque campagne électorale par l’équipe de Nouvion et ses prédécesseurs. Leur stratégie a toujours été de faire peur aux Monégasques. Nous avons démontré à maintes reprises que nous sommes pour la monarchie constitutionnelle et héréditaire et que nous n’avons aucune volonté de transformer le système en régime parlementaire. Quand on a rien à dire, rien à proposer, la seule chose qui vous reste, c’est de diaboliser l’adversaire?!
M.H.?: Il est toutefois vrai que le prince Albert a réagi par voie de communiqué à deux reprises, suite à des déclarations de la majorité sur la justice monégasque et la réforme des retraites. Comment l’avez-vous vécu??
J.-F.R.?: Il y a eu deux communiqués du palais certes, sur deux problèmes bien précis. Mais il y a eu un quiproquo, un malentendu sur ce qui a été dit puis transformé. Sur le dossier des retraites, nous n’avons à aucun moment remis en cause les prérogatives du chef de l’Etat et la possibilité du prince de convoquer une session extraordinaire. Nous avons juste indiqué que l’initiative d’une telle convocation ne viendrait pas du conseil national comme cela est possible sur le plan constitutionnel?! La preuve qu’il n’y a pas de problème avec le prince est d’ailleurs ce qu’il a déclaré par la suite. A savoir que la discussion que nous avons eu suite à ce communiqué avait été constructive et que les amendements de l’assemblée seraient regardés avec bienveillance.
M.H.?: En tout cas, le clivage entre les pro et les anti européens semble ravivé aujourd’hui??
J.-F.R.?: Ce n’est pas nouveau. La majorité UND a été contrainte par le prince Rainier de voter différents textes préparant l’adhésion au Conseil de l’Europe (modifications de la loi électorale, de la constitution, etc). A l’époque, un communiqué du prince Rainier avait en partie causé la chute de Campora car sa réaction avait été très ferme. Laurent Nouvion perpétue cette tradition anti conseil de l’Europe. Il se positionne aussi contre la souveraineté de Monaco. Car en réalité, l’entrée dans le conseil de l’Europe a permis des gains de souveraineté considérables pour Monaco, ne serait-ce que par l’accès à tous les postes de la fonction publique pour les Monégasques. Un Monégasque peut désormais devenir ministre d’Etat?! Rappelons aussi que sur un autre dossier, celui de l’Espace économique européen, nous avons été les seuls à déclarer que nous étions contre l’intégration de Monaco dans l’EEE. Alors que le secrétaire général de R&E avait déclaré dans une interview parue en février 2011 dans votre journal que l’adhésion de Monaco « à l’EEE ou à l’UE sont irréversibles » et qu’il n’en « rejetait pas a priori le principe »…
M.H.?: Oui mais pour l’UP, aujourd’hui, on serait arrivé au bout des concessions acceptables exigées par Strasbourg??
J.-F.R.?: Des réserves inscrites au moment de l’adhésion protègent les Monégasques. Mais le gouvernement et le conseil national sont là pour défendre les spécificités nationales qui sont, de toute façon, reconnues par le conseil de l’Europe. Le président de l’assemblée parlementaire Jean-Claude Mignon nous l’a encore rappelé en avril, lors de sa venue en principauté. Soyons clairs?: aujourd’hui Monaco n’est pas dans la ligne de mire du conseil de l’Europe. Il n’y a à ce jour aucune pression sur Monaco émanant de Strasbourg. Il s’agit uniquement de fantasmes de messieurs Nouvion et Rinaldi. A contrario, la délégation monégasque qui siège au conseil de l’Europe peut défendre Monaco quand la Principauté est attaquée, comme ce fut le cas récemment dans un débat sur les paradis fiscaux auquel Monsieur Nouvion, pourtant membre de cette délégation, n’a pas souhaité assister pour défendre son pays…
REFORME DES RETRAITES
M.H.?: Sur le dossier des retraites, vous vous êtes prononcé en faveur d’un taux fixe. Quelle hausse des cotisations proposez-vous??
J.-F.R.?: La commission des intérêts sociaux a envoyé une liste de questions au gouvernement tout début juillet. On attend toujours les réponses pour proposer des amendements?! Le temps inhabituellement long qu’aura pris le gouvernement pour nous répondre démontre à lui seul que les questions de la majorité sont justifiées. Sur le principe, dès la présentation du texte aux élus par le gouvernement lors de la commission plénière d’étude du 24 avril dernier, j’ai indiqué qu’il fallait préserver les prérogatives du conseil national et fixer dans le texte le taux de la cotisation patronale et salariale. Quitte à y revenir dans 5 ans. S’il y a besoin de modifier à nouveau les taux de cotisation, il est capital que le débat soit sur la place publique. Mettre en place des taux variables nie les prérogatives du conseil national. C’est d’ailleurs ce que nous avions défendu et ce qui a été acté pour la réforme des droits de mutation. Un prélèvement obligatoire qui pèse sur les salaires et les revenus des employeurs est assimilable à un prélèvement fiscal. Les investisseurs qui viennent s’implanter en principauté doivent connaître le taux de prélèvement des charges sociales. C’est une question de sécurité juridique et sociale.
M.H.?: L’idée du gouvernement, c’est de faire une réforme pour 40 ans. Vous y croyez??
J.-F.R.?: Non pas du tout. C’est illusoire de penser savoir ce que l’économie monégasque sera en 2050. Où mettra-t-on 125?000 salariés?? Et si l’économie n’est pas assez dynamique?? Le taux de croissance de 2,5 % annuel est un pari. Mais dans ce domaine, c’est difficile d’admettre que l’on adopte une loi pour les 40 prochaines années.
M.H.?: Vous allez introduire un amendement inscrivant les conditions d’une retraite minimale??
J.-F.R.?: Nous sommes les seuls à pouvoir amender le texte désormais. Nous attendons l’évaluation du gouvernement de la retraite minimale. Dans le premier projet déposé au conseil national en 2005, le regretté Denis Ravera, alors conseiller pour les affaires sociales, avait fait une proposition très concrète. Que les personnes ayant cotisé 37 annuités à Monaco puissent obtenir le Smic net plus 5 %. Cela concernait 99 personnes à l’époque.
M.H.?: Un clash avec le gouvernement est-il possible sur ce texte??
J.-F.R.?: Nous allons travailler pour que ce texte de loi soit voté, comme le souhaite le prince. L’esprit des institutions, c’est la recherche du consensus. Arriver à trouver une solution acceptable par le conseil national et le souverain qui sont colégislateurs. Et puis Michel Roger a toujours été un homme de dialogue. Je suis convaincu qu’un échange constructif de responsable politique à responsable politique amènera à ce consensus.
M.H.?: Nouvion dénonce la complicité conseil national-gouvernement??
J.-F.R.?: Il faut savoir. Soit on se couche devant tout le monde et je ne vois pas pourquoi on nous fait des procès en parlementarisme… Soit on dit non au gouvernement et on bloque le système?? Tout ceci est de la pure démagogie.
BUDGET
M.H.?: Etes-vous satisfait du budget rectificatif??
J.-F.R.?: Hors provision pour l’hôpital, on est à +5 millions. Ce qui signifie que le déficit est abaissé à 35 millions d’euros avec la provision. Nous prenons le pari que nous serons à l’équilibre à la clôture. Les dépenses de frais de fonctionnement sont stabilisées et les dépenses d’équipement augmentent de 2 % pour la première fois depuis des années.
Ce budget rectifie très peu de lignes. Seulement une dépense de 4 millions pour le rachat de la sortie de la ZAC Saint-Antoine.
M.H.?: L’Imsee vient de rendre publique son étude sur les besoins en logements après 2014. L’étape d’après est de savoir où les construire. Disposez-vous d’informations sur les opérations Annonciade 2, Testimonio et le projet d’extension en mer??
J.-F.R.?: Lors de la réunion de la commission des finances du 17 juillet dernier, la majorité du conseil national a posé toutes ces questions au gouvernement. Hélas, comme à leur habitude, les élus de l’opposition sont arrivés à cette réunion les mains dans les poches et l’ont quittée en démontrant qu’ils ne s’étaient même pas donnés la peine de lire le projet de budget rectificatif pour 2012. Je regrette cette attitude peu respectueuse du mandat que leur ont confié les Monégasques. Pour en revenir à la question, l’IMSEE estime les besoins après 2014 à 323 logements jusqu’en 2022. Lors du budget primitif pour 2013, le gouvernement devra donc s’engager sur des projets concrets de construction de logement domaniaux de nature à répondre à ces futurs besoins.



