mercredi 22 avril 2026
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Conseil national : Thomas Brezzo prêt à succéder à Brigitte Boccone-Pagès

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Le 3 avril 2024, comme chaque année, les élus du Conseil national vont voter pour élire le président de cette assemblée. Installée à la présidence du parlement monégasque depuis avril 2023, Brigitte Boccone-Pagès se trouve aujourd’hui contestée. En face d’elle, Thomas Brezzo est candidat pour lui succéder.

Depuis des mois, la rumeur est tenace. L’ambiance au sein du Conseil national ne serait plus au beau fixe, la présidente Brigitte Boccone-Pagès serait fragilisée, et aucun retour en arrière ne serait possible. Pourtant, au lendemain de l’élection nationale du 5 février 2023, tous les indicateurs semblaient au vert. La liste L’Union, dirigée par la tête de liste Brigitte Boccone-Pagès, avait largement remporté le scrutin devant les Non Inscrits Monégasques (NIM) de Daniel Boeri, qui présentait une liste incomplète de 14 candidats. En raflant 24 sièges sur 24 avec plus de 89 % des suffrages, le succès était total pour l’Union et sa tête de liste. À l’origine de ce succès sans partage, l’alliance de trois groupes politiques implantés depuis plusieurs années dans le paysage politique monégasque : Priorité Monaco (Primo !), Horizon Monaco (HM), et Union Monégasque (UM). Créé en septembre 2017 par Stéphane Valeri, Primo ! est le parti politique le plus récent. Ce qui ne l’empêchait pas d’afficher 13 candidats sortants sur les 24 que comptait la liste de l’Union. Très minoritaires, la candidate HM, Béatrice Fresko-Rolfo, et le candidat UM, Jean-Louis Grinda, ont vu arriver autour d’eux neuf nouvelles têtes. Toutefois, certains étaient d’anciens candidats malheureux de 2018, comme Christophe Brico avec UM ou Roland Mouflard avec Primo !.

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Printemps

Treize mois plus tard, l’Union n’est donc plus totale. Désormais, la présidente du Conseil national ne fait plus l’unanimité. On se souvient que Brigitte Boccone-Pagès a décroché sa première élection politique il y a plus de vingt ans. C’était lors des élections nationales de 2003, avec Stéphane Valeri, alors tête de liste pour ce scrutin. Au fil du temps, sa trajectoire a pris de l’ampleur, avec une première présidence de commission, celle de la jeunesse, pour débuter. Le 6 octobre 2022, suite à la nomination de Stéphane Valeri, alors président du Conseil national, à la présidence-déléguée de la Société des bains de mer (SBM), Brigitte Boccone-Pagès lui a succédé. Elle est ainsi devenue la première femme présidente du Conseil national.

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Mais depuis l’été 2023, des crispations se sont fait sentir. Et l’automne qui a suivi n’a pas permis de faire retomber ces tensions. « Au terme des séances publiques du budget rectificatif 2023, nous avons décidé de manière collégiale qu’il fallait agir, après avoir constaté des problèmes importants dans la façon de faire fonctionner le Conseil national, et notamment des dysfonctionnements liés au cabinet de la présidente. C’est au moment du budget primitif 2023 que j’ai pris ma décision, qui est devenue définitive après les fêtes [de fin d’année 2023 — NDLR] », raconte le président de la commission de législation du Conseil national, Thomas Brezzo, dans l’interview qu’il a accordée à Monaco Hebdo [à ce sujet, lire son interview « Le Conseil national a perdu l’efficacité qui doit être la sienne », publiée dans ce numéro — NDLR].

Depuis des mois, la rumeur est tenace. L’ambiance au sein du Conseil national ne serait plus au beau fixe, et aucun retour en arrière ne serait possible. Pourtant, au lendemain de l’élection nationale du 5 février 2023, tous les indicateurs semblaient au vert

C’est acté : c’est donc lui qui se présentera face à Brigitte Boccone-Pagès dans la soirée du 3 avril 2024. Comme chaque année, au mois d’avril, les conseillers nationaux vont voter pour élire le ou la président(e) du Conseil national, ainsi qu’un(e) vice-président(e). Le plus souvent, chaque printemps, le groupe politique majoritaire reconduit sa tête de liste. Mais cette fois, le scénario est différent, puisque Brigitte Boccone-Pagès affrontera un autre élu de l’ex-majorité Primo !. Et il devrait l’emporter très facilement dans ce duel entre élus Primo !, puisque la totalité des conseillers nationaux restants, 22 donc, l’auraient assuré de leur soutien. Le premier, et à ce jour dernier, président à avoir été désavoué par sa majorité lors d’un vote de ce genre, a été Laurent Nouvion le 27 avril 2016. Il avait alors été battu par Christophe Steiner.

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« Nos débats sont animés, c’est normal »

Questionnée par Monaco Hebdo fin janvier 2024 à propos d’éventuelles dissensions au sein de l’Union, Brigitte Boccone-Pagès s’était montrée positive : « Je vais sans doute décevoir votre appétit de scoop, mais l’Union se porte bien [sourire] ! L’une des forces de notre assemblée, c’est justement de pouvoir refléter les différentes sensibilités de notre population, sans avoir à rentrer dans un rapport de forces pour faire valoir une opinion. l’Union, ce n’est pas l’uniformité, mais l’équilibre et la synthèse, sur chaque sujet. Cela n’empêche pas, à titre individuel, que chaque élu puisse faire valoir sa position, y compris en séance publique. » Sur ce même sujet, le 13 mars 2024, dans les colonnes de Monaco-Matin cette fois, Brigitte Boccone-Pagès ne s’est pas départie de son calme et de sa sérénité. Sans nier pour autant quelques discussions, parfois plus musclées que d’autres : « Nous sommes une liste d’union, où j’ai réuni autour de moi toutes les sensibilités politiques de Monaco. Nos débats sont animés, c’est normal. Mais nous arrivons ensuite à nous mettre d’accord sur des lignes qui correspondent à un consensus général. Nous nous souvenons de crises majeures, comme celles de 2010 et de 2016 du Conseil national, qui n’ont rien donné de bon. »

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Mettant en avant le fait que la principauté n’est actuellement pas « dans une période apaisée », elle a estimé que « la Haute assemblée ne peut pas se permettre, en ce moment, une crise éventuelle […]. Nous sommes dans une institution où nous faisons la loi, nous avons beaucoup de responsabilités, que nous avons assumées au travers de Moneyval ». Il faut donc que le Conseil national face preuve de constance et de permanence a-t-elle estimé. Pour elle, aucun doute à avoir, elle doit poursuivre son mandat à la même hauteur : « J’ai été tête de liste, je suis présidente du Conseil national. Bien sûr, je vais présenter ma candidature. » Avant d’ajouter, prudente : « Au niveau des élus, je ne peux pas parler pour eux. » Mais pas question de douter : « Je reste sereine au terme de notre première année de mandat, qui a été une année très difficile. Je n’ai jamais vécu une année aussi dense : l’Europe, Moneyval, les sujets sociétaux, ce que traverse la principauté en ce moment. Mais je suis au poste, je suis là, je travaille. »

« Je reste sereine au terme de notre première année de mandat, qui a été une année très difficile. Je n’ai jamais vécu une année aussi dense : l’Europe, Moneyval, les sujets sociétaux, ce que traverse la principauté en ce moment. Mais je suis au poste, je suis là, je travaille »

Brigitte Boccone-Pagès, interrogée par Monaco-Matin, le 13 mars 2024

Courrier

Pourtant, malgré ce discours, les jeux seraient faits, et depuis un bon moment, révèle Thomas Brezzo. Si la décision de ne pas reconduire Brigitte Boccone-Pagès dans ses fonctions a été prise suite au vote du budget rectificatif 2023 qui a été entériné dans la soirée du 18 octobre 2023, des discussions ont eu lieu en amont, assure le président de la commission de législation du Conseil national. Objectif : tenter de changer une façon de faire qui ne plaît pas aux élus. « Nous regrettons le mode de gouvernance de Brigitte Boccone-Pagès, et nous lui reprochons un manque de transparence, sa gestion des ressources humaines, ainsi qu’un manque de discernement dans ses prises de décision », explique Thomas Brezzo. Mais rien n’y aura fait, assure-t-il : « La quasi-totalité des élus lui ont parlé, avec le résultat que nous connaissons, malheureusement. Je l’ai encore rencontrée la semaine dernière, à sa demande, mais elle ne veut rien entendre. » Dans l’interview publiée par Monaco-Matin le 13 mars 2024, Brigitte Boccone-Pagès n’a pas dévié de sa trajectoire. Se disant « sereine et au travail », elle a d’ailleurs profité de cet entretien pour annoncer publiquement sa candidature à sa propre succession, à l’occasion du vote du 3 avril 2024. Du côté des élus, cette annonce a clairement déplu. Evoquant une « une erreur, qui nuit à la sérénité dont le Conseil national a plus que jamais besoin, dans un contexte pour le moins sensible », Thomas Brezzo souligne que cette « annonce s’est faite sans aucune concertation avec les élus, et alors qu’un grand nombre d’entre eux lui avaient indiqué qu’ils ne voteraient pas pour elle, si elle maintenait sa candidature ».

Brigitte Boccone-Pagès Conseil National
« L’Union, ce n’est pas l’uniformité, mais l’équilibre et la synthèse, sur chaque sujet. Cela n’empêche pas, à titre individuel, que chaque élu puisse faire valoir sa position, y compris en séance publique. » Brigitte Boccone-Pagès. Présidente du Conseil national. © Photo Conseil National

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Rien n’a fonctionné, assure le président de la commission de législation, qui évoque une série de discussions afin que la présidente « se retire et passe la main sans que les Monégasques aient à subir cette situation, et que l’image du Conseil national n’en pâtisse ». Conséquence directe, ou indirecte, de cette interview du 13 mars 2024 à Monaco-Matin, c’est ce même jour qu’un courrier a été co-signé par Thomas Brezzo, le vice-président du Conseil national, Jean-Louis Grinda, et par Béatrice Fresko-Rolfo, au nom de l’Union, et envoyé à Brigitte Boccone-Pagès. Signé par 22 élus, ce courrier demandait à cette dernière de ne pas se présenter. « Nous avons été contraints de lui faire parvenir ce document, car elle a refusé qu’un vote interne ait lieu pour prendre cette décision. C’est évidemment regrettable », ajoute Thomas Brezzo. Et maintenant ? Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 26 mars 2024, Brigitte Boccone-Pagès restait sur ses positions. Pourtant, Thomas Brezzo gardait encore espoir et tendait la main : « J’espère qu’elle renoncera à se présenter, et qu’elle finira par être raisonnable, car il va de soi que Brigitte Boccone-Pagès a toute sa place dans l’Union, à nos côtés. »

Thomas Brezzo Conseil National
« Si une minorité se déclare, elle sera respectée. La loi d’organisation et le règlement intérieur du Conseil national prévoient un fonctionnement avec une majorité et une éventuelle minorité. » Thomas Brezzo. Président de la commission de législation du Conseil national. © Photo Conseil National

Pas de division ?

Mais comment L’Union va-t-elle digérer cet épisode ? D’après Thomas Brezzo, les trois groupes politiques qui composent l’Union, c’est-à-dire Primo !, UM et HM, restent soudés, et il n’y aurait pas de division à craindre. « Avec le soutien de la quasi-totalité des élus, on ne peut pas parler de deux camps. Comme je l’ai indiqué, l’ambiance entre élus est bonne, et nous travaillons sereinement entre nous, en confiance. Il n’y a pas de fracture », assure le président de la commission de législation du Conseil national. Sans rien exclure, pour autant. « Mon principal objectif est de rendre le travail de l’institution le plus efficace possible, glisse Thomas Brezzo. Si une minorité se déclare, elle sera respectée. La loi d’organisation et le règlement intérieur du Conseil national prévoient un fonctionnement avec une majorité et une éventuelle minorité. Il n’y a donc pas d’inquiétude à avoir dans cette hypothèse. D’ailleurs, j’attache beaucoup d’importance au débat démocratique, que ce soit en interne, ou entre groupes politiques éventuels. Tout le monde doit pouvoir s’exprimer librement au sein de l’hémicycle. »

« Avec le soutien de la quasi-totalité des élus, on ne peut pas parler de deux camps. […] l’ambiance entre élus est bonne, et nous travaillons sereinement entre nous, en confiance. Il n’y a pas de fracture »

Thomas Brezzo. Président de la commission de législation du Conseil national

En attendant de voir comment évolue la situation, comme un symbole de cette continuité revendiquée, Jean-Louis Grinda poursuivra sa mission à la vice-présidence du Conseil national. Ceci en « plein accord avec lui », souligne le président de la commission de législation. En tout cas, au-delà des querelles politiques, comme Stéphane Valeri avant lui, Thomas Brezzo promet d’être un président du Conseil national à temps plein. Pour cela, il laissera de côté son étude d’avocat pour la confier à ses associés, en qui il dit avoir « pleinement confiance ». Quant à la méthode de travail, elle sera « modernisée », afin de gagner en efficacité et en transparence, avance Thomas Brezzo, tout en promettant également de faire appel à la « négociation » et à « l’argumentation », afin de « trouver des solutions équilibrées avec le gouvernement, lorsque cela sera nécessaire ». Les dossiers prioritaires ne changent pas, assure-t-il : « Logement domanial, mobilité, suivi des recommandations des régulateurs internationaux, et renforcement de notre modèle économique et social. » Avec en fil rouge, la question sensible du budget de l’Etat monégasque, « avec un prévisionnel de recettes en baisse et des dépenses toujours très hautes ». Sur ce sujet, Thomas Brezzo estime qu’il faudra « définir une ligne politique et nous y tenir », le tout « dans le respect de la monarchie constitutionnelle, et dans le cadre des prérogatives qui sont celles d’un Conseil national efficace ». L’acte II de cette mandature 2023-2028 semble lancé.  

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