vendredi 17 avril 2026
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Zone euro : Comment éviter le pire??

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Banque centrale europeenne
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L’Allemagne et la France cherchent à faire émerger une nouvelle vertu budgétaire au sein de la zone euro. Ce n’est peut-être pas suffisant pour restaurer la confiance.

Alors que les spéculations allaient bon train l’été dernier sur une implosion de la zone euro, six mois plus tard, le pessimisme a laissé place à un vent d’optimisme sur l’issue de la crise de la dette souveraine. La première émission obligataire, fin janvier, du Fonds européen de stabilité financière, destinée à financer le plan d’aide à l’Irlande, a d’ailleurs été un franc succès, démontrant la confiance du marché. « L’année 2011 verra peut-être l’émergence de mesures plus abouties, décidées dans une ambiance plus sereine », souligne Thierry Girardet chez Fival.

La France et l’Allemagne ont ainsi proposé lors du sommet européen de début février un « pacte pour la compétitivité » qui vise notamment à augmenter, si cela s’avérait nécessaire, les ressources du Fonds de sauvetage de l’euro, en contrepartie d’un renforcement de la gouvernance économique de la zone euro. Avec l’inscription dans les constitutions des Etats de règles contraignantes en matière de déficits budgétaires?: une convergence fiscale, notamment en matière d’impôt sur les sociétés, une désindexation des salaires sur l’inflation, encore en vigueur dans certains pays, et un allongement progressif de la durée du travail.

Crise de confiance

Mais tout aussi louables que soient de tels principes, suffiront-t-ils à régler la crise de confiance que traverse la zone euro?? « Plus qu’un discours sur la vertu de finances publiques saines, c’est une solution collective, urgente et massive qui est aujourd’hui requise, souligne Etienne Pourny, président de Stelphia AM. Imaginez un accidenté de la route à qui les secouristes viendraient rappeler les principes du code de la route avant de lui prodiguer les soins de premier secours. La situation de la zone euro est un peu similaire. Avant de mettre les pays de la zone euro devant leurs responsabilités, c’est-à-dire la maîtrise des déficits publics, il faut que l’Europe comprenne collectivement qu’elle doit employer les grands moyens pour ramener le calme sur les marchés obligataires. » Et Stephen Macklow-Smith, gérant sénior chez JP Morgan AM, d’ajouter?: « Les décideurs européens se doivent d’aller au-delà de la rhétorique pour convaincre les marchés de la pérennité de la zone euro. Ils doivent prendre des mesures décisives en vue de mettre en place des mécanismes suffisamment flexibles, pertinents et correctement financés, et non simplement conçus pour “punir” les marchés. »

Pour Etienne Pourny, il est primordial de « gérer l’urgence ». « Cela signifie que la Banque centrale européenne achète des titres de dette publique dans des proportions bien plus significatives qu’elle ne l’a fait jusqu’ici, précise-t-il. Si la BCE était intervenue sur des montants comparables à ceux de la Banque d’Angleterre, elle aurait acheté 1?300 milliards d’euros, ce qui représente davantage que la dette cumulée de l’Espagne, de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce. »

Suivi des budgets

La contrepartie d’une telle action consisterait évidemment, selon lui, à mener une vraie réflexion sur la gouvernance économique de l’Europe, sur le suivi des budgets de chaque Etat et sur les niveaux raisonnables de dette pour chaque Etat. « Cette action en deux temps permettrait de retrouver une échelle de risque qui se situe dans l’ordre de grandeur que l’on connaissait avant le début de la crise », conclut-il.

Reste à savoir quels seraient les effets sur les différents pays des mesures du « pacte de compétitivité » si elles venaient à être adoptées. « Cela ne serait pas spécialement de bon augure pour les pays périphériques, prévient Stephen Macklow-Smith. L’austérité resterait de mise afin de réduire les niveaux d’endettement public. La suppression de l’indexation des salaires augmenterait la pression sur les revenus réels, en particulier si les prix des matières premières devaient poursuivre leur tendance haussière. L’aménagement des régimes de retraite pourrait inciter les consommateurs à épargner davantage, ce qui pénaliserait la consommation. »

Qui plus est, une hausse des taux d’intérêt de la BCE pourrait intervenir pour juguler les risques inflationnistes. « Cela affecterait de manière disproportionnée les pays périphériques, les prêts hypothécaires étant essentiellement contractés à taux variable, indexés sur les taux de la BCE, contrairement au nord de l’Europe où il s’agit principalement de taux fixes », poursuit Stephen Macklow-Smith. Au risque, donc, de creuser encore un peu plus les écarts au sein de la zone euro.

La résurgence du risque géopolitique
La crise en Egypte vient rappeler aux marchés financiers que le risque géopolitique n’est jamais très loin et qu’il doit être pris en compte dans une allocation d’actifs internationale. « Dans l’immédiat, les inquiétudes se concentrent sur la perspective d’un blocage du canal de Suez, contrôlé par le gouvernement égyptien, et par lequel 5 % du commerce mondial transite, dont 1,6 millions de barils/jours de pétrole, soulignent les gérants d’EFG AM. Au-delà de cette question, la principale inconnue concerne l’éventualité d’une contagion de la contestation aux autres pays arabes qui pourrait remodeler profondément la physionomie du Moyen-Orient, ainsi que les tenants et les aboutissants des crises qui secouent sans cesse cette région. Déjà impactés négativement par les tensions inflationnistes et les hausses des taux, les pays émergents risquent de souffrir encore de la crise au Moyen-Orient. » EFG AM a en conséquence réduit un peu plus son exposition aux actions émergentes, sur lesquelles la société de gestion avait déjà pris des bénéfices au mois de novembre 2010.

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