dimanche 26 juin 2022
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Des déchets français brûlés à Monaco : ce qu’il faut savoir

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Monaco traite une partie des déchets des communes limitrophes de la communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF) dans son usine, contre 6,5 millions d’euros par an. Un contrat appelé à évoluer, alors que la Métropole Nice Côte d’Azur va également moderniser son usine d’incinération.

La principauté ne traite pas que ses propres déchets. Chaque année, à partir de son usine de traitement, Monaco prend en charge également une partie du volume des déchets résiduels des communes de la Communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF). Les capacités de son usine sont en effet suffisamment larges pour assurer ce service des communes limitrophes, à savoir Menton, Roquebrune-Cap-Martin, Beausoleil et La Turbie. Selon son nouveau président Yves Juhel, élu à la tête de l’intercommunalité le 22 février 2022, 16 000 tonnes de déchets résiduels de ces communes limitrophes sont envoyées, chaque année, vers l’usine d’incinération de Monaco. Et ce n’est pas rien, car ce chiffre représente quasiment la moitié du tonnage résiduel total annuel de ces quatre communes de la CARF, qui émettent 34 000 tonnes environ chaque année. Mais pourquoi ce partenariat ?

Renégociations en vue

C’est, en quelque sorte, du « donnant-donnant ». D’un côté, la CARF y gagne en logistique : seule une partie de ses déchets — 12 000 tonnes — est envoyée à l’usine d’incinération de Nice, en plus des 1 000 tonnes envoyées à l’unité de valorisation énergétique d’Antibes. En envoyant 16 000 tonnes à Monaco chaque année, la CARF limite donc « ses coûts déplacements et son empreinte écologique », comme le précise Yves Juhel. De son côté, la principauté encaisse près de 6,5 millions d’euros TTC chaque année de la part de la CARF, selon son président, pour traiter les 16 000 tonnes de déchets annuels des communes limitrophes. Un bon prix ? Pas forcément aux yeux d’Yves Juhel, qui entend revoir la facture à la baisse, pour les années à venir : « Mon objectif, en tant que nouveau président de la CARF, est qu’un effort soit fait sur les prix. Nous attendons de rencontrer les personnes concernées, et de connaître les contraintes qui s’imposent. Mais notre priorité reste Monaco, avec qui nous entretenons des rapports courtois et amicaux. Je suis sûr que nous arriverons à trouver une meilleure situation ensemble. Il est nécessaire de négocier à nouveau. » Dans le scénario du pire, même si ce n’est pas le plus probable, la CARF pourrait alors se tourner exclusivement vers la Métropole Nice Côte d’Azur, selon Yves Juhel, si le montant des nouveaux contrats ne convenait définitivement pas. Sachant que cette communauté de communes va aussi moderniser son usine d’incinération de Nice.

« Notre priorité reste Monaco, avec qui nous entretenons des rapports courtois et amicaux, je suis sûr que nous arriverons à trouver une meilleure situation ensemble. Il est nécessaire de négocier à nouveau »

Yves Juhel. Président de la CARF

Nouvelle usine à Nice

Située au boulevard de l’Ariane, dans le quartier de l’Ariane, à Nice, l’usine niçoise baptisée Arianeo, va en effet être entièrement reconstruite et modernisée par phases, dès l’automne 2022, pour une fin de chantier estimée en 2026. Coût du projet : 220 millions d’euros, comprenant la rénovation, la modernisation du site et la construction d’un centre de tri métropolitain. Monaco ne sera donc pas le seul à avoir sa nouvelle usine [à ce sujet, lire notre article Avec Symbiose, Monaco veut transformer ses déchets en énergie, publié dans ce dossier spécial — NDLR]. La principauté devrait en effet débourser l’équivalent de 350 millions d’euros TTC pour son projet baptisé « Symbiose », et sa future structure de 96 mètres de haut, qui s’étendra en entrée de ville depuis l’îlot Charles III. Le but étant de traiter les déchets ménagers monégasques, par souci de « souveraineté », comme l’a récemment rappelé à Monaco Hebdo Céline Caron-Dagioni, conseiller-ministre de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme. Si Monaco traite une partie des déchets de la CARF, la principauté n’envoie cependant pas ses déchets ménagers hors de ses frontières. Seule une partie de ses déchets, les déchets triés — environ 800 tonnes par an —, sont envoyés jusqu’à présent au centre de tri de Cannes-la-Bocca, pour éviter l’incinération de produits plastiques non recyclables.

Saturées

Rien vers Nice, en revanche. Ce point avait d’ailleurs fait débat au Conseil national, entre la majorité et l’opposition, au moment de valider le projet de nouvelle usine d’incinération à Monaco, en décembre 2020. Si pour l’élu d’opposition Union Monégasque (UM), Jean-Louis Grinda, il aurait été de bon ton d’externaliser le traitement des déchets en dehors de Monaco « dans des centres beaucoup plus importants » de France, le président du Conseil national, Stéphane Valeri (Primo !), considérait, au contraire, que « Monaco doit être souverain et indépendant dans le traitement des déchets. » Le président du Conseil national ajoutait également qu’il ne serait « pas correct, pour un État qui défend l’environnement, de faire circuler sans arrêt des camions pour transporter des déchets monégasques. Et il ne serait pas politiquement souhaitable de dépendre d’éventuelles grèves de CGT, et autres syndicats français, qui ne se privent pas dans ce secteur d’activité. » Pas question, donc, de transférer une autre partie du traitement des déchets monégasques vers la France, et vers la Métropole Nice Côte d’Azur. Lors du débat, Marie-Pierre Gramaglia, alors conseiller-ministre de l’équipement, soutenait aussi, avec le ministre d’État, Pierre Dartout, que « la France n’a jamais voulu accueillir nos déchets. On a fait plusieurs tentatives, mais on a eu une fin de non-recevoir », car les usines de traitement des déchets des départements voisins, Alpes-Maritimes et Var, seraient saturées. À ce sujet, la communication de la métropole Nice Côte-d’Azur assure que « la métropole Nice Côte d’Azur n’a pas été sollicitée officiellement pour traiter une partie des déchets de Monaco. » Elle ajoute également qu’il est de « la compétence de l’État français d’être décisionnaire au sujet du transfert transfrontalier de déchets sur son territoire qui dépend de la convention de Bâle (1). Le plan d’inspection national des transferts transfrontaliers de déchets précise la procédure à mettre en œuvre pour permettre un transfert selon le type de déchet et de traitement retenu. » Et la question des capacités se pose d’autant plus, alors que les usines de Monaco et de Nice promettent d’être en travaux simultanément, ce qui occasionnera une baisse de régime. La rénovation d’Arianeo est programmée entre fin 2022 et 2026, alors que le chantier monégasque devrait débuter en 2025, pour une mise en service en 2030. Un éventuel casse-tête pour les communes environnantes, qui comptent autant sur Monaco que sur la Métropole Nice Côte d’Azur, pour le traitement de leurs déchets.

1) Décision 93/98/CEE, approbation par la communauté européenne, adoptée par l’ONU, programme des nations unies en 1989).

Pour revenir au début de notre dossier « Usine de traitement des déchets : une si longue attente », cliquez ici.

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