lundi 20 avril 2026
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Christophe Robino : « Je ne suis pas opposé à l’interdiction des cigarettes électroniques jetables »

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Interrogé par Monaco Hebdo, le conseiller-ministre pour la santé, Christophe Robino, estime que la « puff » représente un danger, notamment chez les jeunes. Partageant la position du ministre français de la santé François Braun, Christophe Robino n’exclut pas d’interdire la vente des cigarettes électroniques jetables à Monaco. Interview.

La « puff » est une cigarette électronique jetable à usage unique : où est-elle vendue en principauté ?

La « puff », qui est effectivement une cigarette électronique jetable, est vendue en principauté exclusivement dans les bureaux de tabac.

Commercialisée autour de 9 euros, ce tarif rend la « puff » facile d’accès : quels sont les retours dont dispose le gouvernement sur le niveau de consommation à Monaco chez les jeunes ?

Non seulement le prix, qui est bien inférieur à celui d’un paquet de cigarettes, mais également le format de son emballage, ses arômes sucrés et sa facilité d’emploi, rendent la « puff » particulièrement attractive pour les jeunes. L’Alliance contre le Tabac, par la voix de son président, le professeur Loïc Josseran, a souligné en 2022 que, selon une enquête BVA, 13 % des jeunes de 13-16 ans avaient expérimenté la « puff ». Le gouvernement monégasque ne dispose pas de données précises sur l’utilisation de la « puff ». Mais on peut se baser sur l’enquête European school project on alcohol and other drugs (ESPAD) publiée en 2020, avant la généralisation de la « puff » en Europe [à ce sujet, lire notre article Alcool, cannabis, réseaux sociaux : la jeunesse de Monaco est-elle accro ?]. Cette enquête mettait en évidence une augmentation majeure de l’usage de la e-cigarette chez les jeunes de 16 ans scolarisés dans les établissements monégasques, avec 41 % d’entre eux qui déclaraient l’avoir utilisée au moins une fois au cours du mois écoulé. Il est donc vraisemblable que nous n’échappions pas à ce phénomène.

Dans un communiqué publié en février 2023, l’Académie nationale de médecine a estimé que la « puff » est un « piège particulièrement sournois pour les enfants et les adolescents » : quelle est la position du gouvernement monégasque à ce sujet ?

Je partage cette opinion. Le “packaging” [l’emballage — NDLR] mis au point par les manufacturiers de ce secteur est particulièrement adapté et séduisant pour les jeunes. Son utilisation est à même d’induire une double dépendance : celle au geste de vapotage et celle à la nicotine qui, comme tous les autres dispositifs électroniques rechargeables, peuvent conduire au tabagisme. Il faut rappeler à ce titre que, comme les cigarettes électroniques, les « puffs » peuvent contenir jusqu’à 5 % de nicotine, avec les risques pour la santé que l’on connaît bien. Et favoriser, notamment, chez les plus jeunes, les troubles du comportement, de la mémoire, voire du développement cérébral.

Quoi d’autre ?

Qui plus est, ces « puffs » peuvent contenir différentes substances, indépendamment de la nicotine, qui peuvent favoriser l’inflammation des voies respiratoires, favorisant ainsi la survenue d’infections broncho-pulmonaires ou d’allergies respiratoires. Enfin, le processus de chauffage pourrait favoriser, dans certains cas, la libération de substances chimiques, comme du formaldéhyde, une substance connue pour ses effets cancérigènes.

« Le risque d’addiction au tabac pour un jeune est deux à trois fois plus important s’il a d’abord “vapoté” »

En France, François Braun s’est dit « favorable » à l’interdiction de la « puff », car il estime qu’elle « amène une partie jeune de notre population vers le tabagisme » : êtes-vous d’accord avec le ministre français de la santé ?

Je partage totalement l’avis de François Braun sur le risque accru de passage du vapotage au tabagisme. Le risque d’addiction au tabac pour un jeune est deux à trois fois plus important s’il a d’abord « vapoté ». Les politiques publiques menées, chez nos voisins français et en principauté ces dernières années, ont permis de faire reculer le tabagisme chez les jeunes. Le risque de voir le tabagisme progresser à nouveau, du fait de l’utilisation de plus en plus fréquente de la cigarette électronique et en particulier de la « puff », est bien réel. Il est clair que nous ne pouvons pas rester sans rien faire face à ce nouveau risque.

Toujours en France, une proposition de loi visant à interdire la cigarette électronique jetable a été déposée à l’Assemblée nationale en novembre 2022 : allez-vous faire de même et déposer un projet de loi au Conseil national ?

Le dispositif législatif monégasque encadre depuis 2008, au travers de la loi 1 346 relative à la protection contre le tabagisme, la vente et l’utilisation des « produits du tabac destinés à être fumés, prisés, sucés ou mâchés, dès lors qu’ils sont mêmes partiellement constitués de tabac », en interdisant notamment la vente de ceux-ci aux mineurs. Ce dispositif a été complété en février 2022 par l’ordonnance souveraine n° 9 124, portant diverses dispositions relatives au tabac, qui étend les effets de la loi 1 346 aux « produits du tabac, produits connexes, produits à usage oral, dispositifs électroniques, et produits alternatifs », ce qui inclut, bien sûr, les cigarettes électroniques rechargeables et jetables qu’elles contiennent, ou non, du tabac. Comme la France, plusieurs pays européens, dont l’Allemagne et l’Irlande, ont amorcé le mouvement visant à limiter, ou à interdire selon les cas, la distribution et la vente. Pour sa part, la Belgique a déposé une demande d’interdiction des cigarettes électroniques jetables auprès de l’Union européenne (UE).

Faut-il interdire la vente de « puffs » à Monaco ?

A titre personnel, je ne suis pas opposé à l’interdiction des cigarettes électroniques jetables. On ne parle bien évidemment pas des cigarettes électroniques rechargeables, qui ne posent pas les mêmes problèmes, et qui pourraient éventuellement servir d’alternative au sevrage tabagique, à la condition d’arrêter complètement de fumer. En effet, fumer une seule cigarette par jour suffit chez les « vapo-fumeurs » à maintenir le même taux de dépendance. En ce qui concerne l’évolution législative, un texte est déjà prêt, visant à élargir le périmètre de l’interdiction de vente aux mineurs de moins de 18 ans. Sur la question de la consommation, il s’agit d’élargir l’interdiction, aux moyens de transport et aux aires de jeux collectives destinées aux mineurs, ainsi qu’aux véhicules particuliers en présence d’un mineur. Plus largement, il est question de s’inspirer, a minima, des dispositions de la directive 2014/40/UE « relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac et des produits connexes », et, bien sûr, des dispositions françaises. Cela étant, je n’exclus absolument pas que nous allions plus loin, en déposant, en concertation avec le Conseil national, un projet de loi visant spécifiquement les cigarettes électroniques jetables, au regard des risques pour la santé des jeunes et du risque environnemental.

Si la France interdit la « puff » et que Monaco ne suit pas ce mouvement, le risque c’est de devenir un lieu d’approvisionnement pour les adolescents des communes limitrophes ?

C’est certain, et nous prendrons, si cela n’a pas déjà été fait, les mesures nécessaires.

Même si la vente de « puffs » est normalement interdite aux mineurs, comment s’assurer qu’ils ne parviennent pas à s’en procurer quand même ?

C’est bien là toute la question. En attendant une éventuelle interdiction, nous allons poursuivre les démarches d’information auprès des jeunes, de lutte contre les addictions dans les établissements scolaires. A ce titre, je rappelle que depuis 2016, la direction de l’action sanitaire (DASA) finance des vacations de psychologue et de psychiatre au titre de la lutte contre les addictions, lesquels interviennent, toutes les semaines, dans les écoles, ainsi qu’un poste de tabacologue. Enfin, dans le cadre de la mise en application du plan santé mentale, j’ai réuni le conseil de santé mentale dans l’objectif de mettre en œuvre les mesures préconisées pour prévenir et lutter contre les addictions, et créer à Monaco l’équipe de liaison et de soins en addictologie (Elsa), en inscrivant les postes nécessaires au prochain budget. Et, dans le cadre des évolutions législatives et réglementaires, il s’agira de renforcer les mesures de contrôles auprès des commerçants et les sanctions applicables, en cas de non-respect des dispositions.

« Je n’exclus absolument pas que nous allions plus loin, en déposant, en concertation avec le Conseil national, un projet de loi visant spécifiquement les cigarettes électroniques jetables, au regard des risques pour la santé des jeunes et du risque environnemental »

De par sa composition et parce qu’elle est non rechargeable, la « puff » est aussi dangereuse pour l’environnement : comment s’en protéger ?

A cela, il n’y a que deux solutions : soit l’interdiction pure et simple de « la fabrication, la vente, la distribution ou l’offre à titre gratuit » de ces dispositifs, comme le prévoit en France la proposition de loi déposée en novembre 2022 par Francesca Pasquini. Soit l’obligation de procéder à leur récupération par « l’instauration d’un système de consigne pour les producteurs, importateurs et distributeurs de cigarettes électroniques jetables » comme le prévoit la proposition de loi d’Anaïs Sabatini, déposée en avril 2023 devant l’Assemblée nationale. Si la première proposition répond à l’ensemble des préoccupations, notamment en termes de santé, la deuxième proposition ne répond qu’à la problématique environnementale. Elle est donc de portée plus limitée. Quelle que soit la position de la France, nous adopterons, à Monaco, les dispositions qui répondent le mieux à nos problématiques de santé et d’environnement.

Pour lire la suite de notre dossier « Faut-il interdire les cigarettes électroniques jetables ? », cliquez ici.

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