Drogue, alcool, écrans… Depuis 2007, les addictions des lycéens de Monaco sont étudiées à travers l’enquête Espad. Les chiffres pour 2024 ont été révélés, et ils montrent une baisse de la consommation de cigarettes et d’alcool. En revanche, la cigarette électronique plaît toujours, et le temps passé sur les écrans est à la hausse par rapport aux chiffres publiés en 2019.
La jeunesse monégasque se drogue-t-elle ? Bien qu’un peu réductrice, cette question est au centre du nouveau rapport sur la consommation de drogue par les jeunes dévoilé par l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee). Cette enquête, dirigée par l’European school project on alcohol and other drugs (Espad), et dont les résultats ont été présentés le 29 janvier 2025, a été réalisée simultanément dans 35 pays européens. Si les chiffres des autres pays ne seront publiés qu’à la fin de l’année 2025, ceux de Monaco sont déjà disponibles.
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Basée sur les réponses de plus de 1 300 élèves âgés de 16 ans ou plus, scolarisés dans les établissements de la principauté, cette enquête a été réalisée le 10 avril 2024. De manière anonyme, les élèves ont pu répondre à des questions sur leur consommation de tabac, de cannabis, d’alcool, mais aussi sur leur consommation des réseaux sociaux et des paris en ligne.
Une baisse globale des consommations
« Nous réalisons cette enquête tous les quatre ans depuis 2007 et nous avons désormais assez de données et de recul pour tirer quelques bilans », a estimé Alexandre Bubbio, directeur de l’Imsee. Le premier bilan, c’est que la drogue est toujours bel et bien présente dans les établissements de la principauté. Que ce soit l’alcool, le cannabis ou le tabac, ces trois substances continuent de séduire certains lycéens. Première source de consommation : l’alcool. Au total, 59,1 % des jeunes déclarent consommer au moins une fois de l’alcool durant le mois. Si ce chiffre peut sembler élevé, il est en forte baisse depuis 2011, époque à laquelle 81 % des jeunes déclaraient en consommer une fois par mois.
30 % des élèves de terminale disent fumer la cigarette électronique quotidiennement, contre 16 % en 2015
Dans le même sens, la consommation de cannabis est en forte baisse, puisque seulement 8,1 % des jeunes annoncent fumer du cannabis une fois par mois. « C’est le plus faible taux de consommation mensuel de cannabis depuis que l’on a des données. Et c’est la même chose pour l’expérimentation et l’usage régulier. On peut voir que les jeunes se détournent du cannabis », a souligné le directeur de l’Imsee. Cette baisse s’explique, en partie, par la difficulté d’approvisionnement, en tout cas selon les jeunes. En effet, 17,1 % des jeunes pensent qu’il est « impossible de se procurer » du cannabis à Monaco. Ce désintérêt des jeunes vis-à-vis du cannabis est complexe à comprendre, et il émane de plusieurs facteurs qui ne sont pas indiqués dans l’enquête. L’Imsee est un organe de statistiques, et non d’analyse, comme l’a rappelé Alexandre Bubbio : « Nous transmettons les résultats de l’enquête. Ce sera au gouvernement de se pencher sur les causes de ces baisses de consommation, s’il le souhaite. » De son côté, le gouvernement monégasque a rattaché ces bons résultats à ses campagnes de sensibilisation : « Si les chiffres descendent, c’est que nos actions de prévention fonctionnent », a estimé Lionel Beffre, conseiller-ministre pour l’intérieur.


La cigarette électronique continue de séduire les jeunes
En effet, l’ensemble des courbes de consommation sont en baisse, sauf pour la cigarette électronique et pour le temps passé sur les écrans. Selon ce rapport, 30 % des élèves de terminale disent fumer la cigarette électronique quotidiennement, contre 16 % en 2015. Même constat pour la consommation mensuelle de ce produit par les élèves de terminale, c’est-à-dire, une à quelques fois par mois. De 6 % en 2015, ce chiffre est monté à 41 % en 2024. Présent lors de la présentation de ces résultats, le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Christophe Robino, a indiqué que la cigarette électronique pouvait être envisagée comme « un moyen de sevrage chez les adultes, à tel point qu’on avait envisagé de la rembourser comme un médicament. Chez les enfants, c’est différent. La cigarette électronique représente effectivement aujourd’hui la porte d’entrée vers le tabagisme. » En effet, selon une enquête du centre universitaire de Lausanne publiée en 2022 et réalisée sur plus de 1 700 jeunes (1), il a été démontré que les jeunes qui utilisent des cigarettes électroniques ont quatre fois plus de chance de devenir fumeur que ceux qui n’utilisent pas de cigarette électronique.
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Alors, comment comprendre cet attrait pour les cigarettes électroniques ? Pour Christophe Robino, c’est, en partie, dû au “packaging” : « On sait à quel point les manufacturiers arrivent à rendre attractive la cigarette électronique pour les jeunes. » Il a rappelé qu’un projet de loi est actuellement sur la table des négociations pour lutter contre ce fléau : « Il vise purement et simplement à interdire la “puff”, tant sur la vente que sur la consommation. Ça nous permet de redéfinir ce que sont les produits issus du tabac ou bien connexes pour en interdire l’utilisation chez les mineurs. On devrait j’espère, par cette mesure, contenir les effets potentiellement négatifs de l’usage de ces cigarettes électroniques chez les jeunes. »
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Réseaux sociaux : des chiffres qui inquiètent
Autre point important de cette étude de l’Espad : l’analyse du temps des jeunes passé sur les écrans. De ce côté-là, les chiffres sont inquiétants, puisque 63,7 % des jeunes disent passer deux à cinq heures par jour sur les réseaux sociaux en semaine. Cela représente près de 10 % de plus qu’en 2019. Et 8,6 % d’entre eux passent plus de six heures par jour en semaine sur leur téléphone. Le week-end, ils sont 30,2 % à avouer y passer six heures, ou plus, par jour. Et 58,4 % sont devant un écran entre deux et cinq heures, soit 4,2 % de plus qu’en 2019. « On voit pourtant que près des deux tiers des élèves interrogés pensent passer trop de temps sur Internet », explique Julie Marty, chargée d’études statistiques à l’Imsee. Cette réalité est bien connue du gouvernement qui, via Christophe Robino, a fait part de son inquiétude : « Lorsque l’on cumule le temps passé sur les écrans au sein des établissements scolaires et le soir quand les élèves rentrent chez eux, on arrive à des taux horaires cumulés qui sont horribles et extrêmement préoccupants. »
« Lorsque l’on cumule le temps passé sur les écrans au sein des établissements scolaires et le soir quand les élèves rentrent chez eux, on arrive à des taux horaires cumulés qui sont horribles et extrêmement préoccupants »
Christophe Robino. Conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé
Si ce rapport est public, il est surtout destiné au gouvernement qui en fait, selon Christophe Robino, « un indicateur de terrain de ce qui se passe et qui nous permet d’évaluer la situation, mais aussi la pertinence des actions qui sont menées pour lutter contre ces addictions ». Il faudra attendre désormais la fin de l’année 2025 pour comparer les données monégasques avec les données des autres pays européens. Cela permettra d’étudier la place de la drogue et d’Internet chez les jeunes à Monaco par rapport aux autres pays, et d’en tirer un certain nombre de conclusions. « Ce qui est certain, c’est que nous devons continuer d’appuyer nos propos », soutient Christophe Robino. Des propos qui doivent définitivement être appuyés, puisque cette enquête révèle que 36,4 % des jeunes révèlent ne jamais avoir participé à une action de sensibilisation sur l’alcool. Et 54,4 % affirment ne jamais avoir été sensibilisés sur les autres drogues. « Je peux vous assurer que ces sensibilisations sont bien faites », a estimé Jean-Philippe Vinci, directeur de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
1) Source : Tabagisme et usage des cigarettes électroniques chez les jeunes de Diane Auderset, André Berchtold et Yara Barrense Dias (2022).



