vendredi 17 avril 2026
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Neal McDonough : « Je me sens chanceux, et béni, d’avoir été choisi par le prince Albert  II »

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Président de jury du 61ème festival de télévision de Monte-Carlo, l’acteur américain Neal McDonough met en avant sa foi chrétienne au point de refuser certains projets qui ne colleraient pas à sa vision morale. Ce qui n’empêche pas sa carrière d’être aussi longue que fructueuse, avec des films et des séries comme Band of Brothers (2001), Desperate Housewives (2004-2012), ou Captain America : First Avenger (2011). Face à la presse, il est revenu avec émotion sur son parcours, sa famille, et ses faiblesses.

Vous êtes l’un des rares acteurs de cinéma, avec peut-être Matthew McConaughey, à parler ouvertement de votre foi chrétienne : avez-vous perdu des rôles à cause de cela ?

Non. Je suis acteur depuis plus de trente ans maintenant, et j’ai centré ma vie autour de ma famille et de ma relation avec Dieu, car ce sont mes priorités, mon moteur. Et je dois dire que, lorsque j’ai rencontré ma femme [Ruvé Robertson — NDLR] il y a 22 ans, lors du tournage de Band of Brothers (2001), ma vie a radicalement changé.

Qu’est-ce qui a changé ?

J’étais un acteur très méthodique. Je n’étais centré que sur moi-même, et sur comment je pouvais devenir un meilleur acteur. Mais je ne me demandais pas comment devenir une meilleure personne. J’ai toujours partagé une relation privilégiée avec Dieu, mais c’est vraiment ma femme qui m’a fait prendre conscience, lorsque je l’ai rencontrée, que je devais aussi profiter de l’instant présent, et des bons moments. Elle m’a fait comprendre à quel point c’était nécessaire, y compris en tant qu’acteur, car je dois m’inspirer de moments de joie, autant que de moments difficiles, pour les retranscrire à travers mes rôles. Elle avait entièrement raison. À partir de cette décision, nous avons eu cinq enfants ensuite. Et, il y a six ans, j’ai totalement arrêté de boire de l’alcool.

« J’adore être acteur, c’est un travail merveilleux. Mais ça n’a rien de comparable avec l’amour que j’éprouve pour ma femme, et avec ma relation avec Dieu »

Neal McDonough. Acteur

Pourquoi cette décision ?

Je voulais être davantage concentré sur ma relation avec Lui [avec Dieu — NDLR], et avec ma femme, car ce sont les deux éléments les plus importants de ma vie. J’adore être acteur, c’est un travail merveilleux. Mais ça n’a rien de comparable avec l’amour que j’éprouve pour ma femme, et avec ma relation avec Dieu. Alors, en effet, je n’ai aucun mal à parler de ma foi en public, car cela représente tout pour moi. Et depuis le Covid, c’est intéressant de voir à quel point ma vie a encore pris un autre tournant. Je passe énormément de temps avec mes enfants. Nous partageons trois repas par jour, et nous prions ensemble aussi trois fois par jour.

Il y a aussi vos projets de série ?

Il y a eu Red Stone (2021), suivi de Boon (2022), une série qu’on a écrite, jouée, et produite avec ma femme. Red Stone est l’histoire d’un tueur à gage qui est pris dans un tournant. Grâce à sa relation avec Dieu, il réalise ce qu’il fait de sa vie, et il fait alors le choix de la rédemption. Il se retourne contre ses anciens alliés pour sauver la vie d’un petit garçon. Car il sait que c’est la bonne décision à prendre. Dans la deuxième partie de la série, mon personnage décide de s’enfuir, car il sait que son passé va le rattraper. Et, pour une fois, en tant qu’acteur, j’accepte de jouer une scène romance, car je ne le fais jamais à l’écran. Parce que je ne veux pas embrasser, ou jouer une scène de sexe, avec une autre femme que mon épouse.

Que retenez-vous de votre expérience de président de ce 61ème festival de télévision ?

Je ne peux dire combien je me sens chanceux, et béni, d’avoir été choisi par le prince Albert II pour être le président de jury. Pouvoir visionner autant de bonnes productions, pas seulement américaines, mais aussi européennes, des séries venues d’Allemagne, d’Espagne, du Danemark, d’Italie… Autant de différents projets m’ont fait ouvrir les yeux sur le métier.

« J’ai mes faiblesses, et c’est parce que je le sais que j’ai décidé d’arrêter de boire il y a plusieurs années, car je savais que ce n’était pas bon pour moi »

Qu’est-ce qui différencie les productions européennes des productions américaines ?

Aux États-Unis, les séries sont souvent de grosses productions, avec de gros budgets, ce qui est super. C’est surtout ce que j’ai connu dans ma carrière. Mais j’adore les films indépendants. J’adore le fait que la production vous dise : « Voilà l’argent, faites ce que vous pouvez avec, pour raconter votre histoire ». Et le résultat est là. Je l’ai vu cette semaine. Pourtant, on ne fait pas ça aux États-Unis.

Pourquoi ?

Parce que tout est essentiellement guidé par les grosses sociétés de production, qui veulent du spectaculaire. Mais en tant que téléspectateur, j’aime regarder des histoires centrées autour du développement d’un personnage, des histoires microscopiques qui abordent quelque chose qui se passe à un moment donné dans le monde, et des histoires qui sont guidées par la foi. Pas forcément une foi spirituelle, mais une forme d’inspiration, qui consiste à outrepasser certaines difficultés de la vie.

Ces failles de la vie vous inspirent ?

En tant qu’être humain, nous faisons tous des erreurs. Tout le monde trébuche, tout le monde a de profondes faiblesses, et c’est ce qui fait la beauté de l’être humain. Si vous refusez de voir vos propres faiblesses, vous passez totalement à côté de qui vous êtes. J’ai mes faiblesses, et c’est parce que je le sais que j’ai décidé d’arrêter de boire il y a plusieurs années, car je savais que ce n’était pas bon pour moi. Je n’étais pas le meilleur père, ni le meilleur mari que je pouvais être, ni même le meilleur acteur. Mes enfants ne s’en sont jamais rendu compte, mais moi si. Et ma femme aussi. Alors, à un moment donné, j’en ai eu assez. J’y ai mis fin. J’ai compris que Dieu voulait que je sois un homme meilleur.

Neal Mc Donough
« Aux États-Unis, les séries sont souvent de grosses productions, avec de gros budgets, ce qui est super. C’est surtout ce que j’ai connu dans ma carrière. Mais j’adore les films indépendants. » Neal McDonough. Acteur et producteur américain. © Photo Festival de Télévision Monte-Carlo

En tant que président de jury, sous quel regard avez-vous jugé les productions du festival : un regard d’acteur, de réalisateur, de téléspectateur, ou de chrétien ?

C’était une combinaison. J’aime être transporté comme téléspectateur et ne pas trop réfléchir. Pendant longtemps, je n’ai pas pris plaisir à regarder des séries et des films, parce que j’analysais trop les performances d’acteurs. Et je déteste faire ça. Alors, quand j’arrive à m’en extraire, je suis comme un enfant dans une confiserie.

Ç’a été le cas pendant ce festival ?

Oui, notamment avec Thekla Carola Wied [couronnée meilleure actrice du 61ème festival — NDLR] qui joue Martha Liebermann. Sa performance était tellement phénoménale, tout comme celle de Jean Reno dans A Private Affair. Leurs performances étaient tellement géniales, et tellement dans le moment. Il n’était pas question d’être le mieux coiffé, ou de paraître sous son meilleur angle. Cela passait par de petits gestes, par beaucoup de subtilité. C’est la discrétion de leurs décisions que j’ai tant aimé dans leur jeu d’acteur.

« Une minute après cette prière… [il s’arrête, ému — NDLR], Graham Yost, l’homme qui a écrit Band of Brothers (2001) et Boomtown (2002) m’a appelé pour me dire : « Hey, ça te dirait de jouer le rôle d’un méchant dans la série Justified (2010) ? »

Neal McDonough. Acteur

Il y a aussi le travail des réalisateurs ?

Il y a l’aspect de la cinématographie qui entre en jeu aussi, ou comment les films sont tournés. Avoir l’opportunité de pouvoir juger de la qualité de productions indépendantes dans l’univers de la télévision a été un tel honneur pour moi… Je m’inspire de tout ce que j’ai vu ici, dans mon travail d’aujourd’hui. Cette manière de créer de tels environnement, avec des budgets restreints, m’a réellement époustouflé.

Vous arrive-t-il de refuser des rôles qui ne correspondent pas à vos valeurs et à ce que vous êtes en tant que personne ?

Par le passé, je jouais pour rendre les gens heureux. Aujourd’hui, plus égoïstement, je joue pour me rendre heureux moi. Et cela rend mon travail artistique encore meilleur. Si je me force à peindre quelque chose pour vous rendre heureux, ça ne sera pas une bonne peinture. Mais si je vous peins quelque chose en quoi je crois, et qui me fait vibrer, on l’appréciera d’autant plus, car ce sera une œuvre unique. Au final, il n’existe pas de livres moraux ou immoraux. Il n’y a que de bons livres, ou de mauvais livres. Alors, quand vient le moment de choisir les personnages que je vais incarner à l’écran, c’est la même chose. Je ne fais pas le tri entre des personnages moraux ou immoraux, mais entre des personnages pertinents ou pas pertinents. En tant qu’acteur, on peut choisir d’incarner à peu près tout. Mais le plus important, c’est de graviter autour des meilleurs personnages et des meilleurs scripts possibles.

Vous avez des exemples ?

J’ai joué des personnages vraiment haineux. Dans Yellowstone (2018), par exemple, il n’y avait rien de bon à tirer de mon personnage, mais ce n’est pas ce qui importe. Vous savez, à l’époque où je débutais à Hollywood, mon père me disait : « Si on te donne un dollar, donne deux dollars par tes efforts ». Et c’est ce qui m’a toujours motivé. Je me suis toujours évertué à exploiter au maximum mes personnages. Agir comme un lion et être le meilleur acteur possible. Et ma femme est incroyable dans sa capacité à me transmettre cette force et cette foi nécessaire pour le faire. Elle me fait comprendre à quel point je suis unique et différent. Et en étant unique, de grandes choses se produisent.

Ça vous a réussi ?

Ces dernières années, avec tous ces événements qui ont mouvementé ma carrière, il a fallu que je me concentre sur ce que j’aimais faire. Aujourd’hui, j’ai la chance d’y être enfin arrivé, en jouant et en produisant des histoires à ma façon, et avec ma femme. Quoi de plus beau ? Je suis l’homme le plus chanceux d’Hollywood, et peut-être même de la planète. Car je le fais pour mon meilleur ami [Dieu — NDLR], et à ses côtés.

Quels ont été les moments difficiles dans votre carrière ?

Il y a eu cette fois où j’ai été viré d’une série télé, car j’ai refusé de tourner une scène de sexe. C’était un moment très difficile, et suite à cet événement, je n’ai pas travaillé pendant deux ans. Il n’y avait plus assez d’alcool au bar pour moi à cette période pour me réconforter, plus assez de moyens d’essuyer mon chagrin. Et, un jour, je m’en souviens très bien, j’ai demandé à Dieu pourquoi il m’avait oublié. À ce moment précis, j’avais perdu ma maison, mes voitures, et beaucoup d’autres choses. Mais c’est aussi à ce moment que j’ai réalisé que, vraiment, je partais dans la mauvaise direction. Je ne me rendais pas compte de combien j’avais de la chance de vivre avec cette merveilleuse femme à mes côtés, et avec ces merveilleux enfants. D’ailleurs, on venait d’avoir notre cinquième enfant. Et c’était de ma faute si je n’étais pas heureux au milieu de toutes ces choses que Dieu m’avait offertes.

Que s’est-il passé après ?

Une minute après cette prière… [il s’arrête, ému — NDLR], Graham Yost, l’homme qui a écrit Band of Brothers (2001) et Boomtown (2002) m’a appelé pour me dire : « Hey, ça te dirait de jouer le rôle d’un méchant dans la série Justified (2010) ? ». J’ai tout de suite répondu un grand « Oui ! », et au bout du premier jour de tournage… [il s’arrête à nouveau — NDLR], Graham m’a proposé le rôle pour la saison entière. Tout a changé ensuite. J’ai pu jouer ce rôle merveilleux, et intégrer à ce personnage toute la souffrance que j’avais accumulée ces deux dernières années. Puis, j’ai décroché un « award ». Tout a changé, vraiment, quand j’ai pris conscience de tout ce que je possédais déjà. Depuis ce jour, je ne pourrais jamais prétendre être plus heureux.

Cette période inactive, c’était un passage nécessaire ?

Parfois vous devez vous prendre un coup de pied au derrière pour réaliser que vous êtes chanceux. Je prenais tout pour acquis. Ces tournages, ces rôles, ces séries… Mais je pense qu’il [Dieu — NDLR] a du se dire : « Je pense que tu as oublié ce qu’est vraiment la vie, Neal. Voyons comment tu vas t’en sortir maintenant. » Je suis vraiment heureux d’être Neal McDonough depuis ces dix dernières années.

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