mardi 17 février 2026
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63ème festival de télévision de Monte-Carlo — Laurent Puons : « Notre responsabilité est d’être visionnaires, comme l’était Rainier III »

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Laurent Puons, vice-président délégué du festival de télévision de Monte-Carlo, revient sur l’organisation de cette dernière édition, avec Monaco Hebdo. Entre anecdotes, indiscrétions et projections. Interview.

Morgan Freeman, Simone Ashley, Olivier Marchal : il y a rarement eu autant de beau monde au festival de télévision ?

Je pense que c’est la plus belle édition du festival que j’ai connue. En 2019, c’était du lourd, avec la présence de Michael Douglas. Nous avions organisé une très belle compétition et des événements publics de très belle qualité. Mais, là, on dépasse cette édition.

C’est un coup de chance ?

J’ai la chance d’avoir une superbe équipe, très bien managée par Cécile Menoni [directrice exécutive du festival — NDLR]. Cela me permet de travailler une année à l’avance. En ce moment, je suis déjà focalisé sur les éditions 2025 et 2026. Pour l’avant-première mondiale d’ouverture de cette édition, par exemple, c’est un travail qui remonte à 2022, avec le studio Paramount. Cela dit, si la notoriété du festival et son pouvoir d’attraction, sont effectifs, il y a aussi un facteur chance. Beaucoup d’acteurs de très haut niveau veulent venir au festival, mais ils sont parfois en tournage.

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Vous visez toujours Tom Hanks ?

Ça fait des années qu’on est sur Tom Hanks, mais je pense qu’il est l’homme le plus occupé de la Terre, après le président des États-Unis [rire]. Mais on ne lâche pas. En 2023, on était près de conclure un accord avec Sylvester Stallone. Mais ça ne s’est pas fait pour des raisons budgétaires, car j’estime que tout a une limite. C’était beaucoup d’argent, et je demande toujours à mes collaborateurs de gérer leur budget au mieux. L’année d’avant, c’était John Travolta. Chaque année, une grosse pointure veut venir sur le festival, ce qui conforte sa notoriété et sa puissance en Europe.

« C’est la plus belle édition du festival que j’ai connue. En 2019, c’était du lourd, avec la présence de Michael Douglas. Nous avions organisé une très belle compétition et des événements public de très belle qualité. Mais, là, on dépasse cette édition »

Comment arrivez-vous à convaincre des acteurs de ce calibre ?

C’est le fruit d’un travail d’une bonne dizaines d’années. Nous avons la chance aujourd’hui de bénéficier de notre notoriété, et de la confiance des studios. Si Kevin Costner n’avait pas présenté son film au festival de Cannes cette année, il aurait pu venir aux côtés de Morgan Freeman, car ils produisent en commun la série d’ouverture, The Gray House (2024) [à ce sujet, lire notre article 63ème festival de télévision de Monte-Carlo : une édition iconique, publié dans ce numéro — NDLR]. Olivier Marchal a tout fait pour terminer sa production à temps, pour pouvoir participer à notre festival.

Vous misez aussi sur des stars montantes ?

On parle beaucoup des acteurs les plus importants, car on peut se permettre de demander les numéros un des séries aux productions. Mais, si cette édition est la plus belle de toutes, ce n’est pas simplement parce qu’il y a Freeman et Marchal. On a aussi Simone Ashley, qui devient une véritable star. Il y a eu buzz énorme sur les réseaux sociaux, quand on l’a annoncée.

Vous voulez révéler des talents ?

En présentant le premier épisode d’une première saison, nous pouvons révéler des talents. On a eu des véritables légendes au festival, mais nous avons aussi lancé des acteurs et des actrices que personne, ou presque, ne connaissait, et qui sont repartis avec une Nymphe d’or. Je me souviens de Grégory Montel (Dix pour Cent (2015-2020)), qui a remporté la Nymphe d’or du meilleur acteur pour son rôle dans la série française La Soif de Vivre (2018), alors que Hugh Grant était en lice. Ce qui est beau, avec ce festival, c’est que nous avons une vue d’ensemble sur la production mondiale.

Vous devez refuser des demandes ?

Depuis notre réforme en 2021, la compétition du festival a pris une nouvelle dimension, avec l’accord de notre président d’honneur, le prince Albert II. Nous avons en effet la chance de pouvoir projeter notre sélection officielle, ce qui nous donne de plus en plus d’importance, si bien que les “casts” veulent venir pour défendre leurs couleurs et leurs films. Et on doit en refuser, oui. Nous sommes les leaders en Europe, mais nous devons le rester. Pour être programmé, il faut une actualité. Nous ne voulons pas juste des acteurs.

Il y a une vraie compétition ?

Il arrive parfois, comme cette année, que des scénaristes invités nous demandent directement si on peut leur remettre un prix. Mais ça ne marche pas comme ça. Quand j’ai pris la tête du festival et de Monaco Mediax, j’ai voulu donner une notoriété aux prix que nous décernons, comme les Nymphes d’honneurs et de cristal. Il faut que l’on ait envie de venir les chercher. Le but n’est pas de leur faire prendre la poussière dans un coin. Je veux que ceux qui la gagnent en soient fiers.

Laurent Puons Festival de télévision Monte-Carlo
© Photo Festival Télévision Monte Carlo

Comment sont sélectionnées les productions qui figurent au festival ?

Depuis plusieurs années, des comités de présélection sont formés avec de vrais professionnels, qui ont toute crédibilité à dire si un contenu est bon, ou moins bon, s’il a sa place au festival, ou pas. Pour la catégorie fiction, notre sélection a atteint le plus haut niveau qu’on ait jamais eu. Le premier a été noté 18/20 par le comité, alors que le 8ème a obtenu 16/20. Malgré une note pareille, il ne passera pas au festival, alors qu’il aurait peut-être été sélectionné l’année précédente. Mais c’est une compétition. Seuls les premiers passent.

La réussite du festival passe aussi par des nouveautés ?

Nous ouvrons toujours le festival avec une avant-première mondiale de qualité. C’est le cas depuis des années, et on ne vient pas la chercher. Nous sommes approchés par des studios comme Sony Paramount, MGM, mais aussi des plateformes, comme Amazon. En 2017, nous avons été les premiers à ouvrir une édition à partir d’un contenu émanant d’une plateforme digitale.

« Ça fait des années qu’on est sur Tom Hanks, mais je pense qu’il est l’homme le plus occupé de la Terre, après le président des États-Unis [rire]. Mais on ne lâche pas. En 2023, on était près de conclure un accord avec Sylvester Stallone. Mais ça ne s’est pas fait pour des raisons budgétaires, car j’estime que tout a une limite »

Pourquoi aviez-vous cru aux plateformes, à cette époque ?

A l’époque, les plateformes étaient décriées, tout le monde les repoussait. Mais notre président d’honneur, le prince souverain, voulait que nous soyions à la pointe. Nous avons donc fait le pari de les inviter, et ça a été un bon pari. Tout comme celui de mettre des documentaires à l’honneur, pour mêler fictions et actualités.

Aujourd’hui, vous pariez sur le digital et les réseaux sociaux ?

La présence sur les réseaux sociaux est primordiale. Et « digitaliser » nos événements ne coûte pas très cher. Quand on achète une page de publicité dans un grand média, on sait combien on paie, mais on ne sait jamais combien on gagne. Mais quand une publication partagée par un acteur fait deux millions de vues, on peut mesurer en réel son impression et son impact pour le festival. On suit la mouvance du digital avec notre point de vue de précurseur. Cela va dans la continuité de l’esprit de Monaco, qui a toujours été une terre de création.

Finalement, vous suivez la vision du prince Rainier III (1923-2005) ?

J’aime rappeler en effet qu’en lançant ce festival de télévision en 1961, le prince Rainier III était visionnaire dans ce domaine là, aussi. Notre responsabilité est d’être visionnaires à notre tour. On a toujours été les premiers, et on doit le rester. Quand on reprend son premier édito, on pourrait y intégrer les noms d’Amazon et Netflix, tant il avait vu juste sur ce que deviendrait la télévision : quelque chose qui est tout sauf linéaire.

Festival de télévision Monte-Carlo
© Photo Festival Télévision Monte Carlo

Malgré les réseaux sociaux, une partie du public vient de loin pour rencontrer les acteurs et les actrices lors du festival ?

Le public est toujours fidèle à notre événement. Certains viennent des États-Unis ou d’Allemagne. Il y a des fans de l’Europe entière. C’était un vrai challenge d’ouvrir le festival au public, comme vecteur de communication. En réalité, tout le monde est sur les réseaux sociaux. On a cette chance de pouvoir communiquer à ce public de la première heure. Il faut s’en servir intelligemment.

Pour la première fois en Europe, les fans de La Petite Maison dans la Prairie (1974-1982) pourront rencontrer l’ensemble des acteurs ?

C’est une histoire incroyable. Au moment de raccompagner la princesse Charlène lors du dernier gala, en 2023, je me souviens avoir croisé la personne qui s’occupe, entre autres, des acteurs de la série La Petite Maison dans la Prairie. On discute et on se dit que, avec le 50ème anniversaire de la série qui arrive pour 2024, il faudrait faire quelque chose à Monaco. Mais rien ne se passe. Quelques mois plus tard, je reprends contact avec lui et, visiblement, c’est très compliqué de réunir tout le monde. Mais, à force d’insister, ça s’est fait. C’est historique. C’est la première fois en Europe que les acteurs acceptent d’apparaître tous ensemble. Ç’aurait même pu être la première fois dans le monde, s’ils n’avaient pas participé à un festival à Los Angeles, en mars 2024. Pour les fans, c’est merveilleux. C’est une série qui a traversé des générations, et qui est toujours diffusée aujourd’hui, en faisant de l’audience.

« C’est la première fois en Europe que les acteurs de la série La petite maison dans la prairie acceptent d’apparaître tous ensemble. Ç’aurait même pu être la première fois dans le monde, s’ils n’avaient pas participé à un festival à Los Angeles, en mars 2024 »

Les professionnels peuvent également se mettre en relation, dans une section « business » du festival ?

De plus en plus de professionnels veulent venir en effet pour notre partie “business content”. Des producteurs paient le pass à leurs frais pour assister aux soirées et aux conférences. Nous avons créé un lieu pour ces professionnels, afin qu’il puissent se retrouver dans un lieu plus “business”, pour échanger sur des problématiques et des préoccupations futures. Ce n’est pas quantitatif mais qualitatif, avec des conférences de très haut niveau en termes de speakers.

C’est lucratif ?

Nous ne le faisons pas pour générer des revenus, mais pour ajouter un complément “business” au festival. La rencontre entre les acteurs et les producteurs est très importante. Nous les mettons en relation dans de très belles conditions, dans des endroits magnifiques de Monaco, et ça fonctionne bien. Quand on n’est qu’une centaine sur place, c’est bien plus facile pour un acteur d’avoir accès aux présidents de gros studios, que lorsqu’on est mille.

Comment travaille votre équipe sur des événements pareils ?

Chez Monaco Mediax, on est en famille. Ce ne sont pas mes employés, c’est mon équipe, et toutes les équipes travaillent à 100 %. Si, demain, un employé est un maillon faible, la chaîne casse. Et, si ça casse sur un événement comme ce festival, c’est une catastrophe. Mon boulot consiste donc à garder nos équipes soudées et impliquées, de rendre le plus passionnant possible le travail de mes collaborateurs. Ce dont je suis le plus fier aujourd’hui, plus que du festival, c’est mon équipe. Je suis exigeant. J’en demande toujours plus, mais il y a zéro “turn over”. C’est un indicateur qui ne trompe pas.

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