jeudi 16 avril 2026
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Jason Priestley « Beverly Hills a transformé la télévision »

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Figure emblématique de la série Beverly Hills 90 210, dans laquelle il interprète le rôle de Brandon Walsh, Jason Priestley était de passage en principauté à l’occasion du 61ème festival de télévision de Monte-Carlo. L’acteur canadien de 52 ans en a profité pour se confier sur le succès de la série et sur l’échec de son “reboot” BH90210, actuellement disponible en exclusivité sur la plateforme de streaming, MyTF1. Interview.

De Matt Shade dans Private Eyes à Richard Fitzpatrick dans Call Me Fitz, en passant par Brandon Walsh dans Beverly Hills 90 210, ou vous-même dans BH90210, quel rôle avez-vous préféré interpréter ?

Le rôle le plus amusant à jouer a été celui de Richard Fitzpatrick dans Call Me Fitz. Car il n’y avait pas de contrainte autour de ce personnage. Il n’était pas confiné dans des limites de la société. Il pouvait faire ce qu’il voulait, on lui passait tout. C’était très intéressant et très amusant, en tant qu’acteur. Les scénaristes écrivaient des choses complètement dingues pour Fitz, en pensant que j’allais les refuser. Mais en fait pas du tout. J’étais ravi de les faire. Dans cette série, les éléments s’encastraient très bien les uns dans les autres. Nous avions des scénaristes incroyables, des acteurs sublimes, des réalisateurs géniaux… Nous formions un super groupe. Nous étions tous ensemble sur site, dans une petite ville au milieu de nulle part en Nouvelle-Écosse, au Canada. Nous y sommes restés trois mois, pour tourner douze épisodes. Nous étions finalement comme une troupe de théâtre.

Quelles différences y a-t-il entre les séries d’aujourd’hui et celles d’il y a trente ans ?

Le monde est différent par rapport à il y a trente ans. Les problèmes auxquels font face les jeunes aujourd’hui sont beaucoup plus complexes, et le monde est finalement beaucoup plus dangereux qu’il ne l’était. Les séries comme Euphoria (2019 — en production), par exemple, reflètent bien l’époque dans laquelle nous vivons. Elle reflète donc un peu l’expérience d’être jeune aujourd’hui, dans cet environnement. Notre accès à l’information et le danger que représentent les données, influencent les choix créatifs de ceux qui créent les séries aujourd’hui. Il s’agit d’une différence essentielle par rapport à il y a trente ans.

Pourquoi considérez-vous que le monde actuel est plus dangereux ?

Nous avons accès à une infinité d’informations. Mes propres enfants, et les vôtres, obtiennent des informations sur leur petit écran [il montre son téléphone portable – NDLR], et ils peuvent écrire à n’importe qui, n’importe où dans le monde, même aux personnes les plus mal intentionnées. Il existe donc une liste infinie de dangers auxquels sont confrontés les jeunes d’aujourd’hui. Mais les jeunes sont curieux. Ils veulent en savoir plus, ils veulent découvrir des choses. Cela les aide à grandir. Et quand on met le tout ensemble, il y a une catastrophe qui s’annonce, tout simplement. Les séries actuelles reflètent bien les dangers qui se cachent un peu partout dans notre société.

« Le monde est finalement beaucoup plus dangereux qu’il ne l’était. Les séries comme Euphoria (2019 — en production), par exemple, reflètent bien l’époque dans laquelle nous vivons »

Les acteurs de Beverly Hills ont connu des fortunes diverses, et plus ou moins heureuses, après la série : comment expliquez-vous ces difficultés à rebondir après un tel succès ?

Je n’ai pas vraiment de réponse, car je ne peux pas m’exprimer au nom des autres. Je peux seulement parler de ma propre expérience. Personnellement, je voulais prendre des risques créatifs. Je ne voulais pas être enfermé dans une chose, et me reposer sur mes lauriers. J’ai essayé de trouver de nouvelles opportunités, de nouveaux rôles qui me faisaient sortir de ma zone de confort, et m’obligeaient à continuer à évoluer en tant qu’artiste.

Pourquoi le reboot de Beverly Hills n’a-t-il pas rencontré le succès escompté auprès du public ?

BH90210 était un concept extrêmement difficile. Nous savions à l’avance qu’il n’allait pas être facile de faire une fausse émission de télé-réalité, en utilisant nos propres noms. C’était un grand pari. Nous avons mis beaucoup de temps à structurer l’épisode pilote et ensuite, quand nous sommes passés en production, personne n’avait finalement une vision très claire de ce qui allait se passer à long terme.

Vous n’étiez pas d’accord sur le scénario ?

Non, nous ne savions pas exactement où nous allions aller. La chaîne avait une idée, le studio en avait une autre, les acteurs et la scénariste également… C’était extrêmement difficile. Il y avait trop d’ingrédients pour que le plat fonctionne. Mais le concept était intéressant. Nous avons fait de notre mieux.

« BH90210 était un grand pari. Nous savions à l’avance qu’il n’allait pas être facile de faire une fausse émission de télé-réalité en utilisant nos propres noms »

Pourriez-vous faire un nouveau reboot ?

Non, non, non (rires). Je ne pense pas. Ce qui était intéressant, c’était de voir les réactions du public. Certains trouvaient ça génial, alors que d’autres n’étaient pas contents, car ils ne voulaient pas de remake. Il était difficile pour nous d’envisager comment faire ce retour dans Beverly Hills, sans être vraiment dans le Beverly Hills que tout le monde connaissait. Nous avions du mal à savoir comment les jeunes adultes de l’époque allaient évoluer maintenant.

Le rôle de Brandon Walsh dans Beverly Hills vous a rendu célèbre dans le monde entier : n’est-ce pas frustrant d’être toujours associé à ce personnage ?

Non, ça ne me dérange pas du tout. Beverly Hills occupe une place importante dans ma carrière. Ça a été un phénomène mondial, qui a transformé la télévision de mille manières différentes. Beverly Hills a été l’une des premières séries destinées exclusivement aux jeunes. Et faire partie d’une série de cette envergure a été une expérience absolument incroyable. Très peu de personnes ont eu la chance de participer à un projet aussi extraordinaire. Pour moi, cette expérience a été une bénédiction, et je suis plus que ravi aujourd’hui encore de parler de Brandon. Ce rôle a changé ma vie.

Jason Priestley
« Beverly Hills a été un phénomène mondial. Et faire partie d’une série de cette envergure a été une expérience absolument incroyable. Ce rôle a changé ma vie. » Jason Priestley. Acteur, réalisateur, et producteur. © Photo Stéphane Danna / Direction de la Communication

Aimez-vous regarder des épisodes de Beverly Hills ?

(Rires). Ma fille a vu quelques saisons. Mais elle ne la regarde seulement qu’en ma présence, car elle peut se moquer de moi. Les jeunes générations ont beaucoup de mal à s’identifier aux personnages de l’époque, parce que c’était il y a trente ans. Ma fille préfère Euphoria, qu’elle « binge » [dont elle regarde tous les épisodes à la suite — NDLR] pendant tout le week-end.

« Je trouve des romans qui me plaisent, j’achète les droits et j’essaie de les transformer en série ou en film. Je travaille de manière très traditionnelle, je n’essaie pas de passer par TikTok »

Si Beverly Hills était tournée aujourd’hui, ce serait différent avec Internet et les smartphones ?

Oui, forcément, ce serait complètement différent. Aaron Spelling [le producteur de Beverly Hills — NDLR] ne voulait pas qu’il y ait d’ordinateurs [dans la série — NDLR], alors qu’il commençait déjà à y en avoir à l’époque. Il ne voulait pas, non plus, qu’il y ait de mails. Nous étions pourtant dans les années 1990, mais, à l’époque, il refusait absolument d’avoir des ordinateurs à l’écran. L’époque était en avance par rapport à la série, ou alors la série était en retard par rapport à l’époque. Aaron mettait vraiment les freins sur la dose d’avenir qu’il voulait voir dans Beverly Hills.

Comment avez-vous vécu votre passage dans la série Tru Calling ?

Tru calling était une expérience assez particulière. Je suis arrivé dès la première saison. Ensuite les chiffres [l’audience — NDLR] ont commencé à augmenter un petit peu. Mon personnage a permis d’ajouter un peu de créativité à la narration. Bien entendu, tout le monde avait l’impression que nous avions besoin d’un antagonisme dans cette série, et en arrivant, nous avons pu ajouter cet élément. Tout s’est bien passé. Nous nous sommes bien amusés sur ce tournage avec Zach (Galifianakis) et Matt (Bomer). Nous sommes revenus pour la deuxième saison. Nous avons fait six épisodes, et soudain, nous avons arrêté la série. Nous avons tous été surpris. Je pense que c’était une décision politique, parce que le nouveau président de la chaîne a voulu partir de zéro, donc il a arrêté tout ce qui était en cours. Et, malheureusement, nous avons été des victimes collatérales.

Pensez-vous avoir plus d’opportunités avec l’arrivée des plateformes de streaming ?

Oui, absolument. Les plateformes de streaming ont ouvert la porte à de nombreuses opportunités. Il y a de nombreux contenus, extrêmement intéressants, qui sont exclusifs au streaming. Et j’ai l’impression également que les plateformes créent un contenu assez traditionnel. Vous prenez des livres, et vous les transformez en séries. Ça ne doit pas nécessairement toujours être quelque chose d’avant-gardiste, de complètement nouveau, dans des formats jamais vus auparavant. Certains prennent un article du New York Times, et le transforment en série ou en film. Finalement, il s’agit d’une façon plutôt traditionnelle de parvenir à un nouveau contenu. Cette manière de travailler a fait ses preuves depuis longtemps.

Quels projets souhaiteriez-vous développer ?

J’ai pas mal de pistes en développement. Mais c’est très traditionnel. Je trouve des romans qui me plaisent, j’achète les droits, et j’essaie de les transformer en série ou en film. Je travaille de manière très traditionnelle. Je n’essaie pas de passer par TikTok ou je ne sais quoi (rires).

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