mardi 10 mars 2026
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Final Fantasy – Hironobu Sakaguchi : « Je commence à avoir des idées pour un nouveau jeu »

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Rencontré à l’occasion du salon Magic Monaco les 25 et 26 février 2023, le père de la franchise Final Fantasy, monument du jeu vidéo vendu à plus de 160 millions d’exemplaires dans le monde, Hironobu Sakaguchi, a répondu aux questions de Monaco Hebdo. Il évoque l’avenir du jeu vidéo, ses contraintes, mais aussi ses projets.

Comme tout jeu vidéo, Final Fantasy est une sorte de rêve : comment est né le vôtre ?

À l’époque, avant que ce rêve ne commence, on développait des jeux sur PC. Mais il y avait cette console, la Famicom, dont il était dit qu’elle était moins puissante, et qu’il était difficile de développer des jeux dessus, surtout des RPG [des jeux de rôle, “role playing game” en anglais — NDLR]. Mais, malgré ce qui se disait à son sujet, une équipe a réussi à concevoir sur cette console le jeu Dragon Quest (1986), qui a connu un grand succès. Ça a été un peu l’élément déclencheur pour nous. On s’est dit qu’il était possible de créer un RPG sur Famicom. À partir de là, le rêve Final Fantasy s’est déployé.

Créer un jeu prend du temps, parfois dix ans pour Final Fantasy 15, et cette attente peut créer de la frustration chez les fans, allant jusqu’au piratage de données, comme l’a subi récemment le studio Rockstar Games (1) : faut-il désormais composer avec la frustration du public ?

En réalité, pour créer un jeu de A à Z, il faut compter trois ans. Si Final Fantasy 15 a pris du temps, dix ans donc, c’est que diverses choses ont freiné la production. C’est un peu les aléas du “business”, si je puis dire. Si vous prenez la construction d’un immeuble, par exemple, il se peut qu’il y ait des incidents, et que le projet prenne plus de temps. C’est un peu quelque chose de similaire qui s’est passé avec Final Fantasy 15. Mais je suis persuadé que l’on peut développer un jeu en trois ans, pour faire en sorte que les fans ne soient pas trop frustrés d’attendre.

Hironobu Sakaguchi Final Fantasy
© Photo Clément Martinet / Monaco Hebdo

« Pour créer un jeu de A à Z, il faut compter trois ans. Si Final Fantasy 15 a pris du temps, dix ans donc, c’est que diverses choses ont freiné la production. C’est un peu les aléas du “business” »

Au-delà des contraintes du marché et de la pression du public, l’important reste la création pure et le produit final ?

Exactement. Au bout du compte, c’est le rendu final qui est le plus important.

L’industrie du jeu vidéo regorge aujourd’hui de réadaptations de grands classiques : cette tendance fait partie de l’avenir des consoles de salon ?

Quand j’ai commencé dans le jeu vidéo, c’était vraiment les débuts, c’était il y a quarante ans. On n’avait personne pour nous transmettre de l’expérience et nous apprendre des choses. On ne pouvait que créer des nouvelles choses. Mais, au bout de quarante ans, c’est normal qu’il y ait des “remasters” et des “remakes” dans les jeux vidéo. C’est comme dans le cinéma, il y a à la fois des “remakes” et des nouveautés. La vision que j’ai, par rapport au jeu vidéo, c’est que ce milieu-là a enfin atteint une certaine maturité qui fait qu’on peut avoir des “remasters” et des “remakes” qui côtoient des nouveautés. Finalement, c’est la vie d’un milieu plus global. Et Final Fantasy est un très bon exemple pour illustrer cela, puisque Final Fantasy 7 a été réadapté. Les épisodes Final Fantasy 1 à 6 ont bénéficié d’un “pixel remaster”, ils ont été remasterisés. Et, en même temps, un Final Fantasy 16 va sortir [il est annoncé pour le 22 juin 2023 sur Playstation 5 — NDLR]. Tout se côtoie et, tant qu’il y a de la nouveauté, la licence vit.

« Au bout de quarante ans, c’est normal qu’il y ait des “remasters” et des “remakes” dans les jeux vidéo. C’est comme dans le cinéma, il y a à la fois des “remakes” et des nouveautés »

Avec ces réadaptations, l’idée est aussi de capter un nouveau public, plus jeune, pour qu’il redécouvre ce que les joueurs plus anciens ont connu ?

Je ne suis plus chez Square Enix [le studio en charge du développement de Final Fantasy — NDLR], donc je ne sais pas dans quelle direction ils veulent aller. Cela leur appartient (rire).

Sur le domaine des RPG, qui est votre domaine de prédilection, on observe un tournant plus marqué vers l’action que les RPG traditionnels : cette tendance vous séduit ?

C’est vrai que l’action répond à une demande des joueurs, c’est le fruit d’une époque. Mais je suis persuadé que le modèle de système tour par tour, le “Turn Based Strategy” (TBS), a encore de l’avenir, et peut encore évoluer.

Final Fantasy, c’est aussi un sens de l’esthétique très prononcé et une bande-son qui a marqué de nombreux fans, jusqu’à organiser des concerts avec des orchestres à travers le monde (2) : comment imagine-t-on une mélodie adaptée à une franchise de jeu vidéo ?

À l’époque où j’étais sur Final Fantasy, je travaillais avec le compositeur Nobuo Uematsu. Sa particularité, c’est de créer des mélodies très marquantes, avec des lignes mélodiques très adaptées. Ce qu’il arrive à faire, c’est de vraiment exprimer l’intériorité du personnage à travers la musique. Il est vraiment très bon dans le rendu musical de la dramaturgie de l’histoire racontée par le jeu.

Un jeu vidéo est une œuvre d’art : quel type d’art vous inspire particulièrement pour créer vos productions ?

En terme d’art, j’aime beaucoup la photographie. J’en fais moi-même depuis très longtemps. J’aime bien aussi l’art contemporain, plutôt abstrait. Je suis plutôt sensible au rendu des textures.

Quels sont les projets qui vous tiennent le plus à cœur ?

À vrai dire, j’ai eu 60 ans il n’y a pas longtemps [le 25 novembre 2022 — NDLR] et, à l’époque, je me disais que je prendrais peut-être ma retraite. J’imaginais alors que le jeu Fantasian (2021) serait mon dernier, mais cela fait deux ans qu’il est sorti, et je commence à avoir des idées pour un nouveau jeu. J’ai envie de créer à nouveau. Tant que la flamme est là, je pense m’impliquer, et créer un nouveau jeu.

Les lignes de ce nouveau jeu sont encore secrètes ?

Pour l’instant, j’en suis au niveau du scénario. Donc il faut encore compter trois ans et demi, quatre ans, pour en parler plus concrètement.

Vous parliez de photographie : vous avez aussi des projets d’exposition ?

Si j’ai l’opportunité de le faire, ce sera avec plaisir, même si c’est compliqué. Mais j’aimerais beaucoup, oui.

1) Le 18 septembre 2022, près de 90 clips vidéo de Grand Theft Auto 6, le nouvel opus du studio Rockstar Games, ont été divulgués illégalement sur Internet, dévoilant des séquences de développement du jeu. Cet événement a été considéré comme l’une des fuites de données les plus importantes de l’histoire du jeu vidéo. Il prend sa source dans la frustration due au manque de communication de l’équipe de Rockstar Games, dix ans après la sortie de GTA 5, le précédent volet.

2) Plusieurs épisodes de la franchise Final Fantasy, et de ses séries auxiliaires, ont donné lieu à des bandes originales et à des versions orchestrales, ainsi qu’à des arrangements pour piano et à des musiques vocales. Des bandes sonores ont été interprétées par l’orchestre symphonique de Londres, alors qu’un concert a été donné le 10 mai 2004 au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles, à guichet fermé pendant trois jours.

 

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