mardi 17 février 2026
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Culture Sélection de janvier 2025

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Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Les Graines du figuier sauvage, de Mohammad Rasoulof

Totalitaire. A ce jour, le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof affiche huit films dans sa filmographie. Une bonne partie ont été réalisés sans autorisations, avec les risques lourds que cela implique. Les Graines du figuier sauvage est le premier film réalisé par Mohammad Rasoulof en dehors de son pays. Pour évoquer ce qu’est un système totalitaire, il met en scène une famille qui voit le père, Iman, être nommé juge au tribunal révolutionnaire de Téhéran. En parallèle, le mouvement de protestation sociale Femme, vie, liberté est lancé, suite à la mort, en septembre 2022, de Mahsa Amini, victime de la police des mœurs qui l’a jugée insuffisamment voilée. Construisant l’essentiel de son film en un redoutable huis clos, Mohammad Rasoulof réussi le tour de force d’y faire entrer toute l’horreur qui découle d’un régime totalitaire.
Les Graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof, avec Mahsa Rostami, Niousha Akhshi, Soheila Golestani (FRA-ALL, 2024, 2 h 47), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 4 février 2025.

Mother Land, d’Alexandre Aja

Corde. Produit par Halle Berry, qui occupe aussi le premier rôle, Mother Land raconte l’histoire d’une mère et de ses deux enfants qui survivent après l’apocalypse. Ils habitent en lisière d’une forêt hantée, et chaque sortie de leur maison doit se faire relié à une corde, afin de ne pas être contaminé par le Mal qui règne désormais en maître sur la planète. Mais un jour, lors d’une sortie, la corde casse. Alexandre Aja s’appuie sur les codes du conte de fée pour construire ce film malin, qui joue habilement entre le merveilleux et l’épouvante. Il questionne, et remet en cause, la sphère familiale et l’amour maternel, ainsi que la sécurité qui est supposé en découler. Donnant à son film une dimension paranoïaque, Alexandre Aja parvient à créer un suspense, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.
Mother Land d’Alexandre Aja, avec Halle Berry, Percy Daggs IV, Anthony B. Jenkins (USA, 2024, 1 h 42), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray). Sortie le 13 février 2025.

The Apprentice, d’Ali Abbasi

Trump. Alors que Donald Trump a été investi en tant que 47ème président des Etats-Unis le 20 janvier 2025, le film d’Ali Abbasi tombe à point nommé. The Apprentice raconte en effet comment le jeune Donald Trump (Sebastian Stan) s’est construit pour parvenir à prendre la présidence des Etats-Unis. Pour cela, il évoque une rencontre décisive avec l’avocat Roy Cohn (Jeremy Strong), qui est très bien introduit dans le monde politique américain, puisqu’il a aussi été conseiller juridique du sénateur Joseph McCarthy (1908-1957) dans les années 1950. Le cinéaste danois d’origine iranienne fait débuter son récit dans les années 1970, période pendant laquelle, délaissé par son père Fred Trump (1905-1999), Donald Trump se tourne vers Cohn, qui fait office de père de substitution. Sebastian Stan et Jeremy Strong sont remarquables.
The Apprentice de Ali Abbasi, avec Sebastian Stan, Jeremy Strong, Maria Bakalova (USA-CAN-DAN-IRL, 2024, 2 heures), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray). Sortie le 13 février 2025.

Le Robot Sauvage, de Chris Sanders

Maternel. Le robot Rozzum 7134, plus connu sous le nom de « Roz », échoue sur une île, qui n’est pas tout à fait déserte, puisqu’elle est peuplée d’animaux étonnés par son intrusion. Si les débuts sont difficiles, Roz parvient à gagner peu à peu la confiance de ces animaux, jusqu’à devenir la mère adoptive d’un oison qu’elle appelle « Joli Bec ». cet attachant récit d’apprentissage est une adaptation du livre Robot sauvage (Gallimard, 2016) de Peter Brown. Chris Sanders, à qui l’on doit notamment L’Appel de la forêt (2020) et Dragons (2010), parvient à faire rire et à émouvoir, avec ce récit de système informatique déréglé, qui se découvre un inattendu instinct maternel. Le Robot Sauvage interroge la programmation informatique, mais aussi naturelle, dans une scène très réussie où toutes les espèces doivent cohabiter pour une nuit, dans une petite cabane.
Le Robot Sauvage de Chris Sanders, avec Lupita Nyong’o, Pedro Pascal, Kit Connor (USA, 2024, 1 h 42), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 19 février 2025.

American Horror Stories John Carpenter

John Carpenter. American Horror Stories, de Nathalie Bittinger

Œuvre. Né le 16 janvier 1948 à Carthage, dans l’Etat de New York, John Carpenter n’en finit pas de fasciner. Depuis son premier film, Dark Star (1974), son parcours est parsemé de succès, d’Halloween : La Nuit des masques (1978) à The Fog (1980), en passant par The Thing (1982), Christine (1983), Le Village des damnés (1995), Vampires (1998), ou Ghost of Mars (2001), dont il a aussi assuré la bande son. Avec une telle filmographie, John Carpenter s’est affirmé comme un chantre de la contre-culture américaine, notamment lorsque Ronald Reagan (1911-2004) était au pouvoir, de 1981 à 1989. Dans John Carpenter. American Horror Stories, l’universitaire Nathalie Bittinger évoque l’œuvre de Carpenter, qu’il soit réalisateur, scénariste ou compositeur. Influencé par Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), sa trilogie très lovecraftienne The Thing, Le Prince des ténèbres (1985), L’Antre de la folie (1995) est remarquable. John Carpenter. American Horror Stories de Nathalie Bittinger (Hoëbeke/Gallimard), 192 pages, 28 euros.

Poe Edgar Alan

Edgar Allan Poe – L’intégrale illustrée d’Edgar Allan Poe

Gothique. Impossible de passer à côté de ce livre qui propose une plongée dans l’œuvre d’Edgar Allan Poe (1809-1849). En plus des célèbres Histoires extraordinaires, ce très bel objet propose un regard sur le théâtre de Poe, mais aussi ses essais, comme Eurêka (1848), qui évoque la formation de l’univers, et sa poésie. Pour appuyer ces textes, cette intégrale reproduit les illustrations d’Arthur McCormick (1860-1943) pour Les Aventures d’Arthur Gordon Pym (1838) et de Harry Clarke (1889-1931) pour les contes et les nouvelles. Traduit par Charles Baudelaire (1821-1867), qui admirait son travail, Edgar Allan Poe est montré dans sa dimension gothique, mais aussi érudite et moqueuse. Si l’effroi constitue l’essence même de ses écrits, il ajoute à cela une dose d’humour savamment distillée. L’étude de la psyché humaine et la chute dans la folie sont deux autres sujets que cette intégrale permet de redécouvrir avec un plaisir sans fin.
Edgar Allan Poe – L’intégrale illustrée, d’Edgar Allan Poe (Archipoche), 784 pages, 35 euros.

mémoires interrompus Bertrand Tavernier Culture Sélection

Mémoires Interrompus, de Bertrand Tavernier

Cinéma. C’est en mars 2020, dans sa maison de Sainte-Maxime (Var) que Bertrand Tavernier (1941-2021) a commencé à écrire son autobiographie. La pandémie de Covid-19 est là, et l’isolement lui ont permis de se lancer dans l’écriture de ce livre qui restera inachevé. Malade, il est décédé le 25 mars 2021. Ce livre précieux évoque son parcours de réalisateur jusqu’en 1984, et son film Un dimanche à la campagne. Bertrand Tavernier a été metteur en scène, mais aussi critique, et son goût pour l’écriture transparait à chaque page de ces Mémoires Interrompus. Ce livre permet de comprendre ce qui l’a conduit à consacrer sa vie au cinéma. De son père résistant, poète et éditeur, en passant par sa ville de Lyon, Bertrand Tavernier raconte les moments marquants. Il évoque aussi des rencontres décisives, avec Jean-Pierre Melville (1917-1973) et Claude Sautet (1924-2000) notamment.
Mémoires Interrompus de Bertrand Tavernier (Institut Lumière/Actes Sud), 544 pages, 20 euros (format numérique), 29 euros (format « papier »).

Les Chats d'Ulthar Gou Tanabe

Les chats d’Ulthar, de Gou Tanabe

Série. Après la sortie des œuvres de Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) chez La Pléiade en décembre 2024 [à ce sujet, lire Culture Sélection de décembre 2024 — NDLR], c’est une adaptation sous la forme de manga qui est proposée ce mois-ci par Gou Tanabe. Après avoir publié en 2022 Le cauchemar d’Innsmouth (1936) dans un joli coffret, Gou Tanabe poursuit son exploration du travail de H.P. Lovecraft. Dans une série intitulée « les chefs-d’œuvre de Lovecraft », Gou Tababe s’intéresse cette fois-ci à trois nouvelles : Les Chats d’Ulthar (1920), Celephaïs (1922), et Les Autres Dieux (1933). Pourquoi ? « Car le chat est un animal mystérieux, familier de choses étranges, invisibles à l’homme » écrit H. P. Lovecraft dans Les Chats d’Ulthar. A Ulthar, en démontrant leur capacité à se venger, les chats ont pris le pouvoir. Amateur de chats, H.P. Lovecraft prolonge certains éléments de ce récit dans Les Autres Dieux, que l’on retrouve donc aussi dans ce joli manga.
Les Chats d’Ulthar de Gou Tanabe (Ki-oon), 216 pages, 16 euros.

Au dedans Will McPhail

Au-dedans, de Will McPhail

Emotions. Lauréat du Prix BD Fnac France Inter 2025, Au-dedans constitue le premier roman graphique du dessinateur de presse anglais Will McPhail, et c’est une réussite totale. Connu pour son travail au New Yorker, il raconte dans cette BD le parcours de Nick, un jeune citadin renfermé, qui va peu à peu s’ouvrir aux autres. Sa vie se résume à un travail sans passion dans une agence de publicité, quelques projets personnels, et des moments de détente solitaires, dans des bars plus ou moins branchés. A 36 ans, Will McPhail signe un portrait doux-amer d’une grande délicatesse, qui met en évidence nos manques, quand les autres ne sont pas là. Il nous installe à une distance à mi-chemin entre les rires et les larmes, dans une position qui nous expose à toute une palette d’émotions. En ce début d’année 2025, Au-dedans place Will McPhail parmi les auteurs les plus prometteurs du moment.
Au-dedans de Will McPhail (404 Graphic), traduction de l’anglais par Basile Beguerie, 272 pages, 26,50 euros.

Dreamstate, de Kelly Lee Owens

Galles. On avait quitté Kelly Lee Owens en 2023, alors qu’elle était engagée sur les routes de la tournée Memento Mori Tour de Depeche Mode, pour assurer quelques premières partie très réussies. La musicienne et productrice électronique galloise est de retour avec un quatrième album studio. Autant le dire tout de suite, Dreamstate (2024) est un disque très abouti. Plus accessible que ses précédents albums, le single Love You Got assume joliment ce positionnement, et fascine dès la première écoute. Un peu plus loin, Higher provoque la même émotion, tout comme Ballad (In The End), co-écrit et coproduit par Tom Rowlands des Chemical Brothers, ou encore le joli Trust And Desire. Les titres Sunshine et Time To sont tout aussi réussis. Née en 1988 dans le Denbighshire, sur la côte nord du Pays de Galles, Kelly Lee Owens a pour parrains Daniel Avery, Ghost Culture et Erol Alkan. Avec de tels appuis, et surtout avec un talent qui impressionne, Kelly Lee Owens a tout pour elle.
Dreamstate, Kelly Lee Owens (DH2), 15,59 euros (CD), 40 euros (vinyle).

The Bad Fire, de Mogwai

Ecossais. Originaire de Glasgow, Mogwai a publié son premier album studio, Mogwai Young Team en 1997. Depuis, Stuart Braithwaite, Dominic Aitchison, Martin Bulloch, et Barry Burns ont sorti neuf autres albums. Le onzième arrive, et il s’intitule The Bad Fire. Quatre ans après As The Love Continues (2021), Mogwai montre qu’il n’a rien perdu de son magnétisme. Le très bon God Gets You Back lorgne élégamment vers le shoegaze, sur un fond électronique. Plus classique sur le fond et sur la forme, Fanzine Made Of Flesh, laisse davantage de place aux guitares, tout comme Hi Chaos, un morceau qui déborde d’énergie. La puissance est aussi au rendez-vous, avec If You Find This World Bad et You Should See Some Of The Others. Mais c’est la mélodie de Hammer Room qui retient l’attention, tant ce morceau est loin des productions habituelle des Ecossais. Avec ses multiples variations, The Bad Fire devrait séduire un public assez large.
The Bad Fire, Mogwai (Rock Action Records/PIAS), 12,99 euros (CD), 28,99 euros (vinyle).

Rome, de The National

Cavea. Matt Berninger les frères Dessner, Aaron et Bryce, et les frères Devendorf, Bryan et Scott, sont de retour. En 2023, The National nous a proposé deux albums, First Two Pages of Frankenstein et Laugh Track. Ensuite, le groupe est parti en tournée et c’est l’un de ces concerts que l’on peut retrouver ce mois-ci. Enregistré le 3 juin 2024 à la Cavea, à l’auditorium Parco della Musica Ennio Morricone de Rome, ce disque restitue l’énergie déployée par The National. Les 3 000 places de la Cavea ont trouvé preneur, et le public a pu profiter de titres qui couvrent environ 25 ans de carrière de ce groupe originaire de Cincinnati. La puissance scénique déployée par Matt Berninger vient transcender les magnifiques Bloodbuzz Ohio (2010), Mr November (2005), ou Don’t Swallow The Cap (2013). Le très bon Vanderlyle Crybaby Geeks (2010) est entièrement chanté par le public italien. Fake Empire (2007) et The System Only Dreams In Total Darkness (2017) complètent ce “live” indispensable.
Rome, The National (4AD), 13,99 euros (CD), 34,99 euros (vinyle).

Pour découvrir Culture Sélection du mois précédent, cliquez ici.

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