Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.
Delirium / Body Puzzle, de Lamberto Bava
Giallo. Héritier du Giallo, un genre cinématographique italien entre film policier, horreur et érotisme, deux longs métrages du réalisateur, scénariste, acteur et producteur de cinéma romain, Lamberto Bava, sont proposés par Carlotta dans un joli coffret pour cette fin d’année 2024. Au menu, on retrouve deux films essentiels de sa filmographie. Sorti sur les écrans en 1987, Delirium (Le foto di Gioia) raconte l’histoire de Gioia (Serena Grandi), qui possède le magazine pour adultes Pussycat. A l’occasion d’une séance photo, un meurtre est commis et Gioia reçoit la photo de la morte. Dans Body Puzzle (1992), l’identité du tueur, qui emporte les membres de ses victimes, est immédiatement révélée. L’intrigue repose sur ses motivations. Depuis son premier film Baiser macabre (1980), Lamberto Bava s’est aussi fait remarquer en réalisant Démons (1986) et Démons 2 (1987), coécrits et produits par Dario Argento. Carlotta met ici en lumière deux long métrages dans des transfert haute-définition de très bonne qualité.
Delirium / Body Puzzle de Lamberto Bava (ITA, 1987-1992, 1 h 45 et 1 h 35), 30 euros (coffret deux Blu-rays).
Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, de Ariane Louis-Seize
Amour. Depuis le Nosferatu (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau (1888-1931), les vampires ont été adaptés au cinéma d’à peu près toutes les façons possibles. Vampire humaniste cherche suicidaire consentant propose une nouvelle variation autour de ce même thème. Cette fois, on suit Sasha, une jeune vampire, qui s’interdit de mordre les humains. Quant à sa mère, elle est fatiguée de devoir chasser pour toute la famille, mettant en avant la charge mentale des femmes vampires. Sasha se retrouve donc mise à l’écart par sa famille, mais elle trouve l’amour auprès d’une garçon dépressif, moqué par ses proches. Cette comédie québécoise navigue constamment, et avec habileté, entre le doux et l’amer. Ariane Louis-Seize aborde l’adolescence et la sexualité, avec une bonne dose d’humour, teintée de mélancolie.
Vampire humaniste cherche suicidaire consentant de Ariane Louis-Seize, avec Sara Montpetit, Félix-Antoine Bénard, Steve Laplante (FRA, 2024, 1 h 30), 16,99 euros (édition limitée, DVD seulement, pas de sortie Blu-ray).
Mad Fate, de Soi Cheang
Portrait. Dans Culture Sélection de novembre, on a salué la sortie du très bon City of Darkness (2024) de Soi Cheang. Ce mois-ci, le réalisateur hongkongais de 52 ans est à nouveau à l’affiche. Le distributeur Carlotta propose son film précédent en Blu-ray. Mad Fate est sorti en 2023, et ce polar décalé met en scène un maître feng shui (Gordon Lam) qui cherche à préserver ses clients de la mort. Mais il ne parvient pas à sauver une prostituée (Ng Wing-Sze), assassinée par un psychopathe. Sur les lieux du crime, il rencontre un livreur (Lokman Yeung), qui cherche à se muer, à son tour, en tueur. Le maître feng shui décide donc de le raisonner, pendant que le tueur en série est traqué par un flic brutal (Ting Yip Ng). Soi Cheang profite de ce récit pour dépeindre la société hongkongaise et ses laissés-pour-compte, tout en dressant un portrait de cette ville.
Mad Fate de Soi Cheang, avec Ka Tung Lam, Lok Man Yeung, Ng Wing-Sze (COR-SUD, 2023, 1 h 48), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 21 janvier 2025.
Speak No Evil, de James Watkins
Danois. Auteur du très bon Eden Lake (2008), le réalisateur britannique James Watkins est de retour avec un remake du film danois Ne dis rien (2022) de Christian Tafdrup. Des Américains qui vivent à Londres, Ben et Louise Dalton, rencontrent lors de vacances en Italie la famille Field, un médecin anglais, son épouse et leur enfant muet. Les Field décident d’inviter les Dalton chez eux, dans un coin reculé de l’Angleterre, sans se douter de ce qui les attend. Né le 20 mai 1973 à Nottingham, James Watkins est aussi le réalisateur de La Dame en noir (2012) et de Bastille Day (2016). Avec Speak No Evil, il dissèque et utilise comme carburant les différences de classe sociale. James McAvoy déroule un jeu travaillé dans Split (2016) et Glass (2019) de M. Night Shyamalan. Néanmoins, on préfèrera le travail originel de Christian Tafdrup, avec son ambiance malsaine et son casting impeccable.
Speak No Evil de James Watkins, avec Mackenzie Davis, James McAvoy, Aisling Franciosi (USA, 2024, 1 h 50), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 29 janvier 2025.

Les Sorcières de Venise, de Sébastien Perez et Marco Mazzoni
Île. Dirigée par Benjamin Lacombe, la nouvelle collection de Gallimard, Papillon Noir, compte un nouveau venu. Après le très beau et indispensable Portrait de Dorian Gray [à ce sujet, lire Culture Sélection de novembre 2024, publié dans Monaco Hebdo n° 1356 — NDLR], voici Les Sorcières de Venise. Cette fois, on se retrouve en Italie, en plein chaos. Une pandémie s’est répandue sur la planète, laissant les peuples hagards. Pour identifier le point de départ de ce désordre, il faut se plonger en plein Moyen Âge, au cœur d’une petite île vénitienne. Sur place se trouve une sorcière, qui est au centre de cette passionnante histoire, écrite par Sébastien Perez, et très joliment mise en images par Marco Mazzoni. « J’ai rêvé d’une île maudite, où les sorcières pourraient vivre en paix », nous dit Sébastien Perez. Ce rêve est magnifié par ce roman d’anticipation graphique, à la beauté sombre.
Les Sorcières de Venise de Sébastien Perez et Marco Mazzoni (Gallimard – Papillon Noir), 120 pages, 27 euros.

Sweet Dreams, de Charles Burns
Kitsch. Né le 27 septembre 1955 à Washington, Charles Burns propose une BD inspirée par les “comics” romantiques des années 1950-1960. On pense immédiatement à l’image, devenue un grand classique, de la jeune femme dans son lit, confrontée aux tourments de l’amour. La plupart du temps dessinés par des hommes d’âge moyen, souvent anonymes, ces “comics” de romance étaient majoritairement lus par des jeunes filles. Charles Burns s’empare de tout cela, et s’en amuse. Il en profite pour s’interroger sur la représentation de la femme dans la BD américaine, tout en détournant ce matériel pour y adjoindre son univers, plus torturé. Des êtres hybrides viennent hanter ces planches, jusqu’alors occupées par une imagerie kitsch. Ce regard porté sur les femmes est intelligemment bousculé par une série de créatures qui viennent donner une toute autre dimension à cet ensemble.
Sweet Dreams de Charles Burns (Cornélius), 104 pages, 35,50 euros.

Les secrets des illustres sorcières, de Katherine Quenot
Féministes. Pour cette fin d’année 2024, les éditions Hugo vous proposent de retrouver Circé, Médée, Hécate, Ishtar, Isis, Lilith, et Morgane, autant de sorcières, magiciennes ou prêtresses, qui ont peuplé l’Histoire. Katherine Quenot lie son récit à celui de la contestation de la puissance féminine. Le premier chapitre Depuis quand les femmes ont-elles une âme ?, pose clairement le sujet, tout en rappelant qu’en 585, à l’occasion d’un concile à Mâcon, un évêque est allé jusqu’à douter que la femme appartienne à l’espèce humaine. Depuis, si du chemin a été parcouru, il reste encore beaucoup à faire. L’autrice estime que Lilith « aurait pu s’arroger le titre de doyenne des féministes », tout en soulignant que « toutes ces magiciennes incarnent la féminité rebelle et vengeresse que dénonça la religion moraliste jusqu’au XIXème siècle ». A travers ces portraits de femme, Katherine Quenot questionne notre rapport au féminisme sous un autre angle.
Les secrets des illustres sorcières de Katherine Quenot (Hugo/Desinge), 292 pages, 19,95 euros.

Rainbow+. David Bowie, de Jérôme Soligny
Talent. Après Rainbowman 1967-1980 (2019) et Rainbowman 1983-2016 (2020), Jérôme Soligny ajoute un troisième tome à sa biographie sur David Bowie (1947-2016). Les plus de 200 pages de Rainbow+. David Bowie compilent des confidences de celles et ceux qui ont côtoyé cet artiste hors norme, mais aussi des réflexions de Bowie lui-même. Ce nouveau livre regroupe une série d’articles et d’entretiens peu ou pas utilisés jusqu’alors, sans oublier des témoignages jamais publiés à ce jour. Les archives de Jérôme Soligny ont aussi été mises à contribution, appuyées par de très belles illustrations signées Lisa et Margaux Chetteau. Cerise sur le gâteau, une deuxième édition est disponible, avec un CD qui contient du Bowie interprété au piano par Mike Garson, son pianiste sur Aladdin Sane (1973). Journaliste, critique musical, écrivain, musicien et très grand connaisseur de Bowie, Jérôme Soligny continuer d’en évoquer la vie avec sensibilité et talent.
Rainbow+. David Bowie de Jérôme Soligny (GM), 224 pages, 29,90 euros, 35 euros (avec CD).

Récits, de Howard Phillips Lovecraft
Reconnaissance. Cette fois, c’est fait. Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) a rejoint La Pléiade. Et pas n’importe comment, puisque ce sont pas moins de 29 récits de celui que l’on considère comme le maître américain de l’horreur et de la science-fiction qui sont réunis dans ce volume. Né et mort à Providence, dans l’État de Rhode Island, en Nouvelle-Angleterre, ce nouvelliste a trop longtemps été rangé dans le tiroir « littérature de genre », alors qu’il y est à l’étroit. Ses nouvelles horrifiques bénéficient pour l’occasion d’une nouvelle traduction. De L’Image dans la maison (1921) à L’Appel de Cthulhu (1928), en passant par Le Cas de Charles Dexter Ward (1927), La Couleur d’outre-ciel (1927), ou encore Dans les montagnes du délire (1936), le plaisir est total. Publié dans des revues à faible tirage, principalement Weird Tales, H. P. Lovecraft n’a jamais connu le succès de son vivant. Envisagé comme un auteur de série Z, ce loser magnifique entre donc à la Pléiade, ce qui acte sa reconnaissance littéraire en France et à Monaco. Enfin.
Récits de Howard Phillips Lovecraft (La Pléiade), 1 408 pages, 69 euros (jusqu’au 31 décembre 2024).
A Peace of Us, de Dean & Britta & Sonic Boom
Noël. Dean Wareham, Britta Phillips et Peter Kember alias Sonic Boom, nous livrent 14 titres pour cette fin d’année 2024. L’exercice du disque de Noël n’est pas simple, mais ce trio expérimenté le passe avec succès, sans tomber dans le kitsch. Il suffit de se plonger dans des titres comme Pretty Paper pour mesurer la distance bienvenue que Dean, Britta & Sonic Boom ont réussi à mettre dans ce disque, et ainsi se convaincre de la réussite de ce projet. L’impression est identique sur Snow Is Falling in Manhattan, qui évite avec beaucoup de justesse le piège de la mièvrerie acidulée qui guette généralement ce genre d’entreprise. Après l’album de Dean & Britta Quarantine Tapes (2020) et la collaboration de Sonic Boom avec Panda Bear sur Reset (2022), A Peace of Us vient joliment clore cette année 2024.
A Peace of Us, Dean & Britta & Sonic Boom (Carpark Records), 26,75 euros (vinyle).
Live at Third Man Records, de Interpol
Scène. Interpol vient de publier un album “live” enregistré le 13 juin 2024 à Third Man Records, à Nashville, dans le Tennessee. Lors de ce concert, le groupe de Paul Banks, Daniel Kessler et Sam Fogarino a joué des titres variés, issus des albums Turn on the Bright Lights (2002), El Pintor (2014), en passant par Antics (2004), Our Love To Admire (2007) et Interpol (2010). Depuis sa création en 1997, Interpol s’est imposé avec sept albums passionnants. Le premier extrait de ce nouveau disque, Say Hello To The Angels (2002), n’a pas pris une ride, malgré ses 22 ans d’âge. Pas plus que le sublime Pioneer to the Falls (2007), d’une intensité incroyable sur scène. Encore plus énergique, All The Rage Back Home (2014), est tout aussi intéressant. Pour bien finir 2024, et pour bien commencer 2025, Live at Third Man Records s’impose comme une possibilité très recommandable.
Live at Third Man Records, Interpol (Third Man Records), 9,49 euros (version numérique), 22,99 euros (vinyle).
L’Angle, de Détroit
Trio. Lancé en septembre 2013 par le duo Bertrand Cantat et Pascal Humbert, Détroit a publié Horizons (2013), qui constituait, jusqu’à aujourd’hui, son seul album. Construit autour de quelques singles efficaces, comme Droit dans le soleil, Null and Void et Horizons, ce premier disque a rencontré un certain succès. Désormais, avec l’arrivée fin 2022 du violoncelliste, guitariste et ingénieur du son, Jérémie Garat, Détroit est un trio. Autoproduit grâce à un financement participatif, un deuxième album est arrivé en cette fin d’année 2024. Annoncé par la sortie d’un premier single, L’Angle, qui est aussi le titre de ce disque de 11 titres, on retrouve ce qui faisait l’essence de Noir Désir : des textes ciselés et des guitares douces ou plus appuyées. Tout aussi efficace, le second extrait, Oh non non non, est appuyé par la sortie d’un troisième single, Les Roseaux soucieux, porté par un harmonica qui rappelle l’excellent Aux sombres héros de l’amer (1989).
L’Angle, Detroit (autoproduit), 17,99 euros CD, 23,99 euros (vinyle).



