Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.
L’Innocence, de Hirokazu Kore-eda
Vérité. Le comportement du jeune Minoto attire l’attention de sa mère. Depuis que son mari est mort, elle l’élève seule. Très protectrice, elle est persuadée que le problème vient de l’école de son fils et de l’un de ses professeurs. Elle décide donc de tirer la sonnette d’alarme. Le film du Japonais Kore-eda multiplie les récits, qui viennent parfois se contredire, pour expliquer les raisons de ce mal-être. Et, selon les points de vue, du garçon, de la mère, ou du professeur, la compréhension et la logique diffèrent. C’est dans la relation qu’entretient Minoto avec l’un de ses amis, un enfant battu par son père, que se cache une vérité qui retient toute notre attention, dans ce film à voir absolument.
L’Innocence de Hirokazu Kore-eda avec Sakura Andô, Eita Nagayama (JAP, 2023, 2 h 07), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray). Sortie le 1er mai 2024.
Le Grand Magasin (Au Bonheur des Animaux), de Yoshimi Itazu
Opossum. Akino travaille dans un magasin pas comme les autres, car les clients ont pour point commun d’être tous des animaux. Yoshimi Itazu a été à bonne école, puisqu’il a notamment côtoyé Hayao Miyazaki (Le vent se lève, 2013) et Satoshi Kon (Paprika, 2006). Il a décidé de se lancer en adaptant le manga La concierge du grand magasin (Le Lézard Noir, 2022) de Tsuchika Nishimura. La jeune Akino doit donc satisfaire les désirs d’un Lion de Barbarie ou de Madame Opossum. Mais derrière chaque demande se cache quelque chose de plus profond, des fêlures ou des manques. Dans Le Grand Magasin, c’est un peu le monde à l’envers, avec des animaux parfois en voie de disparition, qui sont placés au centre de toutes les attentions. La poésie déployée par ce film pour enfant est remarquable.
Le Grand Magasin (Au Bonheur des Animaux) de Yoshimi Itazu, avec Kawaida Natsumi, Takeo Otsuka, Nobuo Tobita (JAP, 2023, 1 h 10), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 21 mai 2024.
Mars Express, de Jérémie Périn
Robots. Nous sommes en 2200. La détective privée Aline Ruby et son collègue androïde Carlos Rivera, qui a hérité de la mémoire d’un mort, sont recrutés par un businessman, Chris Roy Jacker, pour mettre la main sur une hackeuse cachée quelque part sur Terre. Jérémie Périn et son coscénariste, Laurent Sarfati, ont repoussé les limites de la créativité. Ils ont imaginé des êtres technologiques ou hybrides de toutes sortes, en balayant le plus largement le champ des possibles. Le résultat est impressionnant. Mars Express pose les bases d’une indispensable réflexion sur une société abandonnée aux robots. Entre Blade Runner (1982) et les romans d’Isaac Asimov (1920-1992), ce long-métrage de science-fiction est une véritable réussite.
Mars Express de Jérémie Périn, avec les voix de Léa Drucker, Mathieu Amalric, Daniel Njo Lobé, Marthe Keller (FRA, 2023, 1 h 25), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 34,99 euros (coffret édition collector limitée Blu-ray). Sortie le 22 mai 2024.
Amelia’s Children, de Gabriel Abrantes
Portugal. Amelia’s Children a reçu le prix du jury ex æquo au Festival de Gérardmer le 28 janvier 2024, et c’est mérité. Le film de Gabriel Abrantes, un auteur portugais né en 1984, est aussi réussi qu’anxiogène. Après Pan Pleure Pas (2014), un long-métrage qui rassemble tous de ses courts-métrages, et Diamantino (2018) qui a remporté le Grand prix de la semaine de la critique au festival de Cannes 2018, Gabriel Abrantes raconte l’histoire d’Edward, un orphelin qui se découvre une famille. Accompagné de sa compagne Ryley, il part à la rencontre de sa mère et de son frère jumeau, dans une demeure isolée au Portugal. Peu à peu, des incidents insolites se produisent, doublés par de troublantes visions, toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Brigette Lundy-Paine est remarquable dans ce film terrifiant.
Amelia’s Children de Gabriel Abrantes, avec Brigette Lundy-Paine, Carloto Cotta, Anabela Moreira (POR, 2024, 1 h 31), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 5 juin 2024.

Un ballet de lépreux. Un roman et des nouvelles, de Leonard Cohen
Montréalais. Alors qu’il n’avait que 23 ans, Leonard Cohen (1934-2016) s’essayait à l’écriture. Il se voyait alors écrivain, et c’est à travers un roman assez bref qu’on le redécouvre aujourd’hui. En 1956, le chanteur canadien a sorti un recueil de poèmes, Let Us Compare Mythologies, suivi d’un second en 1961, et de son premier roman, The Favourite Game, deux ans après. Mais avant cela, il y a eu un roman dont aucun éditeur n’a voulu : Un ballet de lépreux. Le Montréalais met en scène un jeune comptable qui vit seul, mais qui doit recevoir un grand-père venu de New York qu’il ne connaît pas. Violent, imprévisible, ce grand-père va inspirer son petit-fils, qui commence à agir comme lui. Poétiques, les quinze nouvelles qui accompagnent ce roman captivent.
Un ballet de lépreux. Un roman et des nouvelles, de Leonard Cohen traduit de l’anglais (Canada) par Nicolas Richard, postface d’Alexandra Pleshoyano (Seuil), 304 pages, 16 euros (format numérique), 22 euros (format « papier »).

Notre-Dame des valeurs. Retour sur une émotion patrimoniale, sous la direction de Nathalie Heinich
Emoi. Quelles valeurs incarnent Notre-Dame de Paris ? C’est la question que pose la sociologue Nathalie Heinich, dans ce livre passionnant. On se souvient que lorsque l’incendie s’est déclaré, le 15 avril 2019, l’émoi avait été unanime. C’est ensuite, pendant la reconstruction, que des dissensions se sont faites sentir, notamment à propos de la nature de cet édifice : s’agit-il d’un lieu de culte ou d’un lieu de culture ? Mais aussi sur le financement des travaux : fallait-il passer uniquement par des dons, ou lever un nouvel impôt ? Pour répondre à ces questions sensibles, Nathalie Heinich a fait appel à une équipe de sociologues, d’anthropologues, de juristes, d’historiens, de sémioticiens, et de philosophes. Au total, huit auteurs analysent les différents discours qui ont suivi cet événement, ainsi que les différentes émotions qui en ont découlé. Notre-Dame des valeurs. Retour sur une émotion patrimoniale, sous la direction de Nathalie Heinich (PUF), 304 pages, 23 euros.

Katie, de Michael McDowell
Victorien. Revoici Michael McDowell (1950-1999). L’auteur des Aiguilles d’Or (1980) et de l’excellente série en six tomes Blackwater (1983), que nous avons déjà chroniquée dans Culture Sélection, est à nouveau mis à l’honneur par la maison d’édition bordelaise Monsieur Toussaint Louverture. Publié en 1982, Katie met en scène Philomela Drax, une jeune fille pauvre qui hérite d’un grand-père qu’elle ne connaît pas. Mais elle devra affronter Katie, pour qui le crime est une deuxième nature. Nous sommes en 1871 dans le New Jersey, et l’auteur du scénario de Beetlejuice (1988) de Tim Burton développe une histoire horrifique dans un univers victorien du plus bel effet. En 2025, Monsieur Toussaint Louverture va poursuivre l’exploration de l’œuvre de Michael McDowell, avec les sorties de Lune froide sur Babylon (1980), L’Amulette (1979), et Les Élémentaires (1981).
Katie, de Michael McDowell (Monsieur Toussaint Louverture), 460 pages, 12,90 euros.

Monstera, de Simon Roure
Mode. C’est dans la rue que Gabriel est repéré par une agence de mannequin. Il accepte l’offre qui lui est faite, et il se met à défiler pour des marques de luxe. Pour cela, il doit se faire violence et vaincre sa timidité. Mais il n’a pas le choix, car il a besoin d’argent pour vivre. Après Hors cadre (2023), Simon Roure est de retour avec cette BD dans laquelle il s’interroge sur la représentation du corps dans nos sociétés. La question de l’impact que peut avoir le mannequinat sur Gabriel et sur sa copine Lina est aussi abordé. Peu à peu, Lina sombre dans l’anorexie, pendant que la carrière de Gabriel semble suivre une pente irrésistiblement ascendante. A la fois définis et écrasés par le regard des autres, Gabriel et Lina sont confrontés au mirage du bonheur et du confort, sans forcément être conscients des risques qu’ils encourent.
Monstera de Simon Roure (Payot Rivages), 208 pages, 23 euros.

Dracula – L’Ordre du Dragon, de Marco Cannavo et Corrado Roi
Gothique. Le Dracula (1897) de Bram Stoker (1847-1912) n’en finit pas d’inspirer d’autres auteurs. Marco Cannavo et Corrado Roi s’emparent de Dracula et le font voyager de la Transylvanie vers Londres. C’est ici qu’il souhaite séduire Lucy Westenra, la jeune fiancée de Jonathan Harker. Le travail de Corrado Roi au fusain est remarquable. Son trait contribue à créer une atmosphère aussi vaporeuse que sombre. Le scénario mis en place par Marco Cannavo déploie une série d’ennemis que Dracula va devoir affronter, de l’Eglise au professeur Abraham Van Helsing. Coéditée par Glénat et Lo Scarabeo, cette BD impressionne par ses qualités graphique, mais aussi par son récit qui permet de se replonger dans cette histoire gothique. Après le succès rencontré en Italie, ce duo a publié Frankenstein – Nel nome del padre (2023). Reste à savoir si Glénat en proposera une édition française.
Dracula – L’Ordre du Dragon, de Marco Cannavo et Corrado Roi (Glénat), 112 pages, 22,50 euros.
Nonetheless, Pet Shop Boys
Pop. Les Pet Shop Boys sortent leur quinzième album, et c’est forcément un événement. Neil Tennant et Chris Lowe ont multiplié les succès depuis la sortie de leur premier album Please, en 1986. Depuis Hotspot (2020), il s’est écoulé quatre ans, et les fans seront comblés car, en plus de ce nouveau disque, ils pourront également retrouver ce duo en concert pour une tournée européenne dont les dates ont été révélées pour la période de mai à juillet 2024. Un premier single, Loneliness, a été dévoilé en janvier 2024. Très pop, joyeux, il contraste avec la solitude qu’il évoque. Un peu plus loin, Dancing Star évoque West End Girls (1984), un titre qui représente un moment fort de leur carrière, sorti il y a toute juste quarante ans. Enregistré avec le producteur James Ford, qui a aussi récemment travaillé sur le très bon Memento Mori (2023) de Depeche Mode, les dix titres de Nonetheless forment un ensemble très réussi.
Nonetheless, Pet Shop Boys (x2/Parlophone), 15,99 euros (CD), 28,99 euros (vinyle). Sortie le 26 avril 2024.
It All Comes Down To This, A Certain Ratio
Groove. Figures emblématiques de la scène post-punk mancunienne de la fin des années 1970, A Certain Ratio a marqué une pause de 12 ans entre 2008 et 2020. Mais, depuis ACR Loco (2020), Jez Kerr, Martin Moscrop et Donald Johnson sortent désormais quasiment un disque par an. Créé en 1977 par Simon Topping, Peter Terrell et Jez Kerr, ce groupe a pour habitude de multiplier les genres. Sur It All Comes Down To This, leur douzième album studio, ils ne dérogent pas à la règle. Funk, pop, cold wave, tout (ou presque) y passe. Les Mancuniens de A Certain Ratio gardent une base électro funky, et un groove auquel il est difficile de résister. Depuis la sortie de leur premier album The Graveyard and the Ballroom (1980), il s’est écoulé 44 ans. Mais ce groupe n’a rien perdu de sa vigueur ou de son inventivité.
It All Comes Down To This, A Certain Ratio (Mute/PIAS), 15,99 euros (CD), 25,99 euros (vinyle).
Gamma, Gesaffelstein
Sombre. Et de trois pour le compositeur de musique électronique français Gesaffelstein (Mike Lévy). Après le très bon Aleph (2013) et le plus discuté Hyperion (2019), voici Gamma. Le single Hard Dreams, en collaboration avec Yann Wagner, a été révélé le 1er mars 2024, et la voix ténébreuse de ce dernier porte joliment ce titre. Sur cet album, on retrouve un son plus sombre, plus industriel, qui avait fait le succès d’Aleph. Les 11 morceaux de Gamma ont pour point commun d’avoir tous été illustrés par une vidéo signée par Jordan Hemingway. Pour le reste, ce disque renoue avec les années 1980, avec une base de cold wave et d’EBM, notamment sur Hysteria et Mania. Sur Digital Slaves, l’ambiance est aussi sombre que possible, et Yann Wagner n’y est pas pour rien. Il manque cependant à Gamma les morceaux instrumentaux à la fois puissants et hypnotiques qui font la force d’Aleph.
Gamma, Gesaffelstein (Columbia), 23,99 euros (vinyle).



