lundi 20 avril 2026
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Cédric Renard : « Pour décarboner l’aérien, le carburant durable fait partie de l’équation »

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Cédric Renard, directeur général d’Emirates France, était présent à Monaco lors des Masters de Monte-Carlo, du 6 au 14 avril 2024. Monaco Hebdo l’a rencontré pour échanger sur la stratégie de cette compagnie aérienne, qui a réalisé des bénéfices records sur le semestre 2023-2024, et qui veut proposer une offre plus durable. Interview.

La compagnie Emirates a réalisé un bénéfice record sur le semestre 2023-2024 : comment l’expliquer ?

Nous avons réalisé 2,6 milliards de dollars US de bénéfices sur l’exercice semestriel 2023-2024. C’est le meilleur résultat que l’on ait jamais fait, et c’est la preuve que les gens ont envie de voyager. Ce résultat correspond au fait que le monde est complètement ouvert, et qu’Emirates correspond à ce que recherchent les gens en terme d’expérience. Ils veulent expérimenter un moment différent.

C’est donc l’expérience client qui fait toute la différence ?

Nous ne sommes pas un transporteur, mais un apporteur d’expérience. Ce n’est pas seulement la destination qui compte, c’est aussi l’expérience de voyage. Les gens n’ont pas envie de rechigner sur ce qui fait de l’expérience un moment à part. Ce n’est pas un changement de stratégie, c’est ce qu’Emirates a toujours proposé.

Vos résultats annuels afficheront, eux aussi, un niveau record ?

Nous annoncerons officiellement nos résultats annuels à la mi-mai 2024. Mais je peux déjà vous dire que nous avons connu d’excellents mois.

Comment vous distinguez-vous de la concurrence ?

Quand vous montez dans un avion Emirates, vous savez que vous êtes chez Emirates. Un A380 de chez Emirates est différent d’un A380 d’une autre compagnie. Nous avons des personnels multi-culture, et nous avons investi dans la formation. Avec, par exemple, un partenariat avec l’école hôtelière de Lausanne.

« Nous avons réalisé 2,6 milliards de dollars US de bénéfices sur l’exercice semestriel 2023-2024. C’est le meilleur résultat qu’on ait jamais fait, et c’est la preuve que les gens ont envie de voyager »

Vous investissez également dans votre flotte ?

Nous avons un programme de “rétrofit”, de réaménagement de nos appareils, dans lequel nous investissons 2 milliards de dollars, à la fois pour les Boeing 777 et les Airbus A380. La moyenne d’âge de notre flotte est de 9 ans.

Vous avez aussi signé un important contrat avec Thalès pour moderniser vos équipements ?

Nous continuons en effet d’investir de manière massive en In-Flight Entertainment (IFE) [le divertissement en vol — NDLR], et nous avons signé un contrat de 350 millions de dollars avec Thalès, qui équipera nos 65 futurs Airbus A350 qui vont rejoindre la flotte, à compter de l’été 2024. Nous investissons en ce sens, car l’expérience fait vraiment la différence. Nous voulons qu’il y ait une ambiance particulière dans un avion Emirates.

La clientèle semble afficher une appétence pour le vol durable, mais comment y répondre ?

Il y a une appétence pour le durable, c’est vrai. C’est pour ça que l’on investit beaucoup dans la flotte. Le nerf de la guerre, c’est de disposer d’une flotte qui reste récente, car elle est moderne et efficace. Elle consomme moins, et elle est moins polluante. Nous avons plus de 300 avions long-courrier qui sont en commande. La flotte d’Emirates représente aujourd’hui 260 avions, avec 116 Boeing 777, le reste étant des A380. Nous allons recevoir nos premiers Airbus A350 à compter de l’été 2024, ainsi que d’autres appareils long-courrier de la famille Boeing qui devraient commencer à nous rejoindre à compter de 2025.

« Le nerf de la guerre, c’est de disposer d’une flotte qui reste récente, car elle est moderne, efficace. Elle consomme moins, et elle est moins polluante »

Quoi d’autre ?

En parallèle, nous menons des procédures opérationnelles pour réduire les impacts. L’allégement de nos avions, par exemple, les procédures de nettoyage de nos avions, les couloirs aériens utilisés, le recyclage à bord de nos appareils, et tout ce qu’on mène également dans la rupture technologique. Emirates a investi plus de 200 millions sur trois ans dans un fonds, le fonds Emirates, qui aide à soutenir des initiatives qui vont permettre la rupture technologique. C’est un travail mené avec des universités, pour financer des projets de technologies avancées en matière de carburants et d’énergies capables de réduire l’impact des énergies fossiles dans l’aviation. Cela se fait en complément de nos achats de carburant durable (SAF) à Amsterdam, Dubai, et Singapour.

Le carburant durable (SAF), c’est une mode ou c’est une véritable alternative ?

Ce n’est pas une mode. Aujourd’hui, parmi les moyens qui existent pour décarboner l’aérien, et pour atteindre notre ambition de devenir “carbon neutral” [neutre en émissions carbone — NDLR] à horizon 2050, le SAF, le carburant durable et biodégradable, fait partie de l’équation. Le seul problème, aujourd’hui, c’est qu’il n’existe pas encore de filière. Elle est juste en train d’émerger.

Le SAF est si coûteux que son avenir semble compromis ?

Sur le plan financier, le SAF coûte en effet 4 à 8 fois plus cher que le carburant classique. Et, quand on sait que le carburant représente 25 à 30 % des coûts personnels d’une compagnie aérienne, on fait rapidement l’équation : c’est difficilement soutenable. Il faut donc trouver le juste équilibre. Savoir optimiser le maximum d’éléments et, en même temps, faire en sorte que la filière de SAF émerge. C’est une trajectoire compliquée, mais nous sommes convaincus que l’aérien sait faire des merveilles. Quand on voit les ruptures technologiques qui ont eu lieu sur les 30, 40, ou 50 dernières années, il faut rester ambitieux. Raisonnables, réalistes, mais ambitieux. Nous devons accompagner ce changement, car les nouvelles générations, et moins jeunes aussi, sont sensibles à cet argument.

« Sur le plan financier, le SAF coûte en effet 4 à 8 fois plus cher que le carburant classique. Et, quand on sait que le carburant représente 25 à 30 % des coûts personnels d’une compagnie aérienne, on fait rapidement l’équation : c’est difficilement soutenable. Il faut donc trouver le juste équilibre »

Mais l’aviation souffre toujours d’une image polluante ?

Par rapport aux clients, c’est véritablement une préoccupation, et ça le sera de plus en plus. Il est donc important qu’Emirates prenne sa part, et soit novatrice dans cette voie durable. Quand la compagnie investit 200 millions de dollars dans la recherche sur trois ans, c’est un acte majeur. On participe à cette évolution, on y met les moyens, et on veut aussi que ça soit connu. Pour les investissements dans la flotte, la commande de nos quinze derniers A350 représente, rien qu’à elle seule, 6 milliards de dollars. Je vous laisse donc faire le calcul de ce que représente l’achat de 65 avions au total. C’est un énorme investissement pour accompagner cette rupture technologique.

Ces gros investissements se répercutent sur vos prix ?

Le prix correspond à un ensemble de variables. Nous évoluons dans un environnement très concurrentiel, mais nous avons toujours voulu défendre le meilleur rapport qualité-prix. Nous faisons des investissements massifs, mais dans l’objectif d’offrir une expérience différentiante. Et le renouvellement de la flotte fait partie de cette expérience.

Emirates
© Photo Emirates

Vous faites très peu de vols à vide ?

Sur les six premiers mois d’exercice, nous avons un taux de remplissage de 81,5 %. On est là pour répondre à un besoin. On offre une qualité de service à nos clients, qui nous font confiance. Pour la partie passagers, mais pour le fret aussi. On déploie nos avions là où ça fait sens, car il y a des enjeux économiques, touristiques, et financiers.

Votre grande force, c’est la ligne Dubaï ?

On a en effet la chance de capitaliser sur un élément qui est unique pour Emirates : la ligne de Dubaï. Dubaï est la quatrième ville la plus visitée au monde, et les Émirats sont le deuxième partenaire commercial de la France dans région du Golfe. En plus de cela, l’aéroport de Dubaï est le plus grand hub international au monde, avec 87 millions de voyageurs qui y transitent tous les ans. Cela veut dire que des Niçois, des Monégasques, des Indiens, des Brésiliens viennent à Dubaï, mais que des gens partent aussi de Dubaï pour aller au-delà, en Thaïlande, en Australie, etc.

La Riviera est une zone stratégique ?

La région Sud, avec la Riviera, interpelle le monde entier. Cela fait 30 ans qu’on se pose entre Nice et Dubaï. Emirates a toujours eu la volonté de desservir les grandes capitales et les grandes capitales régionales, tout comme nous sommes à Lyon depuis 2012, et à Paris depuis 1992. Avec Nice, c’est un engagement dans la durée. Nous travaillons avec les offices de tourisme, avec la région, la ville et l’aéroport, qui nous soutiennent énormément.

Emirates Cédric Renard
© Photo Emirates

Comment se matérialise ce partenariat avec Nice ?

Notre relation croît au fur et à mesure des années. Nous avons commencé avec quelques rotations hebdomadaires avec un Airbus A330, puis avec un A340, un 777 et un A380, dès 2017. Nous avons été la première compagnie à le proposer à Nice, et nous sommes encore la seule à le faire aujourd’hui.

Pourquoi cet A380 et si important ?

Un A380 offre 40 % de capacité en plus par rapport à un Boeing 777. En le proposant à Nice, on capitalise sur une destination qui attire, et sur un tissu économique et touristique important pour la région.

Quelles sont les destinations les plus demandées au départ de Nice ?

Dubaï est la première destination demandée depuis Nice. Puis, il y a ensuite la Thaïlande, Bangkok, Phuket, les îles Maurices, les Maldives, les Seychelles, et des destinations plus lointaines, comme l’Australie et le Vietnam qui suivent bien. Au total, nous proposons 144 destinations depuis Nice, sur le réseau global, qui comprend cargos et passagers. Cela offre un large choix pour les voyageurs et pour les professionnels de la Riviera.

De nouvelles destinations vont être proposées ?

Nous avons ouvert Montréal en 2023. Nous avons aussi annoncé l’ouverture de Bogota en continuation de Miami. Il y aura également l’ouverture de Phnom Penh au 1er mai 2024, et la réouverture d’Adélaïde à compter d’octobre 2024. Nous faisons les choses progressivement, en fonction des opportunités. Des avions vont nous rejoindre prochainement pour nous permettre de rajouter des capacités et des rotations. Donc, sans doute, d’autres destinations. Une belle trajectoire s’ouvre à nous.

Vous recrutez ?

Nous recrutons beaucoup de personnel navigant, et nous organisons des journées de recrutement dans le monde entier, comme nous l’avons fait dans le sud de la France, entre Nice, Marseille, et Montpellier, pendant le mois d’avril 2024. Nous recherchons des gens qui ont le sens de la sûreté et de la sécurité, mais aussi une appétence pour le service.

Vous formez également votre personnel ?

Nous menons un plan de formation très abouti au sein d’Emirates, et nous proposons des formations complémentaires avec l’école hôtelière de Lausanne par exemple. Il y a un savoir faire Emirates. Quand vous voyez notre équipage, nos hôtesses dénotent une image. Elles sont les meilleures ambassadrices de nos services.

« La commande de nos quinze derniers A350 représente, rien qu’à elle seule, 6 milliards de dollars. Je vous laisse donc faire le calcul de ce que représente l’achat de 65 avions au total. C’est un énorme investissement pour accompagner cette rupture technologique »

Emirates est un également sponsor omniprésent dans le sport : c’est une stratégie fédératrice ?

On pourrait parler de sport pendant des heures [rire]. Le sport est ce qui fédère les gens du monde entier. On peut parler football ou tennis, du Brésil à la France, jusqu’en Australie. Quand vous regardez un match en “live” dans un de nos avions, en classe affaire, ou au bar de l’A380, la cabine vit différemment. Le sport c’est de l’émotion, et c’est aussi un engagement local.

Le sport, cela représente aussi beaucoup d’argent investi par Emirates ?

En France, nous sommes très présent dans le tennis, à Roland Garros ou aux Masters de Monte-Carlo. Il y a aussi le Tour de France avec l’équipe Emirates, et Tadej Pogacar, le double vainqueur de l’épreuve en 2020 et 2021, qui va peut-être faire quelque chose en 2024. Nous étions présents aussi dans le Sud avec la Coupe du monde de rugby l’an dernier, et nous le serons aussi avec le basket, comme sponsor de la NBA. Mais, j’insiste, c’est avant tout un besoin de partager une expérience dans la durée avec nos clients, au-delà de l’image de marque et de la visibilité.

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