vendredi 17 avril 2026
AccueilCulture« Un gigantesque règlement de compte de famille »

« Un gigantesque règlement de compte de famille »

Publié le

Le sceptre et le sang (1), c’est le titre du dernier livre de l’historien des grandes dynasties, Jean des Cars. Un livre dans lequel il raconte la vie des rois et reines dans la tourmente des deux guerres mondiales. Interview.

 

L’origine de ce livre ?

Lorsque j’ai pris connaissance du programme des commémorations pour la Première Guerre mondiale, j’ai été stupéfait de voir qu’on ne parlait que des mouvements de troupes ou des courants politiques. J’ai été stupéfait de constater que personne ne parle des hommes et des femmes qui étaient aux commandes et qui représentaient une Europe monarchique. Pour moi, c’était une grave erreur.

Votre objectif ?

J’ai pris le parti d’écrire un livre qui, selon moi, n’existait pas. Un ouvrage qui était le regard humain, personnel, intime et privé sur ces hommes et femmes. Je me suis demandé quelle était leur vie personnelle face aux événements dans cette tourmente ? Ont-ils été courageux ? Ont-ils été lâches ? Quels étaient leurs amours officiels ? Il s’agit d’un récit à la fois vertical, c’est-à-dire chronologique, et transversal, par dynastie et par pays.

Quels sont les moments les plus marquants ?

Il y a par exemple mai 1913, la dernière fois à peu de choses près que les monarques se rencontrent à l’occasion du mariage de la fille de Guillaume II d’Allemagne (1859-1941). Même si tous ces monarques sont parents et cousins, un an plus tard, la Première Guerre mondiale éclate. Et ce sera un gigantesque règlement de compte de famille.

Un autre exemple ?

En 1938, il y a à nouveau un mariage dans le gotha. Cette fois la petite fille de Guillaume II épouse le prince héritier de Grèce. Et ça recommence… Ça veut dire que personne n’a été capable d’arrêter cet engrenage. Par exemple, en 1914, il a manqué un commis voyageur de la paix. Je n’en voyais qu’un seul. Malheureusement, il était mort. C’était Edouard VII (1841-1910), le fils de la reine Victoria. Je pense qu’il aurait fait la tournée après l’attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 contre l’archiduc François-Ferdinand (1863-1914), l’héritier de l’empire austro-hongrois, pour dire « maintenant, ça suffit ! ».

Comment avez-vous recueilli toutes ces informations ?

Cela fait 30 ou 40 ans que je collecte en Europe centrale, et un peu partout, des informations. J’ai rassemblé les témoignages et les souvenirs qui n’intéressaient personne à l’époque. J’ai eu accès à beaucoup d’archives et de correspondances que j’ai ensuite mis de côté. Bref, j’ai moissonné. Ensuite, ça a été assez intense, car j’ai écrit ce livre en 3 mois, jour et nuit.

Quelle est la place de Monaco dans cette histoire ?

Elle est importante. Il y a, à mon avis, deux moments forts. A la fin du congrès de Vienne en 1815 quand le diplomate Charles-Maurice de Talleyrand (1754-1838) a dit « Messieurs, et le prince de Monaco rentrera dans ses Etats ». Une phrase importante, sinon Monaco n’existe plus.

Il y a d’autres moments forts ?

Une chose me paraît extraordinairement révélatrice. C’est en 1918. Le seul héritier direct des Grimaldi est un descendant de la famille allemande des Wurtemberg. Or, il n’est pas question que la République française accepte une parenthèse allemande sur le trône monégasque aux portes de la France.

Comment réagit la Principauté ?

Il y a cette très belle histoire romanesque avec la fille de Louis II (1870-1949), Charlotte, sur suggestion du président de la République française. L’objectif : l’adopter pour la reconnaître afin qu’elle devienne l’héritière officielle. Ce qui a également sauvé Monaco.

Quels ont été vos choix en matière d’écriture ?

J’ai choisi la forme la plus vivante et la plus humaine possible, avec toujours un portrait physique du personnage. L’histoire est faite par les hommes et les femmes, pas par les événements. L’intérêt des monarchies qui durent et qui se portent très bien, c’est qu’avec elles, l’avenir a un visage. Ça rassure les gens.

Votre livre est un succès ?

En deux mois, il a été vendu à 23 000 exemplaires (NDRL : chiffres de janvier 2015). Nous en sommes à la sixième réédition. Ça me fait plaisir, parce que ça veut dire que le public souhaite répondre à la question que je m’étais posée au départ : « Pourquoi est-ce qu’on a oublié les hommes et les femmes qui étaient impliqués ? » Il s’agit du livre le plus difficile que j’ai eu à écrire, parce qu’il fallait que ça reste clair. L’originalité de ce livre, c’était aussi de tracer des prolongements jusqu’aux retombées actuelles.

(1) Le Sceptre et le sang, de Jean des Cars (Perrin), 474 pages, 23 euros.

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail