Ancien joueur et international argentin, notamment passé par Monaco, Omar Da Fonseca est aujourd’hui consultant pour beIN Sports. Celui qui s’apprête à commenter la Coupe du Monde au Brésil nous livre ses pronostics.
Monaco Hebdo : Que représente une Coupe du Monde au Brésil ?
Omar Da Fonseca : Je ne sais pas trop, mais je m’apprête à vivre quelque chose d’intense. Le Brésil a une dimension de football carnaval, de spectacle. C’est un mélange de passion, de gaieté, mais aussi d’admiration. Les problèmes sociaux font dire à certains que la compétition pourrait ne pas arriver au bout. Moi je ne veux pas y croire une seconde. C’est tout de même une chance magnifique de pouvoir faire partie d’une génération qui va vivre une coupe du monde au Brésil.
M.H. : La compétition sera-t-elle plus ouverte que lors des dernières éditions ?
O.D.F. : Je ne sais pas si elle sera ouverte. J’espère qu’il y aura du beau jeu. Je pense que la finale sera Argentine-Brésil, et que c’est le Brésil qui sera champion du monde. L’Espagne et l’Allemagne iront à mon avis jusqu’en demi-finale. Le Brésil a eu des joueurs comme Socrates, Rivaldo, Zico, Ronaldo, Ronaldinho, Bebeto, Falcao ou Romario. Des joueurs qui ont véhiculé un football ambitieux, généreux, porté vers l’avant. Je désire vraiment que l’équipe qui sera championne, comme celles qui iront loin d’ailleurs, pratiquent un football total, ouvert. Un football qui vous fasse vous lever de votre fauteuil.
M.H. : Jouer à domicile ne risque-t-il pas de mettre une pression trop forte sur les épaules des Brésiliens ?
O.D.F. : Non je ne pense pas. Au contraire, ils vont vivre cela avec leurs supporters, et ressentir cette motivation, cette énergie qui émanera des supporters. Mais par rapport à ce que je disais tout à l’heure sur les joueurs brésiliens d’avant, aujourd’hui, c’est différent. Les attaquants sont Fred, Jô ou Hulk. Hulk est le meilleur buteur, et n’a même pas mis 20 buts en Russie. Et ce ne sont pas Paulinho ou Ramires qui vont créer la folie. Il n’y a pas de « joueurs frissons » comme il y en avait avant.
M.H. : Le Brésil se serait en quelque sorte européanisé dans son jeu ?
O.D.F. : Oui. On dit aujourd’hui que le Brésil a la meilleure défense du monde avec Daniel Alves, Thiago Silva, David Luiz et Marcelo. C’est sans doute vrai. Mais ça m’embête un peu de dire ça. Qu’on le dise des Italiens ou des Allemands, oui, mais pas du Brésil. Je me souviens des Falcao, Socrates. Ils mettaient leur maillot, le front était toujours vers le soleil, ils avaient une espèce de beauté gestuelle dans la conduite de balle, dans la passe. Là, je ne pense pas que Paulinho, Ramires ou même Oscar pourront nous apporter cela. Encore une fois, d’un point de vue strictement émotionnel. À 55 ans, je veux ressentir des choses. Là on repose tout le jeu sur Neymar. Il va tenter des choses, parce qu’il a encore cette espèce d’insouciance pour tenter le dribble, le petit pont auquel on ne pense pas. Mais est-ce qu’il sera vraiment le joueur spectaculaire que tout le monde attend ? C’est en tout cas ce qu’on attend des Messi, Ronaldo et Hazard.
M.H. : A votre avis, la France est-elle un favori ou un outsider cette année ?
O.D.F. : C’est un outsider. Je vois les Français aller jusqu’en 1/4 de finale contre les Allemands. Mais ils ne passeront pas. Ça reste de la théorie, mais pour moi l’équipe de France n’a pas encore pris conscience qu’elle est capable de faire du jeu et d’attaquer. J’attends de voir ce qui sera mis en place. Mais le risque est que les arrières latéraux restent accrochés au poteau de corner, que Pogba, Cabaye et Matuidi restent dans leur moitié de terrain. Contre le Honduras (à savoir le premier match de la France, N.D.L.R.), ils affirment qu’il faudra « être solide et procéder en contre »… Je ne comprends pas, surtout quand ils parlent de l’art de défendre…
M.H. : Défendre n’est donc pas un art selon vous, au même titre que l’attaque ?
O.D.F. : L’art, c’est la créativité. C’est exploiter des schémas inconnus. Défendre, c’est conservateur, ça ne peut pas être lié avec le mot art. Je suis grand-père, je ne vais pas dire à mon petit-fils : « Va jouer dans la cour de l’école et apprends l’art de défendre, de tacler, de mettre la balle en touche. » Non, je vais lui dire de faire un bon contrôle, un bel extérieur du pied. Tenter des dribbles, même si ça ne passe pas, et d’essayer, jusqu’à passer le défenseur.
M.H. : Plusieurs joueurs de l’ASM disputeront le mondial. Quelles sont les chances de la Croatie de Danijel Subasic ?
O.D.F. : La Croatie est dans le groupe du Brésil. Ce sera donc elle ou le Cameroun qui accèdera aux 1/8èmes de finale. Mais je les vois passer au deuxième tour. C’est une équipe qui peut procurer de bonnes sensations, grâce notamment à Modric, qui est un magicien, et Rakitic, qui a fait de très belles choses avec Séville cette année. Les joueurs d’ex-Yougoslavie ont également une approche du football assez latine, ce sont de bons manieurs de ballons. En finissant à la deuxième place, ils affronteront l’Espagne en 1/8ème, et on devrait avoir droit à un sacré match.
M.H. : Et vous voyez donc l’Argentine de Romero en finale ?
O.D.F. : Oui, puisqu’elle finira première de son groupe et ne croisera pas le Brésil avant la finale. Même si Romero est assez contesté, il a pour lui le fait d’avoir participé à tous les matchs de qualification. Le jeu de l’Argentine est bien rodé autour de joueurs comme Messi ou Di Maria, qui sont dominateurs. Pour une fois, je crois que l’Argentine a un collectif bien huilé, avec une vingtaine de matchs derrière eux, et une efficacité qui passe par le jeu.
M.H. : Que pensez-vous de Moutinho et du Portugal ?
O.D.F. : C’est l’éternelle équipe qui va dépendre un peu trop d’un joueur, à savoir ici Cristiano Ronaldo. Déjà, ça fait 10 ans que le Portugal ne trouve pas un avant-centre valable. Ensuite, c’est une équipe où il y a des éléments expérimentés, comme Pepe, Meireles ou Moutinho. Mais la dépendance à un joueur, ce n’est pas bon. Ils vont passer en finissant deuxièmes de leur groupe, mais ils perdront ensuite face à la Belgique.
M.H. : Peut-on s’attendre à quelque chose d’intéressant avec la Colombie de James Rodriguez ?
O.D.F. : C’est une équipe que j’aime beaucoup. José Pekerman, le sélectionneur, a sorti et façonné un grand nombre de joueurs argentins actuels, quand il s’occupait des jeunes. L’absence de Falcao est malheureuse, mais je pense qu’elle peut libérer les Jackson Martinez, Baca, Gutiérrez. Et puis j’adore James. J’ai une sensibilité pour ces meneurs de jeu gauchers, à la Rivelino ou Overath. La Colombie est une équipe qui peut nous procurer des émotions dans cette Coupe du Monde.



