dimanche 25 septembre 2022
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Laurent Banide affiche ses ambitions avec l’ASM FF

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Après avoir raté d’un rien l’accession en deuxième division l’année dernière, les filles de l’AS Monaco Football Féminin (ASM FF) veulent à nouveau viser haut cette saison. Sous les ordres de leur nouvel entraîneur Laurent Banide, de retour en principauté après des expériences dans le Golfe, elles tenteront de lancer leur campagne 2022-2023 de la meilleure des manières, dimanche 11 septembre 2022, face au Toulon Elite Futsal à Blausasc.

Elles avaient fini la saison dernière invaincues de leur groupe, affichant 22 victoires en autant de rencontres de championnat. Ce bilan parfait vous ouvre bien souvent les portes de l’étage supérieur. Pourtant, ce dimanche 11 septembre 2022, c’est encore en Régional 1 que les filles de l’AS Monaco Football Féminin (ASM FF) démarreront leur saison à Blausasc face au Toulon Elite Futsal. Battues en barrages d’accession par Toulouse en juin 2022, les partenaires de la capitaine Houleye Deme ont en effet raté d’un rien la promotion en deuxième division (D2). Un échec qui n’est pas encore totalement digéré à en croire le nouvel entraîneur de l’ASM FF, Laurent Banide : « La montée ne s’est pas jouée à grand-chose. Ça a été très difficile pour tout le monde. C’est malheureux, car cette accession aurait permis au club de gagner deux ans et de se retrouver tout de suite en deuxième division. Mais c’est le football. Il faut s’adapter », explique le natif d’Alès, reconnaissant avoir même dû effectuer un travail psychologique avec ses joueuses à la reprise pour dissiper la déception d’avoir échoué à la dernière marche. « Les filles sont marquées. Surtout qu’elles ont fait une saison brillante. Mais il faut tout effacer et repartir de l’avant ».

« J’ai été très bien accueilli. Il y a une bonne ambiance, un bon état d’esprit. Il y a une volonté de travail très intéressante, et il y a surtout de la qualité »

« Mon club, c’est Monaco »

La résilience, l’entraîneur de 54 ans l’a apprise à ses dépens il y a une dizaine d’années. En 2011, Laurent Banide se trouvait en effet sur le banc de l’AS Monaco, lorsque le club de la principauté est descendu en Ligue 2 (L2), à l’issue d’une saison cauchemardesque. Profondément attaché à l’ASM, cette relégation a été un véritable traumatisme pour le néo-Monégasque, qui en garde encore onze ans après une profonde cicatrice : « Descendre avec 44 points, ça fait mal. J’ai mis beaucoup de temps à la digérer, confie-t-il non sans émotion. Pour moi, ça a été très difficile. J’ai refusé des propositions car je ne me voyais pas travailler ailleurs qu’à l’ASM. J’étais touché, alors j’ai pris ma famille et je suis parti à l’étranger dans des challenges difficiles que je suis parvenu à relever ». Les Banide prendront la direction du Golfe où Laurent dirigera tour à tour des équipes au Qatar, aux Émirats Arabes Unis, au Koweït ou encore en Arabie saoudite. Il s’y forgera une solide réputation en sauvant des équipes de la relégation et en remportant plusieurs coupes. Mais sa famille et lui vivront surtout une aventure humaine inoubliable : « Ces expériences ont été très intéressantes. Elles m’ont permis de voir d’autres choses, de rencontrer d’autres personnes, d’évoluer et ça a été très bénéfique. J’ai été très heureux de vivre ça en partie avec ma famille. Car ça a aussi été des expériences familiales très intéressantes ». Fort de cet enrichissement, Laurent Banide retrouve donc Monaco, où il a conservé de nombreuses attaches : « Je suis content de retrouver une partie de ma famille et mes amis, dans un cadre que je connais très bien, puisque je suis arrivé très jeune en principauté, avec mon père dans les années 1980. Je ne me voyais pas aller ailleurs. Je n’ai d’ailleurs pas postulé pour des postes en France, parce que mon club, c’est Monaco », insiste-t-il.

AS Monaco Football Féminin
© Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

« Quand nous serons un peu plus importants et plus médiatiques, peut-être qu’il y aura un espace plus important pour nous. Il faut être patient et raisonnable. Il ne faut pas aller plus vite que la musique »

Du foot masculin au féminin

Car ce retour aux sources marque aussi un retour aux affaires pour Laurent Banide. Libre de tout contrat depuis son départ d’Oldham Athletic [en League Two anglaise — NDLR] en septembre 2019, l’entraîneur de 54 ans a accepté de prendre les rênes de l’équipe féminine monégasque en lieu et place de Stéphane Guigo, qui a rejoint Soyaux (D1) pendant l’intersaison. Il s’agit d’un rebond inattendu pour le natif d’Alès, qui n’avait jusqu’alors dirigé que des équipes masculines. « Ce qui m’a séduit, c’est la découverte. Les ambitions de Jérôme de Bontin et de Rudy Tarditi [le président de l’ASM FF — NDLR], et ce projet qu’ils ont de monter le club le plus haut possible, m’ont aussi beaucoup plu. J’ai donc tout de suite répondu favorablement, tout en ne sachant pas ce qui allait m’arriver », révèle-t-il. Pour parvenir à apprivoiser ce nouveau terrain de jeu, l’entraîneur monégasque, qui n’a pas hésité à prendre conseil auprès de spécialistes, compte aussi et surtout sur ses capacités d’adaptation et son expérience. Et un mois après sa prise de fonctions, la mayonnaise semble prendre petit à petit : « Je suis très heureux de travailler avec les filles. J’ai été très bien accueilli. Il y a une bonne ambiance, un bon état d’esprit. Il y a une volonté de travail très intéressante et il y a surtout de la qualité. Franchement, nous faisons des séances de bonne facture donc c’est un plaisir d’aller tous les jours à l’entraînement. Je me régale. » Entraîneur chevronné, Laurent Banide se sait attendu, mais il se dit prêt à relever le challenge de la montée derrière laquelle le club de la principauté court depuis plusieurs saisons : « L’objectif, c’est de monter pour rapidement arriver au niveau professionnel. Nous savons que rien ne sera facile. Mais nous travaillons beaucoup pour rendre une bonne copie à chaque match et représenter au mieux Monaco ». Et ce que proposent les joueuses monégasques à l’entraînement et en matches amicaux depuis la reprise donne beaucoup d’espoir au coach qui estime disposer d’un « bel effectif, équilibré et armé pour atteindre les objectifs ». « En un mois, j’ai atteint mes objectifs. Je voulais découvrir le potentiel des joueuses, savoir comment m’adapter par rapport aux entraînements, et les amener au plan physique, technique et tactique que je voulais. Et nous y sommes parvenus avec Christophe Almeras [son adjoint — NDLR]. Nous avons fait des matches amicaux globalement positifs, progressifs dans la qualité. Nous avons obtenu à chaque fois ce que l’on recherchait à savoir des informations sur les joueuses, sur leur état physique et tactique. Nous avançons après chaque match ».

« [À propos d’une fusion avec l’ASM masculin] Ça ne peut être que bénéfique. On s’aperçoit que les grands clubs comme Paris ou Lyon ont des sections féminines de haut niveau. Peut-être qu’un jour, il y aura une réunion de ces deux clubs »

« Accéder en D2 d’ici trois ans »

La marche vers l’élite nationale ne sera pas une mince affaire pour Laurent Banide. Car cette année, la fédération française de football (FFF) a voté la création d’une troisième division. Les Monégasques devront obligatoirement en passer avant de pouvoir se frotter au gratin du football féminin français. De quoi ralentir la progression d’un club de la principauté, plus ambitieux que jamais ? Pas forcément, estime l’entraîneur de l’ASM : « C’est comme ça, il faut s’adapter. Nous allons nous agrandir au fur et à mesure. Peut-être que grandir trop vite, ce n’est pas bien non plus. Nous allons donner le meilleur de nous-mêmes pour monter. Et si nous y parvenons, le club passera un cap. […] Si nous arrivons à accéder en D2 d’ici trois ans, ce sera magnifique mais je crois que les choses doivent se faire tranquillement. Monter petit à petit nous permettra de bien nous équiper, d’être bien en place à tous les niveaux et de pouvoir grandir sereinement ». Car en coulisses, les dirigeants monégasques débordent d’ambition. Le club de la principauté veut en effet profiter de l’apport financier des propriétaires américains (Peak6) pour développer ses infrastructures. À commencer par une académie qui pourrait voir le jour à plus ou moins brève échéance : « Il faut que les choses évoluent en même temps que l’équipe première. Plus nous allons monter en division, plus nous allons pouvoir mettre en place une dynamique par rapport aux jeunes filles du coin qui veulent jouer au foot. Durant les matches amicaux, nous avons pris des joueuses de moins de 18 ans. Nous travaillons en collaboration avec les entraîneurs des équipes en dessous pour suivre l’évolution des joueuses. Mais pour l’instant, nous n’avons pas encore le statut professionnel. Nous ne sommes pas dans une situation où il faut tout de suite être en place au niveau des jeunes, tempère Laurent Banide. Nous construisons quelque chose, nous posons les fondations et une fois que les fondations et le premier étage seront montés, ensuite ça ira beaucoup plus vite. Les fondations, c’est la montée en deuxième division le plus tôt possible et à partir de là, les choses vont s’accélérer. Nous ne pouvons pas partir sur tous les tableaux en ayant, pour l’instant, une équipe première en Régional 1 ». Même constat pour les terrains. Actuellement, l’équipe fanion s’entraîne et joue à Blausasc, à une trentaine de kilomètres de la principauté. Là encore, le coach monégasque réclame de la patience : « Tout vient à point. Il faut attendre un peu. Pour l’instant, nous devons nous adapter aux problèmes de terrain. Nous sommes une équipe de Régional 1, nous allons travailler pour essayer de nous faire une place à l’échelon supérieur et au fur et à mesure, quand nous serons un peu plus importants et plus médiatiques, peut-être qu’il y aura un espace plus important pour nous. Il faut être patient et raisonnable. Il ne faut pas aller plus vite que la musique. Nous sommes déjà très contents de travailler là où nous sommes. Nous sommes bien reçus par l’équipe municipale et le maire de Blausasc. Nous avons tout ce qu’il faut pour bien travailler. Et au fur et à mesure, nous verrons les possibilités qui s’offrent à nous, si nous pouvons nous rapprocher de la principauté voire plus ».

« Je vois de la fraîcheur dans ce football. Je vois un football moins fermé. On voit des beaux gestes. Le niveau technique et athlétique est de qualité. […] D’ici une dizaine d’années, il est évident que nous aurons un niveau féminin qui sera très acceptable »

Un engouement grandissant

Car à Monaco, comme partout ailleurs, l’intérêt pour le football féminin ne cesse de croître. « Il y a trente ans, il n’y avait presque pas de football féminin, et aujourd’hui, il est devenu de plus en plus important, et de plus en plus médiatique. Les jeunes filles veulent jouer au foot, constate Laurent Banide. Les choses évoluent, c’est bien. L’important, c’est que l’on puisse donner un beau spectacle et que les spectateurs passent de bons moments, voient de belles phases de jeu… ». Après des années à exercer dans l’univers masculin, la différence lui paraît d’ailleurs frappante : « Je vois de la fraîcheur dans ce football. Je vois un football moins fermé. On a encore des jeux un peu plus techniques où on voit des beaux gestes. On voit plus d’espace donc c’est plus agréable à regarder. Le niveau technique et athlétique est de qualité [dans le football féminin — NDLR], car des centres de formation se sont créés et des dynamiques se sont installées à la fédération. D’ici une dizaine d’années, il est évident que nous aurons un niveau féminin qui sera très acceptable. Bien sûr, ce ne sera pas le même football que chez les hommes par rapport au potentiel athlétique mais sur le niveau technique et tactique, il y aura une bonne équivalence ». Laurent Banide confesse même ne plus vraiment se retrouver dans le football masculin contemporain : « Ce n’est plus mon monde. Le foot a tellement évolué. Je ne suis pas dans tout ce qui est informatique, les datas… Je suis très heureux là où je suis, parce que je retrouve le foot que j’ai aimé, et je suis dans le contact humain avec des filles que j’ai plaisir à voir tous les jours. Je suis épanoui aujourd’hui ». Cette mise en valeur du football féminin convaincra-t-elle leur homologue masculin de se rapprocher stratégiquement de l’ASM FF ? Laurent Banide veut y croire : « Ça ne peut être que bénéfique. On s’aperçoit que les grands clubs comme Paris ou Lyon ont des sections féminines de haut niveau. Peut-être qu’un jour, il y aura une réunion de ces deux clubs qui sont gérés par deux administrations différentes. C’est souhaitable, mais on verra au fur et à mesure. Là encore, il ne faut pas brûler les étapes. Nous sommes dans une situation où nous pouvons avancer correctement, en faisant les choses bien, sans se précipiter. Et chaque saison marquera de nouvelles exigences et d’autres nouveaux potentiels ».

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